ROBERT DE BEAUPLAN (1882-1951), AU REGARD DE SES MÉMOIRES INÉDITS VII- DE SAINT-MARTIN DE RÉ À L’HÔPITAL DE VERSAILLES, L’ULTIME ÉTAPE (JANVIER 1947 – DÉCEMBRE 1951)

Jean-Paul PERRIN

perrinjp@sfr.fr

LE DÉPART POUR LE PÉNITENCIER

DE L’ ÎLE DE RÉ

(3 JANVIER 1947)

• À la fin du mois de septembre 1946, une autre nouvelle vient rompre la routine de la vie carcérale : des bruits commencent à circuler selon lesquels, la Centrale de Poissy ne conserverait plus que les « droits communs » et que tous les « politiques » seraient déployés ailleurs, y compris les condamnés aux travaux forcés et à  perpétuité. Les camps de Noë, près de Toulouse, ou de Carrère, près d’Agen, sont souvent cités comme des points de chute possibles, quand il ne s’agit pas du centre de détention d’Eysse, près de Villeneuve-sur-Lot, qui avait été un des plus importants lieux d’internement des prisonniers politiques, sous le régime de Vichy. De quoi compliquer sérieusement la vie des familles des détenus et rendre les visites plus difficiles, compte tenu de l’éloignement de Paris. Il faudra attendre  décembre 1946 pour  que la Centrale de Poissy commence à se vider par vagues successives de ses détenus politiques : « Qu’allait-on, cependant, faire de moi ? s’interroge l’ancien éditorialiste du Matin. Comme mon sort ne dépendait d’ailleurs pas de ma volonté, ni de mon choix, je n’avais qu’à attendre ».

Pénitencier Ré
L’ancien fort Thoiras devenu pénitencier à Saint-Martin-de-Ré

• Relégué dans le groupe dit « des vieillards » composé d’une vingtaine de détenus ayant tous dépassé la soixantaine, Robert de Beauplan se prend à imaginer l’instauration d’un régime spécial à leur égard.

Porte du pénitencier
Saint-Martin-de-Ré: l’entrée principale du pénitencier

• Après examen médical, ils ne sont plus que 16 à être jugés transférables pour une destination qui sera finalement le pénitencier de l’île de Ré : « Nous ignorions à peu près tout de lui. Mais la plupart d’entre nous disaient : “ Tout, plutôt que la Centrale ! ” et je n’étais pas loin de penser comme eux ».  Le temps d’organiser ce transfert, les « vieillards » auront encore l’occasion de voir affluer les nouveaux pensionnaires de Poissy, tous ou presque des « droits communs », en provenance d’Eysse. Robert de Beauplan voient en eux « d’assez sinistres figures », parmi lesquelles « un certain nombre d’assassins » mais aussi quelques «caïds » et trois officiers allemands, dont la présence ne manque pas d’étonner les politiques.

Paul Amor
Paul Amor, directeur de l’administration pénitentiaire

• C’est le 3 janvier 1947, suite à la décision du directeur de l’administration pénitentiaire, Paul Amor, (121) que les 16 quittent définitivement Poissy. Dans ce détachement «  de choix», figurent plusieurs journalistes et écrivains, dont Henri Béraud de Gringoire, Stéphane Lauzanne du Matin, mais aussi Henri Clerc, ancien parlementaire et auteur dramatique (122), Charles Tardieu ou Jean Contoux (123) de L’Appel, le journal de Pierre  Costantini. Deux artistes peintres, un Italien et un Letton, ainsi qu’un fabriquant de produits pharmaceutiques, Tétard, sont du voyage. Pour l’occasion, le  directeur vient prendre congé de chacun d’eux individuellement. Après une nuit passée hors du quartier cellulaire, dispensés de la fouille réglementaire, ils sont installés dans le prétoire, promu salle d’attente. Peu après 15 h 00, ils montent dans une camionnette  qui va les conduire à la prison de Fresnes pour y passer la nuit. C’est l’occasion pour Robert de Beauplan de renouer avec la poésie, en composant un ultime  quatrain dédié à la Centrale de Poissy :

« Le sort en est jeté : nous te quittons, Poissy !

