ROBERT DE BEAUPLAN (1882-1951), AU REGARD DE SES MÉMOIRES INÉDITS: IV- UN JOURNALISTE EN CAVALE, ENTRE PARIS ET LA SARTHE (18 AOÛT 1944 – 27 JUIN 1945)

 Jean-Paul PERRIN

perrinjp@sfr.fr

LE CHOIX DE LA CLANDESTINITÉ

• Bien décidé à se faire oublier, le temps que les « désordres » et les passions de la libération s’apaisent, Robert de Beauplan bascule dans la clandestinité. Après les adieux à ses collaborateurs du “Matin”, il s’emploie à détruire différents papiers dans son bureau, faute de pouvoir les emporter : «J’en détruisis un certain nombre et je laissai le reste dans mon bureau. Je pense que “Le Populaire” qui s’est installé dans l’immeuble du “Matin” a dû se réjouir de trouver ce butin, dont l’abandon, à la vérité, ne me gêne guère ». Avant de quitter les locaux du journal, il retrouve son interlocuteur de la veille qui lui remet les faux papiers promis : Robert de Beauplan s’appellera désormais Robert Bourgoin : « Je choisis un nom quelconque en conservant mon prénom et les mêmes initiales qu’on pouvait retrouver sur du linge ou des objets personnels». Robert Bourgoin est sensé être  né à Garches et domicilié à Mantes. La ville ayant  été bombardée par l’aviation alliée, il pourra ainsi passer plus facilement pour un sinistré et un réfugié.  À la ligne profession, il indique « Professeur en retraite » et, avec un tampon à encre, il appose ses empreintes digitales.

• C’est cette carte d’identité qui va lui servir de « sauf-conduit » pendant ses dix mois de clandestinité, même si, pas une seule fois, dans les hôtels et pensions de familles où il est hébergé  on ne la lui demandera. La carte lui permettra aussi, seul moyen de maintenir un lien avec les siens, de retirer les lettres  qu’il se fait adresser poste restante, au fil de ses  pérégrinations. Il pourra aussi ouvrir un compte, dans une banque de Sablé. Faute de carte d’alimentation, il ne pourra toutefois fréquenter que des lieux « où l’on ne se montrait pas trop rigoureux sur le chapitre des tickets, même de pain ».

 

UNE PREMIÈRE PLANQUE À MEUDON…

(18 AOÛT – 30 SEPTEMBRE 1944)

• Le 18 août 1944, en début d’après-midi, un jour après ses confrères qui ont répondu à la proposition de l’ambassade d’Allemagne, Robert de Beauplan quitte Paris, seul : « Je déjeunai pour la dernière fois chez moi, assez mélancoliquement, avec ma femme qui, elle,  ne quittait pas Paris mais que j’avais engagée à aller vivre pendant quelque temps chez des amis ». Avant de partir , il remet à la concierge une somme de 500 francs : « Elle les prit, écrit-il, avec le plus mielleux sourire et toutes sortes de remerciements. Quelques jours plus tard, c’était elle qui allait chercher les F.F.I. pour qu’ils mettent mon appartement au pillage ». Faute d’automobile et les trains ne fonctionnant plus, c’est à vélo qu’il part, « comme pour un week-end », une valise arrimée sur le porte-bagages. Il emporte avec lui  une somme de 20 000 francs (52) et il dit avoir laissé à son épouse  une centaine de milliers de francs (53) : « À mon tour, je “prenais le maquis”, en solitaire », écrit-il.

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18 août 1944: Meudon, sa ville natale, premier refuge de Robert de Beauplan

• Premier problème auquel il se heurte : quelle direction prendre et quelle destination choisir ? Il opte pour la banlieue parisienne et, alors qu’il s’approche de la Porte de Saint-Cloud, il croise des cyclistes, qui lui font signe de rebrousser chemin, les soldats allemands tirant à vue sur tous les vélos : « En d’autres temps, je n’aurais rien eu à redouter, reconnaît-il. Mais, je réfléchis que je m’étais débarrassé de tous les laisser-passer, cartes de circulation et autres talismans que les autorités allemandes m’avaient délivrés et que (…) je n’étais plus que le plus anonyme des passants…ou des suspects ». Après être parvenu à contourner le barrage de la Wehrmacht, il prend la direction de Meudon, sa commune natale où il se sent en terrain connu : « C’est là que s’était écoulée mon enfance et, chez une marraine après la mort de ma mère, une partie de mon adolescence. Que de souvenirs ces lieux n’évoquaient-ils pas pour moi (…). Il me semblait que j’y serais moins dépaysé et moins seul qu’ailleurs».

• Son tout premier refuge sera une pension de famille dans une vieille maison, nichée au milieu d’un parc,  tenue par « deux vieilles filles plutôt revêches ».  Pour la première fois, Robert de Beauplan décline sa nouvelle identité et  débite sa « petite histoire de réfugié mantais ». Encore peu rompu aux bons réflexes que tout individu en cavale doit d’adopter, il s’empresse de téléphoner  à son épouse pour la rassurer et lui donner…sa nouvelle adresse. À l’heure des repas, pris par petites tables sur la terrasse, il se retrouve au milieu d’une douzaine de pensionnaires,  « du genre familial et petits bourgeois (qui) ne semblaient pas inquiétants pour (son) incognito ». Parmi eux, il remarque un commerçant parisien qui, fréquemment, demande à la serveuse si un certain M. X… ne l’aurait pas appelé. Coïncidence, derrière ce M. X…, se cache un journaliste du service politique du  “Matin”, que  Robert de Beauplan a longtemps soupçonné d’entretenir des rapports avec la résistance. C’est ainsi que, grâce à ces échanges téléphoniques, il  sera « informé indirectement par un de (ses) meilleurs informateurs habituels ». Après avoir lié conversation avec une des pensionnaires d’origine russe  qui lui dit diriger une importante maison de couture de la rive gauche, il effectue avec elle des promenades hors de la pension. Une occasion pour lui de contempler  le spectacle de l’armée allemande en déroute : « Ça et là des soldats de la Wehrmacht, auxquels la population ne paraissait accorder aucune attention, entassaient méthodiquement des caisses sur des camions, comme des déménageurs ».

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La 2ème DB à Meudon, le 25 août 1944 (© Musée de la Résistance)

• C’est durant ce séjour que Robert de Beauplan voit passer dans les rues de Meudon, se dirigeant vers Paris, la 2ème DB du général Leclerc, sur laquelle il porte un regard critique : « Sur chaque voiture, écrit-il, étaient montées des femmes débraillées et à demi-hystériques qui chantaient, hurlaient, vidaient des bouteilles (…), embrassaient les soldats à pleine bouche, chevauchaient, jupes troussées, les capots ». Confronté à cette liesse de la libération, l’ex-journaliste du Matin et de Radio-Paris ne voit rien d’autre qu’une « chienlit » : « La “libération” commençait ». 

• Quels sentiments peut alors éprouver Robert de Beauplan, devant « cette totale défaite allemande (qu’il) avait si longtemps cru impossible, ce qui avait été à l’origine de toute (son) attitude » ? Il confie s’être senti « humilié dans son amour-propre » d’avoir vu « toutes ses prévisions démenties », en ajoutant qu’il aurait « évidemment souhaité un autre dénouement ». Ce qui ne l’empêche pas, du moins le prétend-il,  d’être « sentimentalement parlant dans une parfaite indifférence ». Bien plus, il affirme que « la contagion de la joie patriotique » autour de lui « n’était pas  sans (le) gagner, (lui) aussi, dans une certaine mesure ». Il en  éprouverait presque   « une satisfaction intérieure indiscutable à la pensée que l’occupation allemande prenait fin ». Et de préciser : « Elle cessait autrement que je ne l’avais désiré, mais elle avait toujours été mon objectif et j’étais heureux à tout prendre de cette délivrance. À tel point même que j’en oubliais ce que nous allions la payer », note-t-il dans ses mémoires. Mais, très vite, c’est l’ex-éditorialiste du “Matin” qui reprend le dessus, en prédisant  « un pays voué à tous les malheurs, à tous les amoindrissements, à toutes les défaites matérielles et morales comme à tous les périls nouveaux inhérents à la victoire anglo-américano-soviétique que nous nous étions vainement évertués à dénoncer ». Il peut aussi assister dans les rues de Meudon au va et vient des automobiles sur lesquelles on a hâtivement peint les lettres F.F.I. En sortent « des garnements de 15 à 25 ans, arborant des brassards tricolores, armés de gros revolvers ou de mitraillettes » qui procèdent aux premières arrestations.

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25 août 1944: Robert de Beauplan en fuite… et en visite au Musée de Meudon…

• Une fois passés les premiers jours de la libération, la vie semble reprendre un cours relativement calme à Meudon. Le vendredi 25 août 1944, alors que le général Leclerc  reçoit à Paris la capitulation des troupes d’occupation de la capitale, Robert de Beauplan est en train de  visiter le musée de Meudon, en compagnie d’une pensionnaire d’origine russe avec laquelle il a noué des relations : «  Nous étions les seuls visiteurs (…). Quel calme…Quel apaisement dans cette vieille demeure du passé, contrastant avec l’agitation frénétique de l’extérieur ». De  temps à autre, la guerre se rappelle au souvenir du journaliste en fuite, notamment lorsque les batteries allemandes, installées dans les bois environnants et qui n’ont pas encore été neutralisées, tirent leurs derniers obus. C’est aussi le raid aérien destiné à détruire les dépôts de carburant de la division Leclerc : « Privée de son carburant, cette division était condamnée à l’impuissance si une division américaine ne s’était providentiellement trouvée là pour la relever », écrit Robert de Beauplan, allant même jusqu’à imaginer un retour des troupes allemandes dans la capitale…

• Au fil des jours, le nombre d’hôtes de la pension de famille augmente et, parmi les nouveaux arrivants, figure un couple âgé. Robert de Beauplan reconnaît le journaliste Charles Rivet, « un des esprits les mieux avertis de la grande politique internationale » (54). L’ancien correspondant de “L’IIlustration” et du “Temps” à Saint-Petersbourg du temps des tsars, et en Europe centrale, s’était retiré de la profession pour se consacrer à l’écriture de livres. Pourtant, après avoir accepté en 1943 un poste lié à la propagande de la Milice, il était rentré à Paris, l’année suivante, pour collaborer au quotidien de Jean Luchaire, “Les nouveaux temps”. Ayant choisi de rester en France, il se retrouvait donc dans la même situation que Robert de Beauplan : « Nous allions pouvoir unir nos infortunes ». Charles Rivet le met toutefois  en garde contre les imprudences que sa récente  « intimité » avec  la pensionnaire russe pourrait le pousser à commettre. En réalité, cette dernière n’est pas dupe de l’histoire que lui a racontée Robert de Beauplan dont elle a reconnu la voix « très caractéristique » pour l’avoir entendu pendant deux ans sur les ondes de Radio-Paris.téléchargement C’est elle qui lui tend un journal dans lequel figure une interview du secrétaire général auprès du ministère de la justice, annonçant que cinq mandats d’arrêt viennent d’être émis  contre Alphonse de Châteaubriant, Georges Suarez, Jacques de Lesdain, Jean Hérold Paquis et lui-même. Avec Georges Suarez, il est le seul des cinq à être resté en France. Avant de quitter la pension de Meudon pour regagner Paris, elle lui donne deux adresses qui pourraient être des lieux de refuge pour lui, l’une dans une auberge de la Nièvre, et l’autre, « dans un village perdu de l’Ardèche ». Des refuges qu’il n’aura ni le temps, ni la volonté d’utiliser.

• Tout en restant à Meudon, Robert de Beauplan décide de quitter la pension de famille, « au régime alimentaire peu fait pour (le) retenir ». Il se met en quête d’une chambre meublée qu’il finit par dénicher dans une petite villa. La propriétaire, une veuve, s’absente chaque jour pour son travail à Paris. Quant aux repas, il les prendra  dans un petit café restaurant, tout proche. Une fois attablé, il peut observer «  deux gendarmes, un facteur, deux employés de la mairie,  un contremaître d’usine et un pharmacien célibataire », avec qui il est « en bon terme de voisinage ». Quelquefois, des F.F.I. en brassards viennent aussi s’y désaltérer au comptoir.

• Pour rompre sa solitude, il parvient à convaincre Charles Rivet et son épouse de quitter eux aussi la pension de famille pour s’installer, à leur tour,  sous le même toit, un petit logement de deux pièces étant libre. C’est dans ce décor que Robert de Beauplan va passer en leur compagnie  les trois premières semaines de septembre 1944.  Bien qu’il ait peu de chance d’être reconnu, Charles Rivet n’en multiplie pas moins les mesures de précaution, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, « abaissant sur ses yeux les bords de son chapeau, portant des lunettes teintées, laissant pousser sa barbe, envoyant sa femme en avant en éclaireur ». On peut aussi le voir, « lisant à table, après un repas vite expédié, le visage dissimulé derrière son journal ».  Les journées s’étirent mollement et entre deux promenades avec le couple Rivet dans le bois de Meudon. Tandis que Rivet se retire pour travailler à un livre sur le communisme, Robert de Beauplan se plonge dans la lecture de divers exemplaires de la Revue de Paris, de la Revue Hebdomadaire ou même de la vénérable Revue des deux mondes qu’il a pu exhumer de la bibliothèque de sa logeuse. Il s’attaque aussi à la rédaction d’une pièce de théâtre « de caractère fantaisiste, intitulée M. Platon » Le manuscrit ne dépassera toutefois pas  le stade des premières scènes du premier acte.

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France Soir (décembre 1944) © BnF Gallica

• Pour Charles Rivet, il n’est pas question de s’éterniser à Meudon. Il échafaude donc un plan pour trouver refuge en Suisse, avec l’aide de son beau-frère dont la maison et le jardin jouxtent la frontière helvétique. Il propose à Robert de Beauplan de le suivre dans cette tentative : « Vous viendrez avec moi si vous voulez. Nous passerons en Suisse et vous serez sauvé ». Robert de Beauplan, dans un premier temps, veut y croire, même si les chances de réussir sont minces, entre une traversée de la France particulièrement risquée et la possibilité d’être refoulé ou interné  par les autorités suisses. C’est ce qui explique sa surprise et sa déception lorsque Rivet lui annonce, un matin, qu’il va regagner Paris, afin d’y rencontrer son avocat. Quelques jours plus tard, c’est au tour de son épouse de le rejoindre, alors qu’ils avaient envisagé de passer l’hiver à Meudon. Malgré ces départs, Robert de Beauplan garde encore quelque espoir à propos de ce qu’il appellera plus tard un « projet romanesque ». Ayant réussi, trois mois plus tard,  à renouer des liens épistolaires avec Rivet, il continuera de le harceler de questions sur le projet suisse : « On me répondait qu’il ne m’avait pas oublié, mais que je devais patienter, que le moment n’était pas encore venu, que je serais avisé en temps opportun »…Quelque temps après, c’est par  un bref article de journal qu’il apprendra l’arrestation de Charles Rivet à Paris. Bien que tous les deux aient été internés en même temps à Fresnes, en 1945, ils ne se reverront jamais.

• De nouveau seul, Robert de Beauplan téléphone quasi quotidiennement à Paris, depuis la cabine du bureau de poste de Meudon. Il peut ainsi joindre son épouse chez différents amis, « en des lieux et à des heures dont nous convenions d’avance ». Celle-ci fait l’objet d’une surveillance policière et la Sûreté nationale l’a déjà convoquée deux fois dans ses locaux, avec menaces d’arrestation et interrogatoires, afin de savoir ce qu’est devenu son époux. On comprend qu’elle se soit abstenue de toute visite à Meudon, pourtant si proche de Paris. C’est par elle qu’il apprendra que les F.F.I., guidés par la concierge de l’immeuble, ont investi à deux reprises son appartement, livré ensuite à un véritable pillage. Pour pratique qu’elle soit, la proximité de Paris fait aussi courir le risque de croiser une connaissance. C’est ce qui arrive un matin, dans un café alors que le journaliste prend « démocratiquement un coup de blanc sur un zinc ». Un pompier entrant dans le café le salue d’un sonore « Bonjour, Monsieur de… » que Robert de Beauplan a tout juste le temps d’interrompre. En dehors de son travail, l’homme était aussi menuisier et il avait eu l’occasion de travailler pour le journaliste qu’il a reconnu aisément. Si le pompier rassure le journaliste en promettant de ne rien dire (ce qu’il fera effectivement), cette rencontre fortuite fait prendre conscience que Meudon, trop proche de Paris, n’est plus un lieu suffisamment  sûr : « Cet incident, après tous les autres, me décida à m’éloigner de Paris (…). Devant la tournure que prenait “la libération”, mieux valait mettre un peu plus d’espace entre les gens de la capitale et moi ».

• Après avoir mûrement réfléchi, il décide de mettre le cap vers l’ouest, une partie du territoire qui, selon lui, présente de nombreux avantages, quitte à devoir s’éloigner de deux ou trois cents kilomètres : un ravitaillement plutôt facile à trouver, une masse de réfugiés parmi lesquels il aura la possibilité de se fondre très aisément pour passer inaperçu, et une moindre présence des maquis. Robert de Beauplan élabore donc un itinéraire qui passe par Chartres, Nogent-le-Rotrou et le Mans. De là, selon les circonstances, il pourra se prolonger soit vers Laval, soit vers la vallée de la Loire, soit vers Château-Gontier. La date de départ est fixé au 30 septembre 1944, le jour où sa location prendra fin. Toutefois, avant de partir, il lui faut se pourvoir de vêtements plus en phase avec l’automne qui débute et l’hiver qui s’annonce. C’est sa femme de ménage parisienne qui aurait dû accomplir la mission, mais c’est finalement une amie qui se présente à Robert de Beauplan, munie des effets attendus. Elle lui explique que les F.F.I. ont mis sa femme de ménage sous surveillance, qu’ils l’ont même arrêtée et menacée, afin de la faire parler.

• Autre visite clandestine reçue par le journaliste, celle de son fils Cyrille.  À 25 ans, il s’est rapproché de la mouvance trotskyste, ce qui lui vaut quelques ennuis. Entre le père et le fils, les relations qui ont toujours  été  plutôt conflictuelles se sont encore   tendues. Le dialogue entre eux n’est pas totalement rompu, bien qu’il semble  que, sous l’occupation,  le père ait  totalement coupé les vivres à son fils, en raison de son engagement politique : « Nous causâmes longuement. Je ne l’ai plus revu depuis qu’à travers le double grillage d’un parloir de prison », écrit Robert de Beauplan.

DE  SAINT-RÉMY-LÈS-CHEVREUSE…

À CHÂTEAU-GONTIER

(30 SEPTEMBRE – 4 OCTOBRE 1944)

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De Paris à Meudon, puis à Chartres et au Mans (18 août – 4 octobre 1944) (© carte Michelin)

• Le 30 septembre, en début d’après-midi, le vélo chargé de nouveaux bagages, le départ est imminent. Il ne reste plus qu’à régler la note de la logeuse et à prendre congé. Or, celle-ci s’est absentée pour « donner un coup de téléphone » et son retour se fait  désirer. Alors que Robert de Beauplan  attend dans le jardin, son attention est attirée par ce qui se passe dans la maison d’en face, où vivent un homme et ses deux fils : « J’avais cru remarquer  qu’ils s’intéressaient un peu trop curieusement à ma personne, mais je n’y avais pas prêté attention » reconnaît-il. Leurs paroles, leurs cris et leurs gestes lui font comprendre que ses allées et venues, de son logement à la poste, ont fini par éveiller leurs soupçons et qu’on s’apprête vraisemblablement à le dénoncer comme un éventuel suspect : «  Cette fois, je n’hésitai plus (…). Je sautai sur ma machine et je dévalai en trombe la rue en pente, jusqu’à l’avenue du château, puis je remontai vers le bois, et cinq minutes plus tard, je pédalais sur la grande route, en direction de la Patte-d’oie ». Cette étape franchie, il commence à se sentir rassuré, même si les motos ou les voitures qui le suivent et finissent par le dépasser sont autant de motifs d’inquiétude pour lui.

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30 septembre 1944: Saint-Rémy-lès-Chevreuse, première étape de la fuite de Robert de Beauplan

• Au bout d’une heure, il a déjà parcouru une douzaine de kilomètres, mais il lui en reste encore une trentaine pour rallier son premier point de chute, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse: « Un bon dîner, dans un des petits hôtels coquets de Saint-Rémy-lès-Chevreuse me réconforta ». Le hasard des rencontres fait qu’il lie conversation avec un jeune étudiant américain, faisant office de chauffeur de camion pour l’armée, entre les plages de débarquement  et le front rhénan. Selon Robert de Beauplan, la conversation porte sur les élections présidentielles américaines et le jeune étudiant se pose en opposant farouche de Roosevelt qui s’apprête à solliciter un quatrième mandat : « Roosevelt, c’est l’endurcissement de la guerre en Europe  (et) nous en avons assez, nous voulons rentrer chez nous ». Ce point de vue, à l’entendre serait  même largement partagé par nombre d’Américains. Au passage, Robert de Beauplan glane de précieux renseignement sur les routes à prendre et celles à éviter dans la poursuite de son périple. Son interlocuteur  lui conseille aussi d’éviter de faire étape dans les villes : les hôtels affichant tous complets, avec l’afflux de civils ou de trafiquants du marché noir venant au ravitaillement. Il faudra leur préférer les villages, nettement plus discrets.