Ne crains pas que de toi le souvenir je perde,

Mais tous en chœur chantons, joyeux cette fois-ci :

Adieux Poissy-la-Poisse ! Adieu Poissy-la-Merde ! »…

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Henri Béraud

• Après cette nuit passée à Fresnes, Robert de Beauplan et ses 15 codétenus sont menottés et embarqués au petit matin dans un fourgon cellulaire qui prend la direction de la gare d’Austerlitz. Les tensions d’après guerre ne sont pas encore totalement apaisées. En prenant place dans le train qui doit les conduire vers le sud ouest, ils essuient quelques insultes des gardiens de la paix assurant le service d’ordre : aux cris de « Vendus ! Salauds » s’ajoutent quelques simulacres de coups de crosse dans les reins pour accélérer leur montée dans le train.

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Bernard Faÿ

• D’autres détenus provenant de Fresnes sont aussi du voyage, « pour la plupart des relégués destinés à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, ou bien des malades envoyés à l‘infirmerie spéciale du pénitencier ». Parmi eux, Robert de Beauplan retrouve Bernard Faÿ (124), administrateur de la bibliothèque nationale de France et chantre de la lutte contre les « sociétés secrètes ». À la Rochelle, terminus du convoi, les détenus sont « empilés les uns contre les autres (…) dans une camionnette bâchée » qui prend la direction du port de La Palice. Au terme d’une traversée qui dure une quinzaine de minutes, les ils  font enfin leur entrée dans l’enceinte de la caserne Thoiras, bâtie à l’intérieur de la citadelle élevée par Vauban, à la fin du XVIIème siècle.

• De Mirabeau à l’écrivain et polémiste Henri Rochefort, en passant par Louise Michel, en partance pour la déportation vers la Nouvelle Calédonie, les lieux ont vu passer d’illustres « pensionnaires». Outre l’avantage d’être désormais séparés des droits communs, les détenus vont pouvoir jouir d’une relative « liberté » à l’intérieur de l’enceinte : absence  de barreaux aux fenêtres,  bâtiments seulement entourés d’un simple réseau de fils de fer barbelés, dans l’attente de l’achèvement de l’édification d’un mur d’enceinte, tout concourt à faire contraste avec l’image austère de Fresnes ou de Poissy.  Le règlement est également bien moins strict et le quotidien des détenus se révèle « plus vivable » : « Les prisonniers ont accès à divers loisirs et l’air marin contribue à adoucir les humeurs », note  Mathilde Rouquet (125).

• Dans le courant de 1949, un journaliste de France Soir, lancé sur les traces d’Henri Béraud, livre une description des lieux et de la vie quotidienne des détenus : « Sitôt franchie la courette d’entrée, à gauche de laquelle un petit baraquement fait office de parloir, on accède à la cour Nord qu’ombragent deux rangées de marronniers. Trois corps de bâtiments à deux étages s’étendent à droite sur toute la longueur de la cour (…). L’aile extrême, côté Est, est entièrement affectée à l’infirmerie spéciale ». (126) Compte tenu de la moyenne d’âge des détenus, elle est assidûment fréquentée,  que ce soit par Bernard Faÿ, par Henri Béraud ou par Robert de Beauplan. Le même article évoque « les dortoirs  (qui) occupent le deuxième étage du bâtiment central ». Ils comportent « des chambrées de vingt lits ». Et le journaliste d’ajouter : « Les condamnés mènent une vie de soldats, punis de consigne. Vie monotone et morne, mais pourtant douce à ceux qui subirent les épreuves de la centrale de Poissy. Plus de brimades, ni d’entraves, ni de fers. Le droit pour chacun de fumer et de vaquer aux occupations de son choix. Comme à la caserne, il y a bien des corvées, mais ceux qui les accomplissent s’en acquittent volontairement ». La bibliothèque, dont le fonds est passé de 400 à plus de 4 000 livres, notamment grâce aux envois reçus par Henri Béraud, est l’autre lieu le plus fréquenté du pénitencier. Elle est placée sous la responsabilité de René  Pichard du Page (127), un authentique bibliothécaire, ancien conservateur de la bibliothèque de Versailles, auquel on a adjoint le journaliste Stéphane Lauzanne… Deux « molassons » que Béraud n’apprécie guère et contre lesquels  il pique des colères qui lui font « hurler à plein gueuloir des invectives furibondes », écrit son biographe, Jean Butin.