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1er octobre 1944: un bref passage par Chartres

• Le lendemain matin, dimanche 1er octobre, la pluie retarde son départ qui n’a lieu qu’en début d’après-midi. L’étape est plus pénible et périlleuse que prévu : sur des routes encombrées par les convois des soldats américains, qu’il croise ou qui le dépassent, il lui faut rouler sur les bas côtés détrempés par la pluie. Les trous d’obus qu’on a rebouchés à la hâte ou les carcasses des chars qui ponctuent le paysage lui rappellent aussi que des combats âprement disputés ont eu lieu ici, quelques semaines plus tôt. Autre curiosité du paysage qu’il mentionne : certains panneaux indicateurs plantés par la Wehrmacht voisinent toujours avec ceux qu’a installés l’US Army. La nuit le surprend peu avant Chartres et c’est dans la soupente d’un bureau de tabac – auberge, un des rares bâtiments qui ne soit pas en ruine au cœur d’un hameau dévasté, qu’il va passer la nuit. Il gagne ensuite Chartres, où il peut déjeuner dans une petit restaurant « envahi par une clientèle disparate ». Il y croise « deux femmes fardées » dont son voisin de table lui dit qu’elles « faisaient la noce avec les Allemands (mais que) maintenant elles couchent avec tous les Américains ». Tel autre client lui est décrit comme un trafiquant du marché noir « en train de faire fortune » et qui « s’habille en lieutenant des F.F.I. » pour contraindre les automobilistes à le transporter entre Chartres et Paris ou inversement.

• Au fur et à mesure que Robert de Beauplan s’éloigne de Paris, sa cavale lui semble prendre des allures de « vacances », lui permettant d’inaugurer « un peu tardivement à (son) âge, un mode de tourisme (…) jamais pratiqué encore ». Les repas sont plus copieux, avec « partout de la viande à discrétion, du vin, de l’alcool », pour un coût bien moindre que celui des repas frugaux pris dans la pension de famille de Meudon.

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Une étape au Mans, avant de se diriger vers Sablé-sur-Sarthe

• Dans un village où il a fait étape pour déjeuner « copieusement », sa table voisine avec celle de trois mécaniciens venus avec leur véhicule de dépannage  pour prendre en charge un camion accidenté. Moyennant une centaine de francs, ils acceptent de le prendre avec eux et de le conduire au Mans : « J’économisai 75 kilomètres de pédalage et deux jours de voyage », note-t-il. Au passage, il  remarque que les abords de la ville ont  pris des allures de « véritable parc automobile américain, s’étendant à perte de vue, des deux côtés de la route, avec des aspects de village nègre (sic), car presque toutes les voitures étaient conduites par des noirs ». (55)

DE SABLÉ-SUR-SARTHE ET  CHÂTEAU-GONTIER…

À ROCHE-BLANCHE

(4 OCTOBRE –   DÉBUT NOVEMBRE 1944)

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De Sablé/Sarthe à Château-Gontier et à Juigné, l’ultime étape (4 octobre 1944 – 27 juin 1945) (© cartes Michelin)

SABLÉ-SUR-SARTHE

• Le 4 octobre, au quatrième jour de sa fuite de la région parisienne, Robert de Beauplan arrive à Sablé-sur-Sarthe, après avoir fait un détour par Solesmes, afin d’y contempler  la célèbre abbaye. Surpris par un orage, en pleine campagne, il est contraint de se mettre à l’abri dans « une maison abandonnée en fort piteux état» : vitres cassées, huisseries arrachées, vaisselle et meubles brisés.

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4 octobre 1944: l’arrivée à Sablé-sur-Sarthe

• Alors qu’il pense que ce sont les éventuelles conséquences d’un bombardement, c’est la propriétaire des lieux qui lui apprend que la maison n’est pas abandonnée mais qu’elle a été saccagée dans les jours qui ont suivi la libération : la vindicte populaire s’est alors déchaînée contre son mari, correspondant local du journal de la région et collaborateur supposé, qui a même dû s’enfuir. Devant cette confidence, Robert de Beauplan affirme dans ses mémoires  avoir eu « la tentation de lui dire que son mari n’était pas le seul dans ce cas et qu’elle avait devant elle  un de ses “confrères” non moins  fortuné ». Ce que, par prudence, il ne fera toutefois pas, avant d’enfourcher à nouveau son vélo.

CHÂTEAU-GONTIER ET LE SÉJOUR

À L’HÔTEL DU DAUPHIN

• Après une nuit passée dans le village de Grez-en-Bouère, il finit par atteindre Château-Gontier, dans la matinée du jeudi 5 octobre. La description qu’il fait de la « petite ville provinciale», qui doit lui servir de refuge, est des plus sombres: « D’étroites et sordides ruelles, sans trottoirs (…), quelques vieilles maisons pittoresques dans leur délabrement, quelques petits hôtels anciens, à la façade triste et hermétique…Une promenade plantée de gros arbres (…) où s’alignaient les demeures sans doute les plus cossues (…), un quartier plus neuf mais pauvre aux laides maisonnettes de style “banlieue de Paris”, une grande église blanche, sans caractère »…Telle est sa première vision de Château-Gontier. Il y ajoute « un collège maussade installé dans un vieux couvent » mais il n’entrevoit «  pas un magasin avec une devanture attrayante, pas un seul café à terrasse pour l’agrément des oisifs». Quant au cinéma où il comptait trouver un dérivatif à l’ennui qui pourrait le gagner, ce n’est qu’une « grange inhospitalière (…) où l’on ne donne de spectacles  que le dimanche ». Hormis les bords de la Mayenne qui trouvent grâce à ses yeux, la commune dégage « un morne ennui, suant de partout ». Sous la plume du journaliste, les habitants ne sont guère mieux traités : « Une population sans jeunesse, de petits bourgeois mesquins et de retraités, vivant recroquevillée sur elle-même, sentant le moisi ». Craignant par-dessus de se retrouver plongé dans une complète solitude, il  affirme se sentir « soudain perdu dans cette nécropole rébarbative ».

RDB Château Gontier Pont et rue Thiers
5 octobre 1944: Château-Gontier, “nécropole rébarbative”

• Une fois la découverte de Château-Gontier achevée, l’urgence est d’y trouver un logement. Ce sera l’Hôtel du Dauphin, avec ses « deux salles sombres et renfermées, au rez-de-chaussée (…), ses trois étages de chambres minuscules donnant sur des couloirs empuantis par les odeurs de cuisine et de WC (…), un lit passable, une table bancale, une chaise. Seul confort : un lavabo à eau courante».Le seul point positif, mais de taille, c’est que l’ on y « mangeait incontestablement bien ». Il en est d’ailleurs de même dans tous les autres restaurants et auberges des alentours où les mots rationnements et pénuries semblent être inconnus. Robert de Beauplan n’est pas insensible non plus  à la patronne de l’hôtel, « jolie femme blonde, fort aimable (…) qui emplissait l’hôtel de ses chansons et s’y promenait toute la journée en pyjama rose ».

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Un logement à l’hôtel du Dauphin, à Château-Gontier

• Malgré le décor qui s’offre à lui, le fugitif savoure enfin  sa victoire : 250 kilomètres le séparent désormais de la capitale et  il ne court plus guère  le risque de tomber sur une connaissance ou d’être reconnu : « L’homme traqué que j’étais allait pouvoir vivre à peu près en repos ». Pourtant, le hasard va en décider autrement. Alors qu’il vient de pénétrer dans la salle à manger de l’hôtel, il est abordé par un pêcheur à la ligne qui lui lance : « Comment ? Vous ici ? ». Le pêcheur anonyme n’est autre qu’un avocat, frère de Louis Darquier de Pellepoix, l’ancien commissaire aux questions juives et antisémite forcené dès avant la  guerre (56). Alors que des bruits ont couru dans la presse sur une possible exécution de Darquier de Pellepoix en fuite, Robert de Beauplan apprend de la bouche de son interlocuteur qu’il n’en est rien et que ce dernier se cacherait, méconnaissable, « quelque part à la campagne, en valet de ferme ». Quant au lieu précis, il ne fait aucun doute pour lui  qu’il « ne devait pas être très éloigné de Château-Gontier, ce qui justifiait que son frère vînt tout justement pêcher dans la Mayenne ». Pour éviter  qu’on ne les repère, l’avocat suggère qu’il serait préférable « qu’on ne (les) voie pas trop ensemble ».

• C’est en retrouvant  sa solitude à table, que Robert de Beauplan dit avoir compris son changement de statut : « Je devais m’habituer à l’idée de ne plus rien être de ce que j’avais été jusque là, confie-t-il dans ses mémoires. Tout mon passé devait s’abolir, même pour moi. Plus une relation que je pusse avouer ou qui consentît à m’avouer. La société, aussi, avait d’un seul coup changé de figure. Je n’avais jamais rien eu à redouter d’elle (…). Maintenant, le gendarme était mon pire ennemi. J’étais un hors-la-loi, un malfaiteur public (…). Il suffisait qu’on me reconnût pour qu’on me mît les menottes (…). J’étais seul, irrémédiablement seul », conclut-il, entre  mort sociale et nouvelle vie inconnue qui s’ouvre à lui.

À ROCHE-BLANCHE,

DANS “LA DOUCEUR ANGEVINE”…

• Faute de pouvoir trouver une simple chambre meublée à louer, Robert de Beauplan est obligé de prolonger son séjour à l’hôtel du Dauphin. En parcourant les rues de Château-Gontier et en flânant devant « le noir collège», il se remémore son arrivée à Agen, son tout premier poste ou le jeune agrégé qu’il était alors  venait d’être nommé, quarante ans plus tôt. Finalement, Robert de Beauplan décide de reprendre sa bicyclette et de pousser jusqu’à «  Roche-blanche, près d’Ancenis, Loire inférieure ». L’adresse d’une « amie » susceptible de l’héberger, lui avait été remise par sa femme de ménage, lors de la visite qu’elle lui  avait rendue clandestinement  à Meudon. L’amie en question n’est autre que la sulfureuse Magda Fontanges qui séjournait alors à Pouillé, à quelques kilomètres de Roche-blanche, dans la demeure de son père, le peintre Corabœuf.  Pour le journaliste,  qui voit là un moyen de rompre sa solitude, les trente kilomètres séparant Château-Gontier de Roche-blanche, en passant par Segré,  méritaient bien d’être parcourus.

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Roche-Blanche, nouvelle étape

• Arrivé à Roche-blanche, il fait étape à l’unique hôtel où on l’installe dans ce qui est « la meilleure chambre », avant d’entamer un bon dîner qui « acheva de (lui) rendre sympathique cet endroit où nul (…) ne se soucierait de (lui) ». Du moins le pensait-il. Dès le lendemain matin, sa première préoccupation est de pousser jusqu’à Pouillé, à trois kilomètres de Roche-Blanche, pour y rencontrer Magda Fontange (57) .

Loin des tumultes de sa vie parisienne, elle l’accueille « en paysanne (donnant )  à manger à ses poules et à ses lapins ». Peu surprise de le voir débarquer ici, elle lui conseille toutefois de rester à Rocheblanche et ne pas trop se montrer à Pouillé,où   les paysans ne manqueraient pas de faire  preuve de méfiance et de curiosité à l’égard d’un nouveau venu. Elle lui suggère aussi de se forger un « alibi » auprès de la patronne de l’hôtel, en se faisant  passer pour un malade à qui les médecins auraient suggéré de profiter de l’air pur de la campagne pour recouvrer la santé.  Il pourra même se recommander d’elle car elle dit avoir « très bonne réputation dans le pays ». Enfin, les visites qu’elle lui rendra à l’hôtel passeront inaperçues puisqu’elle a l’habitude de se rendre à Rocheblanche pour son ravitaillement.

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Pouillé, vu par le peintre Corabœuf, père de Magda Fontanges

• Dans ce qu’il appelle « la douceur angevine», la vie du proscrit prend alors « une tournure agréable», rompant avec la sombre étape de Château-Gontier. « Une chambre avec vue sur la vallée de la Loire…Des repas dans une petite salle à manger que ses hôtes estivaux (…) avaient décorée »…

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Magda Fontanges, lors de son procès, à Bordeaux, en 1947

• Une patronne d’hôtel qui l’entretient fréquemment de ses clients…Les livres que Magda Fontanges, avec laquelle il déjeune régulièrement,  lui  fait passer…Les promenades à bicyclette avec elle dans les alentours…Tout concourt à  rassurer Robert de Beauplan qui compte, autant que Magda Fontanges,  sur le temps pour que la justice l’oublie : « Je me laissais vivre sans trop penser. Je ne faisais aucun projet d’avenir, sinon de demeurer dans ma retraite campagnarde, le plus longtemps possible. La guerre finirait bien un jour que je ne croyais  plus trop lointain. Ce jour-là, les frontières se desserreraient ». Il pourrait alors peut être profiter de la « filière suisse » suggérée par Charles Rivet ou gagner l’Espagne, comme tant d’autres collaborateurs en fuite.  En attendant ces jours meilleurs, tandis que Magda Fontanges puise dans les souvenirs de sa vie tumultueuse matière a rédiger des mémoires, Robert de Beauplan remet de l’ordre dans les notes qu’il a pu consigner depuis son départ de Paris. Il compte en faire un  Journal de son exode. Chacun lit des passages à l’autre, apportant au besoin précisions ou corrections.

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Georges Suarez (1890-1944)

• L’actualité le ramène pourtant régulièrement à la réalité de l’Épuration en cours. Les journalistes y figurent  en première ligne. C’est ainsi qu’il apprend la condamnation à mort et, trois semaines plus tard, l’exécution de Georges Suarez qui, comme lui, avait fait le choix de rester en France. Suit  la condamnation à vingt ans de réclusion prononcée contre  Stéphane Lauzanne, son complice de quarante ans au Matin. Robert de Beauplan ne se fait guère d’illusion sur ce qui l’attendrait en cas d’arrestation: « Si j’avais été pris alors, nul doute que l’on m’eût fait monter dans la même charrette. J’aurais payé pour Radio-Paris dont on n’avait encore pu arrêter que quelques vagues comparses, speakers ou autres lampistes ».

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Stéphane Lauzanne, lors de son arrestation à Paris

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La France (journal publié à Sigmaringen) annonce la condamnation de Stéphane Lauzanne

• Le séjour à Roche-Blanche va finalement s’avérer plus court que prévu. Un mois à peine après son installation, il voit Magda Fontanges débarquer à l’hôtel, le visage grave. Elle lui annonce que l’épicière du village l’aurait signalé comme suspect auprès des gendarmes. Si ceux-ci se contenteront probablement d’une simple vérification de ses papiers, elle craint  que la dénonciation n’aboutisse sur le bureau du procureur à Nantes, déclenchant l’intervention des inspecteurs de la Sûreté nationale, lancés à ses trousses. En outre, Magda Fontanges, qui l’a pris sous sa protection et qui  est elle aussi en délicatesse avec la justice, ne veut pas courir le risque de « tomber » avec lui.

• Avant qu’il ne quitte l’hôtel, elle lui conseille de se délester des 150 pages de son “Journal de route” qu’il a noircies et de les lui confier. En cas de fouille, l’objet se révélerait particulièrement compromettant pour Robert de Beauplan puisque tout y était consigné, depuis son départ de Paris. Magda Fontanges se fait fort de mettre le manuscrit à l’abri et de le transmettre discrètement à son épouse, lorsqu’elle se rendra à Paris : « J’étais trop enclin à alléger mon fardeau pour ne pas céder à ce conseil que je crus sage. C’est peut-être – comme on le verra par la suite – cette prudence qui aura été ma plus fatale imprudence »…Dans son Journal, il glisse également les quelques pages de la comédie qu’il avait commencé de composer à Meudon.

RETOUR À CHÂTEAU-GONTIER…

(DÉBUT NOVEMBRE 1944 – DÉBUT JANVIER 1945 )

• Début novembre, « un de (ses) plus lugubres souvenirs», c’est sous la pluie qu’il doit quitter Roche-blanche. Sans trop savoir où aller, « se sentant abandonné de tous», il reprend la direction de Château-Gontier, passant la nuit à Segré « dans un hôtel infect (…), plein de réfugiés avec leur marmaille ». Le lendemain, alors qu’il lui reste deux kilomètres à parcourir, il est victime d’une crevaison et faute de réparation, c’est à pied qu’il pénètre à nouveau dans Château-Gontier où il réintègre l’Hôtel du Dauphin qu’il avait pourtant jugé “sinistre”. Dans cette solitude qui lui devient  pesante , « le besoin maladif de réconfort » le plonge dans « une dépression complète ». Si l’on en croit ses souvenirs, ce sera son seul et unique moment d’abattement, au point qu’il confesse avoir songé un instant au suicide. Que ce soit à la prison d’Angers, après son arrestation, ou plus tard à Fresnes dans sa cellule de condamné à mort, en passant par ses  dix mois de Centrale  qu’il  accomplira à Poissy, il affirme n’avoir jamais  éprouvé de tels sentiments. Le seul réconfort pourrait venir de son épouse.

•À plusieurs reprises, dans ses lettres, il l’avait suppliée de venir le voir, mais compte tenu de la surveillance à laquelle elle était soumise, la tâche s’avérerait extrêmement périlleuse pour elle  et particulièrement risquée pour lui : « Pendant huit jours, j’attendis dans l’angoisse, prostré sur mon lit, dans une sorte d’hébétude ». Quelques jours encore et son épouse arrive à Château-Gontier, répondant à son « cri de détresse», après avoir déjoué les surveillances dont elle était l’objet et « bravé les fatigues » d’un tel voyage. Durant les trois jours qu’elle passe à l’Hôtel du Dauphin, elle s’emploie à le réconforter, à lui rendre « un courage dont, jamais plus (il ne s’est) départi ». Elle s’est également mise en quête d’un logement plus accueillant, qu’elle a fini par trouver, chez une ancienne boulangère, vivant seule, dans une petite maison des bords de la Mayenne. Dès son retour à Paris, la Police ayant eu connaissance de sa disparition pendant trois jours, la presse à nouveau de questions. En fait, depuis le 9 novembre, elle doit répondre aux demandes du juge d’instruction Augeras qui a officiellement lancé un mandat d’arrêt contre Robert de Beauplan pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’État ».

• Dans le nouveau cadre d’une « chambre vaste, confortable et propre» Robert de Beauplan prend peu à peu ses repères, mais il doit faire face à une logeuse qu’il décrit comme  « âpre au gain » et dont la principale préoccupation consiste  à lui « extorquer, sous tous les prétextes domestiques quelque petite somme supplémentaire ». C’est ce qui le pousse à migrer à l’Hôtel de Bretagne, moins onéreux que celui du Dauphin. La clientèle y est constituée majoritairement d’habitués, parmi lesquels il a remarqué « un jeune freluquet de 25 ans pour lequel on témoignait d’une grande considération ». Renseignement pris, il s’agirait du nouveau sous-préfet, fraîchement installé. Fermiers venus en ville pour la foire, voyageurs de commerce de passage ou petits employés constituent le fond des habitués. Sans se mêler aux conversations, Robert de Beauplan tend néanmoins l’oreille, percevant « des propos de la plus insipide platitude ». Dans l’angoisse que le hasard puisse le mettre un jour en  face d’une personne susceptible de la reconnaître, il a décidé depuis son passage à Roche-Blanche de ne plus se raser, suivant l’exemple de Charles Rivet. Au bout de quelques semaines sa barbe blanche a fini par lui donner « l’apparence d’un vieux monsieur quelconque ».

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Novembre 1944: L’hôtel de Bretagne, nouveau refuge, toujours à Château-Gontier

• Pour rompre la monotonie de ces longues journées sans activités, ni rencontres, Robert de Beauplan se met à explorer la bibliothèque publique, « assez riche» mais qui n’est ouverte que le lundi et le mercredi. Seul, au milieu de la salle de lecture, il fait la connaissance du « conservateur », également secrétaire de mairie. Les livres ne pouvant quitter la salle de la bibliothèque, dans une ville où l’unique librairie n’a pas grand-chose à proposer, il ne lui reste plus qu’à dérober un ou  deux ouvrages à chacune de ses visites : « Je pouvais ainsi lire chez moi, quitte à rapporter les volumes, la fois suivante, et à contracter un nouvel « emprunt » clandestin ».

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La bibliothèque et le musée de Château-Gontier

• C’est dans cette situation que l’hiver 1944-1945, particulièrement rigoureux, vient surprendre le journaliste en fuite. Dès la fin novembre, le froid intense rend la vie quasi impossible dans une chambre sans le moindre chauffage, faute de charbon à acheter. Pour pallier cette situation, il n’a d’autres solution que de passer ses matinées entières, blotti au fond de son lit, jusqu’à l’heure du déjeuner. Seule consolation, la bibliothèque est chauffée. Les cinq jours durant lesquels elle est fermée, Robert de Beauplan entreprend de longues marches, « ruminant (ses) tristes pensées », jusqu’à quatre heures. De retour dans sa chambre, il s’installe à sa table de travail, avant de se glisser à nouveau sous les couvertures du lit, en attendant le dîner. Sitôt pris, il retourne se coucher : « Jamais je n’aurai autant dormi », souligne-t-il dans  ses Souvenirs. Tel est l’emploi du temps quasi-immuable qui rythme sa vie durant tout l’hiver. Lorsque sa logeuse daigne allumer son propre poêle, Robert de Beauplan se propose comme partenaire à la belote, ce qui lui permet, « tous les soirs, pendant une heure (…) de s’asseoir près du poêle, bien chichement entretenu ». A partir de la mi-décembre  la neige et froid redoublent d’intensité, ce qui rend la vie à Château-Gontier encore plus rude.