• Peu après son installation, Robert de Beauplan a hâte de récupérer les brouillons de son « Journal »qui avaient été déposés à son arrivée à Poissy, lors de la fouille. Il s’agit en fait du brouillon des notes qu’il avait écrites à Fresnes, entre novembre 1945 et février 1946, alors qu’il était en attente de son exécution ou de sa grâce. Ce « journal », il avait réussi à en faire sortir une copie mise au net par l’intermédiaire d’un co-détenu en instance de libération. Ce dernier aurait dû le transmettre à l’épouse de Robert de Beauplan ou à sa fille. Une mission dont il ne se sera jamais acquitté. Grâce aux notes qu’il a pu récupérer, le journaliste va consacrer les mois d’août à octobre 1947 à la rédaction de ses « Mémoires » : « Je me suis abstenu de changer un seul mot de ce que j’avais écrit, il y a un an, dans mes trois mois de tête à tête avec la mort. La qualité essentielle d’un tel document est d’avoir été vécu », écrira-t-il en préambule. Il noircit ainsi plusieurs cahiers d’écolier qu’il confie régulièrement à sa fille, Claude, lors des visites, à charge pour elle de les faire dactylographier.

Marsa de Beauplan 1927
Marsa de Beauplan (1927)

• Pendant sa détention, Robert de Beauplan reçoit à nouveau la visite de sa première épouse, Marsa, même si l’éloignement de Paris fait que le trajet s’avère plus compliqué. (128) Elle peut compter sur l’hospitalité de Germaine Béraud. Celle-ci a pu reprendre  possession des Trois-Bicoques, la maison de l’écrivain, réquisitionnée pendant la guerre par l’armée allemande avant d’être pillée à la Libération : « Ma mère était divorcée de mon père depuis une vingtaine d’années, Dieu sait pourquoi d’ailleurs, car ils s’adoraient et ne passaient pas une journée sans se voir, écrit Claude de Beauplan. Ma mère a été d’un courage et d’un dévouement extraordinaire pendant cette période tragique et c’est certainement grâce à elle que mon père a pu accepter dignement ses terribles épreuves » (129). Ces retrouvailles ne dureront guère : en mars 1947, à seulement 56 ans, Marsa de Beauplan décède à Londres, où elle avait rejoint sa fille qui venait d’épouser le couturier Joe Mattli. Dans la biographie qu’il a consacrée à Henri Béraud,  Jean Butin note de manière sibylline  que « la femme de Robert de Beauplan dont (Germaine Béraud) a vaillamment soutenu le moral a fini par mourir de chagrin ».

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Claude de Beauplan: trois visites à son père  (©S. Bruel-Normand)

• C’est aussi à l’île de Ré que Claude de Beauplan pourra revoir son père pour la première fois, depuis sa condamnation à mort : « C’est à ce moment, à travers les barbelés, qu’il a fait la connaissance de son gendre, Joe Mattli », écrit-elle en préambule des mémoires paternels. À trois reprises, au cours des étés 1947, 1948 et 1949, elle reviendra à l’île de Ré : « Il n’est pas trop malheureux. Il est avec des amis…Ils sont traités humainement ». À l’inverse, son fils Cyrille, avec lequel les relations ont été plus conflictuelles, ne semble pas lui avoir rendu visite. Leur ultime entrevue aura donc eu lieu à Fresnes, pendant l’été 1945, avant que Robert de Beauplan ne soit condamné à mort.

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Georges Bonnet pour lequel Robert De Beauplan doit témoigner.

• Le 21 janvier 1949, Robert de Beauplan est provisoirement extrait du pénitencier pour être conduit à Paris. Il doit témoigner devant le juge Zousmann qui instruit le dossier de Georges Bonnet (1889-1973). L’ancien ministre des affaires étrangères, du 10 mai 1938 au 13 septembre 1939, avait été   nommé ministre de la justice, dans le tout dernier gouvernement Daladier. Considéré comme favorable au régime de l’Etat Français, il s’ était réfugié en Suisse dès la Libération, ce qui lui avait valu une inculpation pour « intelligences avec l’ennemi » et « atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat ». En fait, l’interrogatoire  auquel est soumis Robert de Beauplan porte uniquement sur un de ses articles intitulé « Pouvait-on sauver la paix ? ».