 

 

À SOLESMES ET À JUIGNÉ…

L’ÉTAPE FINALE,

(3 JANVIER – 26 JUIN 1945)

• Une nouvelle fois, le hasard met le journaliste en présence d’un jeune aide bibliothécaire de la ville d’Angers, prenant son repas à la table d’hôtes. Au cours de la discussion, celui-ci lui apprend qu’il est un fervent catholique, habitué à fréquenter l’abbaye de Solesmes, où il se rend régulièrement pour prendre part à certains offices. Face à Robert de Beauplan qui se lamente du froid et de la monotonie de sa vie, il lui suggère d’aller passer l’hiver à Solesmes, « dans une excellente pension de famille» où il serait « remarquablement bien», avec « poêle dans la chambre et bois à volonté ». La proposition ne peut que séduire le journaliste  qui, dès le 3 janvier 1945 et au cinquième mois de sa “cavale”, s’installe à Solesmes. Pour rallier cette destination, il a délaissé la bicyclette pour prendre le train jusqu’à Sablé, avant de parcourir à pied les deux kilomètres restant.

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3 janvier 1945: l’arrivée de Robert de Beauplan à Solesmes 

• La pension de famille, installée dans une vieille maison, blottie dans un jardin envahi par la neige, avec en rez-de-chaussée sa salle à manger et son grand salon, ne correspond pas tout à fait à l’image quelque peu idéalisée que lui en avait donné son interlocuteur. Dans les chambres, réparties sur deux étage, Robert de Beauplan juge le « mobilier vétuste» et les « rideaux minables », « l’ordinaire médiocre ». Quant au poêle dont la présence avait été  vantée dans chaque chambre,  il existe bel et bien, à condition de pouvoir se procurer soi-même le bois nécessaire. Ce que Robert de Beauplan parvient à faire, le  transport et le sciage des rondins faisant office d’exercices physiques. L’établissement appartient à un retraité des chemins de fer, septuagénaire, qui le tient avec sa propre fille, « célibataire, à l’air de nonne sécularisée », et avec son fils, épileptique, en charge des gros travaux. Une « boniche » qu’on fait « trimer du matin au soir »   complète le personnel.

• Bien qu’un tel cadre puisse paraître peu attrayant, l’hôtel voit passer une clientèle régulière qui se rend à l’abbaye, plusieurs fois par jour, pour y assister aux différents offices, depuis la messe basse, dès 7 h jusqu’aux complies. En parcourant le livre d’or de l’hôtel, Robert de Beauplan y relève « plusieurs noms à particule », dont ceux du prince et le princesse Sixte de Bourbon-Parme, ainsi que celui d’une certaine duchesse, dont on lui affirme qu’il s’agissait de l’impératrice Zita, veuve du dernier empereur d’Autriche-Hongrie, Charles de Habsbourg, venue incognito à Solesmes. Deux de ses sœurs ayant pris le voile à l’abbaye bénédictine jouxtant celle des moines, sa venue s’expliquait. Avec une telle clientèle, « d’une étroite bigoterie », ne manquant aucun office, l’établissement prend des allures de « maison religieuse », aux yeux d’un Robert de Beauplan qui ne quitte que rarement l’hôtel, passant le plus clair de son temps à lire et n’assistant à aucun office religieux.

• Dans la salle commune où les pensionnaires prennent leurs repas, il a remarqué « une dame d’un certain âge (…) assez distinguée». Par la bonne, il  a pu glaner quelques informations : d’origine sud américaine, elle a épousé un Français occupant un poste important dans l’administration coloniale. Faute d’avoir pu supporter le climat, elle s’était installée à Paris et la guerre l’avait contrainte à quitter la capitale pour s’établir à  Solesmes, en louant une chambre chez un grainetier. Chaque jour, elle vient déjeuner à l’hôtel, prolongeant ses repas par la lecture du Figaro, qu’elle a pris l’habitude de tendre à Robert de Beauplan, après l’avoir lu. Un moyen pour lui de se tenir au courant de l’évolution de la situation politique mais aussi du devenir de ses ex-confrères parisiens, en fuite ou déférés devant la justice. Alors qu’il a déjà tenté vainement à plusieurs reprise d’engager la conversation plus avant, il a la surprise de se retrouver un jour invité à prendre le thé avec elle.  La conversation bat son plein et il fait la connaissance d’un « petit cercle de femmes intelligentes, cultivées et qui (lui) témoignaient une précieuse bienveillance ».

• Une nouvelle fois, la solitude du journaliste proscrit est rompue : rencontres devenues presque quotidiennes, promenades dans les alentours et « exploration dans les fermes des environs » en quête de produits alimentaires, rythment ses journées. Le dimanche est réservé au cinéma. Robert de Beauplan explique dans ses mémoires que c’est lors d’une de ces séances cinématographiques qu’il a pu voir une bande des actualités cinématographiques montrant le château de Sigmaringen, après le départ de ses « pensionnaires » et, notamment,  la chambre qui avait été occupée par  Jean Luchaire: « Le public siffla copieusement. Mais aussitôt après, note-t-il, il applaudissait avec une chaleur égale le grand film qui n’était autre que…“ Monsieur des Lourdines”, d’après le roman d’Alphonse de Chateaubriant, mis en scène par le beau-fils du maréchal Pétain et joué (…) par Corinne Luchaire et par Robert le Vigan. Bel exemple de la stupidité et de l’ignorance populaire », conclut-il. (58)

• Au hasard d’une conversation, l’une de ses nouvelles relations qu’il appelle Mme C… et qu’il présente comme « la fille d’un ancien maire de Saint-Nazaire et la veuve d’un important entrepreneur de travaux publics de cette ville», lui suggère d’abandonner sa peu riante pension de famille. Sur l‘autre rive de la Sarthe, au port de Juigné, elle lui indique une « jolie propriété», appartenant à un commandant de gendarmerie, depuis peu  à le retraite. Ses enfants étant absents, il a choisi de louer des chambres afin d’améliorer l’ordinaire. Agrémentée d’un grand jardin ombragé, la maison située au bord de la rivière, avec vue sur l’abbaye, « meublée avec beaucoup de goût  de meubles anciens» apparaît immédiatement « ravissante ».

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Le port de Juigné-sur-Sarthe, avec vue sur l’abbaye de Solesmes, ultime refuge de Robert de Beauplan

• Chaudement recommandé par la dame C…, Robert de Beauplan, alias “Robert Bourgoin, agrégé de l’université” n’a aucun mal à convaincre le propriétaire de l’accepter pour locataire. Dans une chambre voisine, logent un général, lui aussi en retraite et…ancien inspecteur de la gendarmerie, avec sa femme : « Pour un hors-la-loi, sous le coup d’un mandat d’arrêt et recherché par toutes les polices de France, j’avais assurément un bon abri ! ».  Afin de prendre ses repas, il se rend chaque jour dans un débit de boisson – tabac proche qui accueille quelques pensionnaires, « bien qu’il n’eût pas de patente de restaurateur ».

• Avec les pensionnaires et son nouveau logeur, les relations deviennent « des plus cordiales» et ce dernier étant passionné par les échecs, les soirées se terminent souvent par de longues parties. Mais c’est en compagnie de la dame C qu’il se plaît le plus. Recevant volontiers dans « une assez gentille habitation», elle se révèle une « grande lectrice », dotée d’une  riche bibliothèque, dans laquelle Robert de Beauplan va pouvoir puiser à l’envi. Les conversations se faisant de plus en plus libres, il apprend que son hôtesse a jadis professé des idées proches de l’Action française, mais qu’elle n’en a pas moins désapprouvé le Régime de Vichy. Face à cette femme à  l’esprit ouvert qui « n’avait rien de sectaire », il se laisse aller à exprimer « certaines opinions (qu’il) n’aurait pas affichées devant d’autres ». Comme lui, son interlocutrice « condamne les violences sanguinaires de la “libération” (sic) et la parodie de justice dont elles se couvraient » et elle dit avoir « été écœurée par  l’exécution de Brasillach» (59).

• Un jour, alors qu’elle est occupée à envelopper un colis dans les pages d’un vieux numéro de L’Illustration d’avant guerre, elle lui montre un article signé…Robert de Beauplan : « Savez-vous ce qu’il est devenu ?, lui demande-t-elle alors. On n’a jamais plus parlé de lui. Le connaissiez-vous ?». Il se contente de lui répondre que probablement « il était en fuite, quelque part peut-être à l’étranger». Avait-elle fini par comprendre que derrière  M. Robert Bourgoin se dissimulait le journaliste et  collaborateur en fuite ? Robert de Beauplan ne le pense pas et, peu après son incarcération à Fresnes il lui enverra une lettre pour s’excuser « d’avoir par nécessité abusé de sa bonne foi ». Visiblement, elle ne lui en tiendra pas rigueur, lui écrivant à son tour,  même après sa condamnation à mort.

• Dans le cercle de ses nouvelles relations qui s’est peu à peu agrandi, “M. Bourgoin, agrégé de l’Université à la retraite”, est sollicité pour donner des leçons de latin, de français et d’anglais, renouant avec son métier d’origine. Ce sera d’abord « à un garçonnet de dix ans, assez en retard dans ses études» puis au fils d’un gros fermier, « que j’initiais aux subtilités, un peu trop au dessus de son intellect de la dissertation française ». Après avoir lié connaissance avec deux pères de l’abbaye de Solesmes, Robert de Beauplan est invité à visiter le monastère. Il peut y «admirer la magnifique bibliothèque, riche de quelque 300 000 volumes, de toutes sortes » dans laquelle il va pouvoir trouver « une pâture intellectuelle des plus substantielles ». En fréquentant ces pères bénédictins, qui ont pu compter « un fort noyau d’Action Française », il découvre « des esprits fort distingués », « des savants et des artistes de grande valeur » et même « un helléniste qui ne déparerait pas une chaire de la Sorbonne ou du Collège de France ». S’y ajoutent des théologiens, des historiens, des philosophes, des peintres, des ingénieurs, un véritable vivier intellectuel comme n’en a pas connu Robert de Beauplan depuis longtemps. Bien que retirés derrière les murs de leur monastère, ils semblent avoir une connaissance très fine de l’actualité : « C’est par eux que j’eus communication, presque aussitôt, du compte-rendu sténographique du procès Maurras ». (60) Par curiosité, il assiste même à quelques offices dont il ressort séduit par « la mise en scène (…) d’une variété et d’un faste prodigieux de chasubles, d’étoles, d’ornements, d’accessoires, de luminaires (…) et de science chorégraphique, tant les mouvements d’ensemble (…) sont harmonieusement réglés ».