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• D’abord publié dans l’édition de Clermont-Ferrand de L’Illustration (n° 5081 du 27 juillet 1940), il avait ensuite été repris dans l’édition parisienne du 24 août 1940 (n° 5085). Entre temps, l’hebdomadaire illustré était passé sous la coupe de Jacques de Lesdain. Pour Robert de Beauplan, la réponse à la question que pose le titre de l’article était évidente : « La guerre aurait pu être évitée à deux reprises, écrivait-il. La première fois, le 30 août, si les Polonais s’étaient ralliés à la proposition allemande de conversation directe. La seconde fois, le 2 septembre, si l’Angleterre, par une suprême exigence n’avait rendu impossible l’offre de médiation de M. Mussolini ». La conclusion de l’article renvoie donc totalement la responsabilité de la guerre à « la tergiversation polonaise » ainsi qu’à « l’intransigeance britannique qui a déterminé, par contrecoup, l’attitude française », « malgré M. Georges Bonnet », précise-t-il. L’Allemagne se retrouve donc lavée de toute responsabilité dans le déclenchement du conflit…CQFD.

• On peut se demander pourquoi, finalement, le juge souhaitait entendre Robert de Beauplan ? Il s’agissait probablement de déterminer si, à la base de l’article, il n’y aurait pas eu d’éventuelles révélations faites par Georges Bonnet au journaliste, à propos de la participation à la « séance privée » de l’Assemblée nationale, tenue le 10 juillet 1940. Réunie à l’instigation de Pierre Laval, elle n’aurait eu d’autre but que de « faire avancer l’idée d’une révolution institutionnelle ». Devant le juge Zousmann, Robert de Beauplan affirme n’avoir eu aucun contact avec Georges Bonnet, même si en filigrane l’article rend un hommage à peine voilé à son action. Tout au plus reconnaît-il s’être servi des annexes du « Livre jaune » sur les « communications téléphoniques de M. Georges Bonnet ». Robert de Beauplan regagnera le pénitencier de l’Ile de Ré, tandis que Georges Bonnet, dont le dossier sera classé, pourra reprendre sa carrière de parlementaire, siégeant à l’assemblée nationale en tant que député de la Dordogne, entre 1956 et 1968.

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Le centre pénitentiaire de La Châtaigneraie, à la Celle-Saint-Cloud

• Le « séjour » au pénitencier de l’île de Ré s’achève en 1951, année où l’administration pénitentiaire décide de transférer les détenus qui s’y trouvent à La Celle-Saint-Cloud. Dépendant de la prison de Fresnes, un centre de rétention d’une capacité de 1400 détenus, le « Centre pénitentiaire de la Châtaigneraie« , y a été créé. On y envoie d’abord des collaborateurs mais, en 1950, un quartier spécial  a été aménagé pour  y héberger une dizaine des prisonniers aveugles et d’autres malades. C’est dans un deuxième quartier spécialisé que Robert de Beauplan et ses compagnons de captivité, tous âgés de plus de 60 ans, sont installés, deux ans avant que le centre pénitentiaire ne ferme totalement. Selon Claude de Beauplan, les conditions de détention y étaient réellement « sordides ».

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L’hôpital de Versailles, lieu du décès de Robert de Beauplan

• Dans ce qui est son ultime prison, l’état de santé de Robert de Beauplan se dégrade rapidement et, dans les premiers jours de décembre 1951, il est frappé par une crise d’hémiplégie. Informée par une lettre que lui a adressée un codétenu, Claude de Beauplan quitte Londres pour se  rendre immédiatement à la Celle-Saint-Cloud : « J’arrive aussitôt de Londres, écrit-elle. C’est un jeudi. Le jour de visite est le mercredi. Le directeur refuse de me laisser entrer. Il me faut donc trois jours pour obtenir un permis spécial du ministère de la justice». Au cours de cette ultime entrevue, elle constate que l’état de son père s’est encore aggravé, au point qu’il ne la reconnaît pas : « Il était dans un état lamentable, dans un lit dégoûtant, plein de plaies. Il m’a prise pour ma mère. Je lui ai laissé  cette illusion. Il était si heureux…C’est la dernière fois que je l’ai vu ».

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Acte de décès de Robert de Beauplan

• Son état de santé s’étant encore détérioré,  Robert de Beauplan obtient in extremis une grâce médicale et il est transféré à l’hôpital de Versailles. C’est là qu’il décédera, le 22 décembre 1951, à l’âge de 69 ans, victime d’une seconde attaque d’hémiplégie : « Il écrivait une lettre. La plume à la main…Une belle mort pour un écrivain », écrit sa fille en conclusion de la préface de ses mémoires inédits. Ainsi se terminait dans l’anonymat d’un hôpital un parcours journalistique entamé au Matin avant la Grande guerre et achevé dans le même journal 35 ans plus tard, avec un long passage par L’Illustration. Une disparition qui ne semble guère avoir suscité d’articles dans la presse, à la différence de son procès devant la Cour de justice, voire même de la mesure degrâce prise à son égard cinq ans plus tôt…

  Lire la suite de l’article

VII- ASCENDANCE ET DESCENDANCE DE ROBERT DE BEAUPLAN

NOTES 121 à 129

(121) Paul Amor, né le 17 octobre 1901 à Bône (Algérie) avait débuté comme avocat, avant de rejoindre la magistrature comme juge de paix et substitut du procureur en Algérie et de gagner le continent. Procureur de la république à Bayeux puis à Laon (1938-1943).  Dans ce dernier poste, il avait été  mis en cause lors d’une tentative d’évasion à la maison d’arrêt survenue le 8 avril 1944. On l’avait alors  soupçonné d’avoir aidé un réseau de la Résistance et il avait été arrêté. Il s’était évadé et il avait contribué à la libération de 15 de ses camarades de détention  menacés de déportation. Après avoir participé à la libération de Paris, il avait été nommé avocat général à Paris, le 1er décembre 1944  puis directeur général de l’administration pénitentiaire, un poste qu’il a occupé  de 1944 à 1947, aux heures chaudes de l’épuration.  Selon Christian Carlier (Paul Amor et l’affaire de la prison de Laon) qui a retracé son parcours dans la résistance, ce départ n’est pas le fruit du hasard : « Honnête, loyal (trop peut-être), intransigeant, mais surtout « humain, trop humain », il fut écarté sans ménagement, dès 1947, de la direction de l’administration pénitentiaire pour avoir traité avec trop de commisération les « collaborateurs » qui s’entassaient dans des prisons surpeuplées », écrit-il. Paul Amor avait aussi participé, dès 1945, à l’élaboration d’une importante réforme pénitentiaire (dite « réforme Amor« ) dont l’objectif était de placer l’amendement et le reclassement social de l’interné au cœur de la peine privative de liberté. Il a ensuite poursuivi sa carrière dans différentes institutions internationales liées à l’ONU (1948-1957).  En 1957, il a rejoint la Cour de cassation, en tant qu’avocat général puis le Conseil supérieur de la magistrature en 1959. En 1963, il est devenu président de la Société générale des prisons, tout en étant membre de  l’association internationale de droit pénal et de la Société de criminologie internationale. Paul Amor est décédé à Paris le 26 août 1984. On pourra consulter sa biographie sur le site Criminocorpus.

(122) Henri Clerc (1881-1967) avait été élu député de la Haute-Savoie, sous l’étiquette radicale (1932-1936). Sous l’Occupation, il a rejoint la Ligue de la Pensée française animée par René Château. Henri Clerc était considéré comme proche du RNP de Marcel Déat. À la libération, ses écrits lui avaient valu une condamnation aux travaux forcés, peine qu’il purgea partiellement. Il avait notamment donné une conférence le 24 avril 1941 portant sur le thème  « La collaboration ce que c’est, ce que la France peut en attendre » et il avait publié un livre intitulé Vers une économie européenne. En tant qu’auteur dramatique, on lui doit  entre autres  L’AutoritaireL’Épreuve du bonheurLe TentateurLe Beau MétierLa Femme de César….À ce titre, il a été  aussi vice président de la société des auteurs dramatiques de  1938 à 1941 et président fondateur de la caisse de retraite des auteurs.

(123) Jean Contoux, né en 1886, avait commencé dans le  journalisme sportif, en collaborant au journal Le vélo avant 1914.  Mobilisé en 1914, il avait repris sa carrière journalistique au début des années 1920 : « Le journalisme a été ma profession. Peut-être par atavisme, sûrement par vocation et faute d’avoir pu être avocat comme j’en avais le désir dans ma jeunesse. J’ai exercé cette profession, honorablement je crois, plus de trente ans, presque constamment comme rédacteur en chef de publications, sans compter des collaborations notamment aux quotidiens parisiens Le Journal, L’Écho de Paris,  entre autres », écrivait-il en 1963. Il passe toutefois sous silence son activité sous l’Occupation. Dans un article daté du 7 janvier 1942, publié dans l’Appel, le journal de Pierre Costantini,  il se félicitait de la décision prise par l’Etat Français d’obliger les juifs à faire apposer la mention « Juif » sur leur carte d’identité : « Ainsi, on saura de façon certaine à qui on aura affaire ». Dans le livre Opération étoile jaune (éditions du Cherche Midi), Maurice Rajfus écrit que « Jean Contoux était un spécialiste de ce genre de prose ».  À la libération, il avait été  condamné aux travaux forcés.