• Pour Robert de Beauplan, après son « abominable séjour à Château-Gontier, Solesmes  apparaissait maintenant comme un éden» qu’il n’a nullement envie de quitter, tant qu’il s’y sentira en sécurité. Il lui faut toutefois ne pas trop se montrer à l’abbaye susceptible d’être fréquentée par quelques anciennes connaissances parisiennes. C’est ainsi que sous les traits d’un « personnage bizarrement affublé d’une houppelande », il reconnaît Jean Louis Vaudoyer (1883-1963), l’écrivain, poète et historien d’art, en même temps qu’administrateur de la Comédie Française, de mars 1941 à  mars 1944, sous le régime de Vichy. Entre les rencontres avec son cercle de relations, les visites à Solesmes, les lectures et les cours qu’il donne, Robert de Beauplan a décidé de s’atteler à la rédaction d’un mémoire en défense. Il s’agit pour lui de faire le point sur ses choix entre 1940 et 1944 mais aussi de justifier sa collaboration et celle d’autres journalistes. Le document de 80 pages, saisi lors de  son arrestation, sera annexé au dossier de son procès.

• Comme il l’avait fait dans ses différents refuges, il continue donc d’écrire, au moins « deux fois par semaine » à son épouse, toujours sous surveillance, des lettres qui aboutissent chez « des amis sûrs ». Aux environs de Pâques, elle finit par accomplir le voyage à Juigné, comme elle l’avait fait précédemment à Château-Gontier. Robert de Beauplan la présente comme sa sœur et, pendant une semaine, elle peut loger dans une chambre voisine de la sienne: « C’était comme des vacances heureuses, coupées de promenades et de canotage sur la Mayenne ». Ce seront les ultimes moments que le couple passera ensemble. En la raccompagnant à la gare et en l’aidant à s’installer dans le compartiment, il a tout juste le temps d’éviter une autre de ses connaissances de trente ans, la comédienne Béatrix Dussane (1888-1969), sociétaire de la comédie Française, alors en tournée. Grâce à la barbe qu’il s’est laissé pousser, elle ne l’a pas reconnu, bien qu’elle l’ait fréquemment croisé, lorsqu’il courait les premières théâtrales ou cinématographiques pour le compte de L’Illustration. .

• Quelques semaines après le retour de son épouse à Paris, Robert de Beauplan fait la connaissance d’un jeune artiste peintre et metteur en scène ds cinéma qui ne fait pas mystère de son passé. Remis en liberté provisoire après six mois de détention préventive à Fresnes, il s’est installé à Juigné, dans l’attente de son éventuel procès. La justice lui reproche d’avoir pris part au montage d’un film de propagande de la LVF qui n’a d’ailleurs jamais été diffusé. Au fil de la conversation, Robert de Beauplan s’enquiert de la vie, des conditions matérielles et de l’ambiance générale de cette prison où sont incarcérés les collaborateurs. Il peut aussi avoir quelques nouvelles de plusieurs de ses amis que le jeune homme a pu côtoyer. Une rencontre en amenant une autre, le 22 juin 1945, alors qu’il s’est rendu à l’auberge de Juigné, le journaliste a la surprise de le voir saluer « une dame en noir, assise, seule, à une table voisine ». Celle-ci est bien loin d’être une inconnue pour Robert de Beauplan : «Je regardai la dame et j’eus un haut le corps, moindre pourtant que sa stupéfaction. Je mis un doigt sur mes lèvres et, d’une inclinaison de tête, elle me signifia qu’elle avait compris ». En fait Robert de Beauplan vient de reconnaître en elle Marthe Cayron, la veuve du peintre Jules Cayron (1868-1944). Avant guerre les Cayron et les de Beauplan ont été extrêmement proches, passant même leurs vacances d’été ensemble à Étretat. Jules Cayron a également été le parrain de Claude, la fille de Robert de Beauplan. Cinq jours après cette rencontre, Robert de Beauplan était arrêté.

ROBERT DE BEAUPLAN

RATTRAPÉ PAR LA JUSTICE

 (27 JUIN 1945)

• C’est le mercredi 27 juin 1945, à six heures du soir, que la justice va finir par rattraper celui qui a réussi à lui échapper depuis dix mois. Ce soir-là, alors que son élève vient de prendre congé et qu’il admire l’abbaye de Solesmes, face au soleil couchant, il entend la voix de son logeur lui criant que « deux messieurs (le) réclament».

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Le Maine Libre (2 juillet 1945)

• Avant même qu’il ait pu répondre, les deux hommes se sont rués vers l’escalier conduisant à sa chambre et l’ont ceinturé : « Une espèce de colosse bondit sur moi et, de sa poigne, m’étreignit à bras le corps, tandis que l’autre, un petit blond, me saisissant les mains, les immobilisa derrière mon dos et me passa les menottes ». Les deux inspecteurs ne sont pas dupes de l’identité figurant sur sa fausse carte. Ils savent qu’ils ont bien affaire à Robert de Beauplan, malgré la barbe qui masque son visage. Munis d’un mandat d’arrêt, les deux inspecteurs de la Sûreté nationale ont pour mission de le conduire à la prison de Fresnes mais, compte tenu de l’heure tardive, il faudra faire étape par la prison d’Angers. La chambre est méticuleusement fouillée. Les affaires sont rassemblées et logées tant bien que mal dans une valise et un grand sac de toile : « En dix minutes, tout fut emballé», écrit Robert de Beauplan.

• Avant de quitter définitivement sa chambre, il tient à régler son dû à son hébergeur, commandant de gendarmerie à la retraite, stupéfait de voir « M. Bourgoin, agrégé de l’université » menotté et encadré par deux policiers. Les bagages étant chargés, Robert de Beauplan est poussé dans la voiture des policiers. Direction : Sablé-sur-Sarthe, pour un bref dîner, avant de poursuivre la route vers la prison d’Angers. Durant le trajet, « le commissaire spécial de la Sûreté nationale » lui apprend que la police était sur ses traces depuis trois semaines et que les inspecteurs, faute de l’avoir localisé,  étaient sur le point de rentrer à Paris. Une question taraude évidemment le journaliste : comment a-t-on pu finir par le retrouver ? Quelle imprudence a-t-il bien pu commettre ou de quelle dénonciation a-t-il été victime ? Grâce aux réponses des policiers, il parvient à reconstituer en partie  le puzzle de son arrestation.

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Ce soir (1er juillet 1945)

• Première révélation : la police savait qu’il avait séjourné quelques mois plus tôt à Château-Gontier, mais elle ignorait sous quelle identité. Muni d’une photo et grâce à quelques indications données par un journaliste du Matin, le commissaire Roigt s’était donc rendu à Château-Gontier, passant au peigne fin les hôtels, les pensions de famille et les  restaurants, mais sans grand résultat. Jusqu’à ce qu’un habitué de l’Hôtel de Bretagne  laisse entendre, à la vue d’une photo, que  le personnage recherché « ressemblerait assez à M. Bourgoin, mais (que) celui-ci portait la barbe ».

• Grâce à la fiche de police qu’il avait dû remplir, les policiers peuvent remonter jusqu’à sa logeuse, laquelle est incapable de leur dire où “M. Bourgoin” est allé s’installer ensuite. Une rapide enquête sur ses fréquentations, met alors les policiers sur la piste  du « bibliothécaire d’Angers » qu’il  avait assidûment fréquenté : « Soit naïvement, soit même qu’il crut me rendre service en aidant un ami à me retrouver, à moins qu’on ne lui eût révélé  qu’il s’agissait d’un méprisable“traître”,  complice des “Boches” », écrit Robert de Beauplan, il avait fini par lâcher le nom de Solesmes comme possible point de chute. Arrivés à Solesmes, bien  qu’il n’y résidât plus,  les inspecteurs de la Sûreté nationale n’avaient eu aucune difficulté à trouver des personnes connaissant  ce “M. Bourgoin”, qui vivait quelque part  « de l’autre côté de la Sarthe, au port ».

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Franc-Tireur (1er juillet 1945)

• Dernière pièce manquante au puzzle de l’énigme de sa découverte : comment la police avait-elle pu savoir que, dans sa cavale, il avait fait étape à Château-Gontier ? C’est « la seule chose que le commissaire se refusait à dire». Après avoir échafaudé différentes hypothèses, dont celle d’une éventuelle imprudence qui aurait pu être commise par un de ses correspondants parisiens, il finit par imaginer une autre piste. En partant de Roche-Blanche, sur les conseils qu’elle lui avait donnés, il s’était dessaisi auprès de Magda Fontanges de son carnet de route. Laissé à Pouillé, il mentionnait  sa première semaine passée à Château-Gontier, au début d’octobre 1944. Mais, comment, dans ce coin perdu « au fond de la Loire inférieure », la police avait-elle pu mettre la main dessus ? Ce n’est que plus tard qu’il devait apprendre que Magda Fontanges avait, à son tour, été arrêtée.  Pour lui, c’était donc vraisemblablement à cette occasion, que la police aurait pu mettre la main sur son  carnet.

• Finalement, grâce à la presse, il dit en avoir eu indirectement la confirmation, deux ans plus tard, après son transfert au pénitencier de l’île de Ré.  Dans le courant de 1947, un article de journal faisant état des conditions de vie des « politiques » mentionnait la création d’une pièce de théâtre, intitulée M. Platon L’information était à moitié exacte, puisque, si une pièce de théâtre était bien en cours, il s’agissait d’un pièce écrite avant guerre par Robert de Beauplan.  Or M. Platon n’était qu’une petite  comédie, à peine ébauchée par lui , lors de son séjour à Meudon, au début de son escapade. Il n’en avait soufflé mot à personne mais les quelques pages écrites figuraient bien parmi les papiers conservés par Magda Fontanges. Si le journal fait mention de ce titre, certes par erreur, c’était donc la preuve que la justice était en possession du texte : « Jusqu’à plus ample informé, je demeure convaincu que telle a été l’origine de mon arrestation » conclut Robert de Beauplan. (61)

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27 juin 1944: La gendarmerie de Sablé-sur-Sarthe (à droite), premier contact avec la prison

• Arrivé à Sablé, toujours encadré par les trois policiers, Robert de Beauplan est aussitôt enfermé dans un bureau de la gendarmerie. On lui fait apporter un dîner  de l’hôtel le plus proche : « Ce fut mon dernier dîner, sinon d’homme libre, du moins d’homme normal (…) où je mangeai dans des assiettes et bus dans un verreDepuis, écrira-t-il en 1947, j’ai dû me contenter d’une gamelle et d’un quart en fer blanc ».  En observant ceux qui l’ont arrêté, il perçoit un changement d’attitude à son égard : la « considération » qu’on avait semblé lui témoigner lors de son arrestation a disparu et, désormais, il a le sentiment que c’est en « criminel » qu’on le traite. Le commissaire Roigt lui annonce, « non sans une visible satisfaction », qu’il a téléphoné la nouvelle de son arrestation à Paris. L’information sera répercutée  par la radio, dès le soir même, dans le bulletin d’information de 23 h 00, et par les journaux, le lendemain.