(124) Sur Bernard Faÿ, voir la note (70)

(125) Article consultable sur le site  Ego 39-45, écrits de guerre et d’occupation. Dans son livre Henri Béraud, la longue marche. De la Gerbe d’or au pain noir (éditions Horvath, 1979), Jean Butin décrit ainsi les lieux : «  Le bagne de l’île de Ré était en fait une ancienne caserne , ou plus exactement un fort, le fort Thoiras, édifié à l’intérieur de la citadelle, élevée par Vauban à la fin du XVIIème siècle, citadelle qui résista victorieusement à une violente attaque  de la flotte anglaise en juillet 1696. Cette citadelle avait servi de prison dès le XVIIIème siècle, puisque Mirabeau y fut enfermé. C’est pourquoi, voici plus de deux siècles que retentit à l’intérieur de la citadelle le fameux “Merde à Vauban !”, qui fut un cri de tant de prisonniers ou de bagnards simplement en transit. Il n’y a pas si longtemps,  que les derniers prisonniers politiques des l’O.A.S. (Armand Belvisi…) s’y trouvaient encore. Aujourd’hui,  ajoute Jean Butin, qui écrit en 1979, n’y reste plus qu’un nombre assez réduit de droits communs (…). C’est dans la partie caserne qu’on logea Béraud et ses compagnons (…). Située à 400 m derrière la citadelle qui abritait les autres prisonniers, la grande bâtisse, en bordure de la route ombragée qui conduit à Saint-Martin, s’ouvrait au nord sur Saint-Martin et au sud, sur une lande parsemée de broussailles s’étendant jusqu’à l’océan. Mais on avait gardé les miradors disposés par les occupants allemands et, de jour comme de nuit, des C.R.S. étaient en faction, ce qui rendait toute évasion fort problématique ».

(126) Article cité dans le livre de Jean Butin, Henri Béraud, la longue marche. De la gerbe d’or au pain noir (ouvrage cité)

(127) René Pichard du Page, né à Paris le 19 janvier 1886 était licencié es Lettres. Homme de lettres, poète et dessinateur, il était aussi archiviste-paléographe. À ce titre il avait été conservateur de la bibliothèque  de la ville de  Versailles et du musée Lambinet. Sous l’occupation, il a été vice-président du groupe Collaboration, présidé par Alphonse de Châteaubriant, dont il était le cousin. Condamné aux travaux forcés, à la libération, il  est décédé le 27 mai 1966 à Versailles.

(128) On constatera que sa première épouse, née Marsa Roustan, dont il avait divorcé dix ans plus tôt, avait maintenu des liens solides avec Robert de Beauplan. C’est avec elle qu’il communique, au téléphone et par lettre, pendant sa cavale, entre août 1944 et juin 1945. Elle lui rend ensuite visite dans sa clandestinité sarthoise. Après son arrestation, elle se rendra à Fresnes comme à Poissy et enfin, elle ira avec sa fille Claude  à l’île de Ré, profitant de l’hospitalité de Germaine Béraud, qui a pu recouvrer la propriété de la villa Les trois Bicoques : « La femme de Robert de Beauplan dont elle a vaillamment soutenu le moral, a fini par mourir de chagrin », écrit Jean Butin dans la biographie de Béraud (ouvrage cité).

(129) Extrait de la préface de Claude Mattli de Beauplan à l’ouvrage L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

 

POINTS DE REPÈRE…

12 février 1882 : Naissance à Meudon, « de mère non dénommée ».

1903 : Agrégé de Lettres et début d’une carrière professorale.

1910 : Premiers articles dans Le Matin.

6 novembre 1912 : Mariage avec Marsa Roustan

1914 : Premiers articles dans L’Illustration.

1917 : Attaché à l’Etat-major du futur maréchal Pétain.

1919-1921 : Rédacteur en chef au journal L’Eclair puis à La Liberté.

1923 : Succède à Gaston Sorbets comme critique dramatique à L’Illustration.