• La nouvelle est d’importance pour les quotidiens nationaux, compte tenu de la « notoriété » de Robert de Beauplan, mais pour la presse locale, elle constitue un événement majeur : « Des envoyés spéciaux vinrent tout exprès à Solesmes et consacrèrent de longs reportages à ma vie clandestine et à ma capture ». Ce n’est toutefois que le 2 juillet 1945 que le quotidien d’Angers, Le Maine libre, pourra l’annoncer, sous le titre : « Robert de Beauplan, speaker de Radio Paris, collaborateur notoire, menait dans la Sarthe une existence bourgeoise », avant de revenir sur les détails de sa vie à Juigné: «  L’éditorialiste de Radio Paris, Robert de Beauplan, qui vient d’être arrêté dans la Sarthe, à Juigné, était arrivé depuis un certain temps dans cette localité où, sous le nom de Bourgoin et sous l’étiquette de « professeur » il avait loué une chambre dans une pension de famille. Le pseudo Bourgoin menait sur les rives de la Sarthe une existence bourgeoise et aucun habitant ne se doutait que cet estivant était recherché par la Sûreté générale. Mais celle-ci a réussi à percer le mystère de cette champêtre retraite et Robert de Beauplan a été transféré à la prison d’Angers ». Le même article ajoutait qu’il avait été  « écroué en vertu d’un mandat f’arrêt décerné par M. Angéras, juge d’instruction au tribunal de la Seine ».

LA PRISON D’ANGERS OU

LA DÉCOUVERTE DE L’UNIVERS CARCÉRAL

 (28 JUIN – 5 JUILLET 1945)

• Durant le trajet en direction d’Angers, accompli de nuit, l’un des policiers, que Robert de Beauplan appelle « le colosse» et qu’il qualifie de « brave homme», lui aurait confié, à mi-voix, le  malaise qu’il éprouvait à accomplir sa mission : « Je vous demande, Monsieur, de ne pas trop m’en vouloir. Je suis là pour exécuter  les ordres que l’on me donne. Mais il y en a qui me dégoûtent. Mon métier, c’est d’arrêter les  malfaiteurs, pas les gens comme vous ! ». Des propos qu’il est évidemment impossible de vérifier (62).

• Une fois arrivé à Angers, le commissaire Roigt fait étape dans le premier local de police ou de gendarmerie venu, afin d’y rédiger le procès verbal de l’arrestation. Robert de Beauplan, qui est invité à le relire et à le signer, le juge « copieux ». On dresse ensuite l’inventaire des papiers saisis à Juigné avant d’y apposer les scellés. Ces formalités accomplies, le groupe se présente devant la porte de la prison vers 2 h 00 du matin. C’est l’occasion pour le journaliste, qui ignore tout de l’univers carcéral, de découvrir les « formalités fastidieuses » liées à toute incarcération,  depuis l’inscription d’écrou et la prise des empreintes digitales, jusqu’à la nomenclature détaillée de toutes ses affaires personnelles. Il est ensuite enfermé dans une cellule du rez-de-chaussée où, pour la première fois, il va passer la nuit sur une simple paillasse. Un avant-goût de ce qui va être sa nouvelle vie…

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La prison d’Angers, ou Robert de Beauplan est incarcéré durant 9 jours, avant le départ pour Paris

• Ce n’est qu’au petit matin qu’il commence à percevoir ce qu’est véritablement l’univers d’une cellule de prison : « Un jour médiocre, chichement dispensé par un unique vasistas grillagé devant d’épais barreaux (…).Quatre mètres sur trois, entre des murs blanchis à la chaux, une porte à guichet, une table, un escabeau, une tinette nauséabonde (…). Je devais apprendre bientôt, ajoute-t-il, que c’était là ce qui se faisait de mieux dans le genre  et que la prison d’Angers (…) était un spécimen de modernisme ». Entre ces quatre murs, Robert de Beauplan peut dresser un premier bilan de son arrestation, par le commissaire Roigt « à qui (il) ne devai(t) certainement pas inspirer beaucoup de sympathie (mais qui) n’en avait pas moins tenu à se conduire avec (lui) en “homme du monde” ». Autre motif de soulagement : il n’a pas été maltraité physiquement, comme avait pu l’être son confrère et rédacteur en chef au Matin,  Stéphane Lauzanne. Il affirme avoir  pu voir aux “Actualités cinématographiques”  son arrivée au commissariat de police, « la tête bandée et ensanglanté ». Une affirmation démentie par les images tournées à l’époque par ces mêmes  actualités cinématographiques (63).  D’autres récits « de nature à faire dresser les cheveux sur la tête d’indignation et d’horreur »,  faits ultérieurement par des codétenus, à la prison de Fresnes, le conforteront dans cette idée que son arrestation s’était finalement  bien passée.

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L’arrestation de Stéphane Lauzanne et son arrivée en prison

• Autre question sur laquelle médite Robert de Beauplan : qu’aurait-il fallu qu’il fît pour ne pas être arrêté ? À quel moment a-t-il commis des imprudences fatales ? Les quelques pages qu’il y consacre constituent une sorte de vade-mecum à l’usage de tout futur fugitif : « Si c’était à refaire, je suis convaincu, qu’instruit pas mon expérience, je serais encore en liberté », écrira-t-il lors de son internement au pénitencier de l’île de Ré. Outre un faux état civil, il lui semble indispensable « à la base » d’avoir des moyens d’existence matérielle, lorsqu’on se retrouve dans la clandestinité : « Gagner sa vie, quand on est en rupture de ban, est très difficile, sinon impossible, si l’on n’a pas de métier manuel, ou si l’on a dépassé un certain âge, mais pour le reste, comme je crois aujourd’hui connaître la recette ! ». D’abord le choix d’un nom. Plutôt que Bourgoin, il aurait fallu opter pour « Berg », un nom bref, susceptible d’être modifié aisément sur une carte d’identité falsifiée par des rajouts successifs : Berg peut ainsi devenir « Berge, Berger, Bergeronnet », selon les besoins du fugitif. Au passage, son vieux fond d’antisémitisme peut resurgir, lorsqu’il écrit : « Mieux encore ! Je me serais appelé Bronstein, ou Bernheim ou Brunschwig, et je me serais donné pour juif, c’était le plus sûr des talismans ».

• Ensuite, le choix du lieu de vie clandestine. Si c’est bien « à Paris qu’on se cache le mieux », encore ne faut-il pas y être connu pour y avoir exercé un métier public, ce qui était son cas : « Le plus dangereux, ce ne sont pas tant encore les gens que l’on connaît, et que l’on peut à la rigueur esquiver, mais ceux qui vous connaissent sans que vous les connaissiez (…) : habitants de votre quartier, boutiquiers, garçons de café, employés »… Finalement, c’est une grande ville de province qu’il aurait fallu choisir, entre Lyon, Marseille, Toulouse ou Bordeaux. Au pire, « la petite ville de province de quelques milliers d’habitants, ou mieux encore, la ville moyenne, comme Rennes, Orléans, Tours ou Clermont-Ferrand », peuvent être un solution pour passer inaperçu. Il y met toutefois une condition essentielle : « Adopter comme principe absolu de ne jamais demeurer plus de trois ou quatre mois, au  maximum, dans le même endroit ». Selon lui, c’est en séjournant à Solesmes pendant six mois, qu’il a commis  une erreur fatale. Troisième conseil, là encore fruit de son expérience : ne rien dire de sa destination lors de son départ ou « donner au contraire des indications fausses » pour brouiller les pistes. Ce qu’il aurait dû faire, reconnaît-il, avec le bibliothécaire d’Angers dont les précieuses  indications auront permis aux policiers de retrouver sa piste.

• Enfin, « ne jamais rien écrire» et « avoir le courage de rompre toute relation épistolaire avec ses amis et même sa famille ». Deux précautions, sur lesquelles on l’a vu, il avait également fait  l’impasse pendant sa cavale, en écrivant régulièrement à son épouse et en tenant son carnet – journal retrouvé par la police chez Magda Fontanges,  à Pouillé. Ultime et surprenant conseil que Robert de Beauplan donne : « Je me serais dénoncé moi-même (…). Je me serais arrangé pour faire informer la police par des confidences volontairement imprudentes de l’un des miens », afin d’orienter la police sur de fausses pistes et de faux lieux de séjour : « Voilà exactement ce que j’aurais pu, ce que j’aurais dû faire – et que je ferais maintenant, s’il m’était donné de recommencer à jouer la partie avec de nouvelles cartes », conclut-il. (64)

• L’observation des principes mentionnés dans ce « petit guide du fuyard», lui aurait peut être permis de rester libre à Solesmes, mais elle débouche sur un autre problème qui, là aussi mobilise ses pensées : de quoi aurait alors été constituée sa « nouvelle vie» : « Les dix mois que j’avais passés dans la nature m’avaient été assez pénibles, malgré l’oasis de Solesmes, par la solitude qu’ils m’avaient imposée, par la perte de ma personnalité, par l’éloignement des miens, de mon milieu, de Paris, confesse Robert de Beauplan. . Après trois ans, j’en serais encore au même point, dans des conditions probablement aggravées ». Il se dit conscient qu’il lui aurait fallu, un jour ou l’autre, quitter Solesmes, mais pour aller où et pour y faire quoi ? L’émigration vers la Suisse, que Charles Rivet lui avait fait miroiter, a fait long feu, même s’il avait pu y croire : « On ne m’y aurait jamais toléré sous mon nom véritable (…). On eût exigé de moi (…)un passeport, que j’étais bien incapable  de présenter ». Quant à l’Espagne, planche de salut pour plusieurs collaborateurs notoires, dont Darquier de Pellepoix, Alain Laubreaux de Je suis partout ou Abel Bonnard, ministre du maréchal Pétain,  il en écarte l’hypothèse : « Être seul, dans un pays dont on ne sait même pas la langue et sans argent (…). Quand on émigre, ce doit être dans la pensée d’une rupture définitive avec son passé pour se refaire une vie nouvelle. À mon âge, ce n’est plus possible ». Quant à la solution d’une hypothétique amnistie, elle ne s’appliquerait pas aux fuyards condamnés par contumace. D’où cette conclusion étonnante sous la plume du détenu Robert de Beauplan, au terme de deux années de vie pénitentiaire : « Plus j’y songe, plus il m’apparaît que le sort qui m’est échu contre ma volonté est préférable (…). La prison a pris pour moi  un autre visage (…). J’y ai retrouvé la compagnie réconfortante d’amis chers. Je m’y suis créé de nouvelles amitiés. Mon existence matérielle y est assurée de façon suffisamment convenable, sans me donner aucun souci (…). Je m’occupe à ce que je veux, à ce qui me plaît, dans une atmosphère d’intellectualité. Je lis, je travaille pour moi, j’écris (…). Je fais, en somme, ce qu’il m’intéresserait le plus de faire, si j’étais dehors, avec beaucoup plus de facilité (…). La liberté n’est qu’une illusion quand on n’a plus les moyens d’en jouir. Mieux vaut cent fois ma détention tranquille et souriante, en contact avec les miens qui peuvent même venir me voir, qu’une morne et douloureuse solitude et toutes les amertumes de l’exil ».(65) Il est vrai que, lorsqu’il trace ces lignes, Robert de Beauplan a été transféré au  pénitencier de l’île de Ré  où les conditions de détention n’ont plus rien à voir avec celles de la prison de Fresnes ou de la centrale de Poissy, sur lesquelles, comme on pourra le voir, il porte un regard nettement plus critique.