7 mars 1925 : Chevalier de la légion d’honneur (Son dossier à la chancellerie  n’est pas communicable).

9 novembre 1935 : Divorce et se remarie avec Charlotte Debouzée.

1923-1942 : Collabore au magazine L’Illustration et à son supplément La petite Illustration.

1942-1944 : Editorialiste au journal Le Matin et à Radio Paris.

18 août 1944 : Quitte la capitale  et se cache dans la Sarthe.

29 juin 1945 : Arrestation à Juigné (Sarthe) et internement à la prison de Fresnes.

27-28 novembre 1945 : Procès à Paris devant la Cour de justice de la Seine et condamnation à mort.

23 février 1946 – 3 janvier 1947 : Grâce et commutation de la peine de mort en réclusion à perpétuité. Internement à la centrale de Poissy.

3 janvier 1947 : Transfert des « prisonniers âgés » au pénitencier de l’île de Ré, à Saint-Martin-en-Ré.

1951 : Transfert au centre pénitentiaire de la Châtaigneraie, à la Celle-Saint-Cloud.

Décembre 1951 : Décision de grâce médicale et transfert à l’hôpital de Versailles.

22 décembre 1951 : Décès de Robert de Beauplan à l’hôpital de  Versailles.

POUR EN SAVOIR PLUS…

ARTICLES, SITES ET OUVRAGES À CONSULTER

◘  Sur les origines familiales  de Robert de  Beauplan :

► Le site  Cimetières de Montpellier 

►  Le site Généanet (Rousseau de Beauplan).

◘ Sur ses écrits et ses articles :

 Dans Le Matin : le site BnF Gallica (consultation gratuite)

► Dans L’Illustration : le site lillustration.com (consultation payante)

 ◘  Sur le procès de Robert de Beauplan devant la Cour de justice :

 Compte-rendu des audiences publié dans  Le Monde (éditions des 27 et 28 novembre 1945 ainsi que du 25 février 1946), disponible sur le site du Monde (archives). Accès gratuit pour les abonnés au journal. On pourra aussi consulter les journaux L’Aurore, France Soir, Franc-Tireur, Ce soir (année 1944 et 1945) disponibles sur le site BnF Gallica (accès gratuit)

Procès verbal du jugement de Robert de Beauplan, 3ème section de la Cour de justice de la Seine (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine – BDIC, Nanterre).

Sur la vie de Robert de Beauplan, sur ses écrits et ses choix politiques :

►Comme nombre de collaborateurs de l’Illustration,  Robert de Beauplan était titulaire de la Légion d’honneur (chevalier) depuis le 7 mars 1925. Son dossier à la chancellerie  n’est toutefois pas communicable.

Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (mémoires inédits) : Tapuscrit de 335 pages, préfacé par Claude Mattli de Beauplan et rédigé au centre pénitentiaire de Saint-Martin de Ré, entre août et octobre 1947.

Robert de Beauplan : Le problème de l’heure : le drame juif (32 p, La petite Illustration, n° 906,  4 février 1939).

François Broche (sous la direction de) : Dictionnaire de la Collaboration : collaborations, compromissions, contradictions (920 p, éditions Belin, 2014).

►  Michèle et Jean-Paul Cointet (sous la direction de) : Dictionnaire historique de la France sous l’Occupation (730 p, éditions Tallandier, 2000)

Simon Epstein : Un paradoxe français : antiraciste dans la Collaboration, antisémites dans la résistance (625 p, éditions Albin Michel, 2008).

Jean Quéval: Première page, cinquième colonne (éditions Fayard, 1945)

Jean Hérold-Paquis : Des illusions…Désillusions : Mémoires de Jean Hérold-Paquis (15 août 1944 – 15 août 1945) (188 p, éditions Bourgoin, 1948)

Jean-Noël Marchandiau : L’Illustration 1843-1944 : vie et mort d’un journal (344 p, édition Privat, 1987).

Chantal Meyer-Plantureux : Les enfants de Shylock ou l’antisémitisme sur scène (168 p, éditions Complexe, 2005).

Jean-Paul Perrin : Jacques de Lesdain (1880-1976) : itinéraire(s) d’un collaborateur (Sur ce blog : Histoire de la presse illustrée)

Philippe Randa : Dictionnaire commenté de la Collaboration (750 p, éditions Jean Picollec, 1997)

 

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