• Cette longue méditation brutalement interrompue, Robert de Beauplan renoue rapidement avec l’apprentissage de sa nouvelle condition de détenu  : ordre crié à travers le guichet par un « gardien rougeaud », de plier la paillasse et de balayer la cellule, ration de « pain gris» et quart de « jus » en guise de petit-déjeuner, avant la   promenade obligatoire, qu’il est contraint d’accomplir  seul « dans une minuscule courette triangulaire, clôturée par un haut mur de cinq mètres (…) et par une aile de la prison ». Le quotidien, c’est ensuite le retour dans la cellule où il est mis « à l’isolement » et sous « haute surveillance ». Autre curiosité, avec laquelle il va falloir composer : les horaires des repas : « Une demi-gamelle de soupe aux carottes », à 10 h 00 et une autre demi-gamelle, avec le même contenu, dans l’après-midi : «  Pendant tout mon séjour, je n’ai pas connu autre chose », affirme-t-il. Pour se désaltérer mais aussi pour la toilette, la distribution d’eau se limite à deux gamelles quotidiennes.

• Durant les neuf jours qu’il va passer à Angers, Robert de Beauplan tente de  meubler le temps libre par la lecture des œuvres complètes de Gustave Flaubert qu’il avait dans ses bagages et qu’on l’a autorisé à conserver. L’écriture, il ne faut toutefois guère y penser :  pour envoyer des nouvelles à sa famille, la seule autorisation qui lui a été donnée consiste remplir un formulaire en mentionnant le lieu de sa détention. Lorsque son identité est connue des gardiens, certains défilent devant sa cellule pour le « contempler comme une bête curieuse », en sifflotant parfois « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » (66), devant la porte de celui qui fut un des éditorialistes vedettes de cette radio. Quant à savoir combien de temps il pourrait rester à Angers, les rares gardiens qui consentent à lui répondre, se montrent évasifs : de quelques jours à…plusieurs mois.  Au quatrième jour de sa détention, on introduit dans sa cellule « un vieillard » qui n’est autre que l’aumônier de la prison, en poste depuis… près d’un demi-siècle. La conversation glisse rapidement vers la passion du vieil homme pour l’archéologie : « Tout heureux de trouver parmi ses clients de la prison un interlocuteur “cultivé”, il m’entretint pendant une demi-heure de toutes les vieilles pierres du département ».

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5 juillet 1945: premier interrogatoire au  palais de justice d’Angers

• Robert de Beauplan, sans aucun contact avec l’extérieur, devra encore patienter durant cinq jours pour être enfin fixé sur son sort. Le jeudi 5 juillet 1945, il est extrait de sa cellule pour être conduit, menottes aux poignets, au palais de justice d’Angers. Sitôt descendu du fourgon cellulaire, il est introduit dans le bureau de la « Sécurité du territoire». Là, pendant trois quarts d’heure,  il est soumis à un premier interrogatoire mené par « un jeune homme, assis derrière une grande table », après qu’il eut parcouru les documents remis par les gendarmes. Lorsque le juge lui demande ce qu’il pourrait faire pour lui, la réponse du journaliste tombe immédiatement : « Me faire partir le plus tôt possible pour Fresnes ».

• Ce qu’il ignore, c’est que son souhait va être rapidement exaucé. En pleine nuit, peu avant minuit, on vient le tirer brutalement de son sommeil pour le confier à trois gendarmes, dont l’un porte « une mitraillette en bandoulière ». Les formalités de la levée d’écrou étant accomplies, c’est à pied que ses nouveaux gardiens vont le conduire, à travers la ville déserte, jusqu’à la gare distante de deux kilomètres. Cette fois-ci, direction Paris. Dans un train bondé, les gendarmes arrivent à se frayer un chemin dans le couloir du wagon de 3ème classe : « Je m’assis sur ma valise, recroquevillé sur moi-même, tandis que mes acolytes restaient debout (…). Je n’avais  jamais voyagé d’une manière aussi inconfortable. Qu’ils étaient loin ces wagons-lits des grands rapides internationaux ! ». Quant à la foule des voyageurs qui s’entassent tant bien que mal, elle ne semble guère lui prêter attention, malgré les gendarmes qui l’entourent et ses menottes dont un bracelet a été fixé à la main courante longeant le couloir. Ce n’est qu’au bout de cinq heures de voyages que le train entre en Gare de  Montparnasse, au petit matin du vendredi 6 juillet 1945. Direction, la prison de Fresnes…

© Textes: Jean-Paul PERRIN

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 V- DE FRESNES À LA COUR DE JUSTICE :

L’ITINÉRAIRE D’UN CONDAMNÉ MORT

(JUILLET 1944- FEVIER 1946)

NOTES 52 à 66

(52) Soit approximativement l’équivalent de  4 000 € d’aujourd’hui (2019).

(53) Environ 19 000 € d’aujourd’hui (2019).

(54) Charles Rivet (1881-1955), journaliste politique au journal Le Temps, était aussi le directeur de la Revue contemporaine et des Annales des nationalités, deux publications qui, selon l’historien Cédric Meletta prônaient « une refonte de la diplomatie européenne, au  service du tandem franco-allemand ». Charles Rivet était l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la Russie et à l’Europe de l’est. Il avait été le correspondant du Temps à Genève, Prague et Varsovie, après avoir débuté comme reporter en Russie, à partir de 1915 pour le même journal. Ce faisant, il avait assisté à la révolution russe et un de ses livres les plus connus est Le dernier des Romanov, (le tsar, sa cour, les influences occultes, Raspoutine) publié dès 1917, alors que Charles Rivet était toujours en poste à Saint-Petersbourg. Après la révolution russe, son nom sera cité parmi les journalistes que le régime tsariste stipendiait, au temps de « l’abominable  vénalité de la presse française ». Ce que ne dit pas Robert de Beauplan, c’est que Rivet avait collaboré au Nouveaux temps, le quotidien de Jean Luchaire, tenant avec d’autres une Tribune libre.  C’est d’ailleurs à lui que l’on avait confié la rédaction de l’éditorial de l’ultime numéro, imprimé le 16 août 1944 et diffusé le lendemain : « Le ton en était morose, écrit l’historien Claude Lévy. Après avoir une fois de plus mis en garde ses lecteurs contre “la menace communiste”,  qui risquait d’exploiter les divisons entre les Français,  le vieux journaliste se livrait à des réflexions désabusées qui ne signifiaient pas grand-chose : “Une page se tourne…On pourra la relire plus tard…Il nous est laissé sous le ciel l’air que nous respirons…Il est l’un des rares biens à nous rester. Nous sommes heureux de le posséder encore et, avec Montesquieu, nous entendons ne  le voir corrompre »… Comprenne qui pourra.   Charles Rivet est décédé à Dax, le 1er octobre 1955.

(55) Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(56) Sur Louis Darquier, dit de Pellepoix (1897-1980), voir la biographie que lui a consacrée Laurent Joly : Darquier de Pellepoix et l’antisémitisme français (éditions Berg International, 2002), ainsi que la notice biographique figurant dans le Dictionnaire de la collaboration (éditions Belin, 2016). Après avoir dirigé le Commissariat général aux questions juives de 1942 à février 1944, imposé par les Allemands, Darquier en a été démis  dans une atmosphère de sandale et de corruption. Il a réussi à échapper aux recherches lors de la libération, même si effectivement plusieurs journaux ont pu évoquer son exécution, notamment en Dordogne. Caché en province, il a ensuite pu gagner l’Espagne à la fin de 1944 et il y a vécu jusqu’à sa mort. Entre temps, il a été condamné à mort par contumace en 1947 et il n’a jamais été extradé. Tombé dans l’oubli, il devait faire reparler de lui à la suite d’une interview publiée par le magazine L’Express le 4 novembre 1978 : « Je vais vous dire moi, déclarait-il au journaliste Philippe Ganier-Raymond, ce qui s’est exactement passé à Auschwitz. On a gazé, oui,, c’est vrai. Mais on a gazé des poux ». Des déclarations qui suscitèrent une vive émotion et qui poussèrent le gouvernement français à réclamer, en vain son extradition. De Darquier, mort le 29 août 1980, Laurent Joly écrit qu’il était « l’incarnation du collaborateur et de l’antisémite sans scrupule ». Patrick Modiano, quant à lui, le dépeint comme « le personnage le plus hideux du Paris de l’Occupation ».

(57)  Fille  du peintre Jean Corabœuf, Grand prix de Rome 1898, Madeleine Corabœuf, alias Magda Fontanges, est née en 1905 à Pouillé-les-Coteaux (Loire Atlantique). Après avoir connu un enfance et une adolescence difficiles,  elle a épousé à 17 ans, un sous-préfet dont elle a divorcé deux ans plus tard . Installée à Paris, elle y prend alors  le pseudonyme de Fontanges, emprunté à une favorite de Louis XIV. Dans la capitale, elle joue de son physique, ce qui lui ouvre une brève carrière d’actrice au cinéma. Elle fréquente dans les années 1930 le Tout Paris politique et diplomatique, devenant elle-même une figure en vue de ce  Tout Paris. C’est probablement à cette époque que Robert de Beauplan a fait sa connaissance. Devenue « journaliste » en 1935, elle a décroché le poste de correspondante du journal Le Matin à Rome, où elle réalise une interview du duce. Elle en devient même brièvement la maîtresse, jusqu’à ce que la presse, le Times et Confessions en tête, ne révèlent sa situation en 1937. Magda Fontanges, expulsée d’Italie, croit voir derrière tout cela la main de l’ambassadeur de France à Rome, Charles de Chambrun,  sur lequel elle fait feu, le 17 mars 1937, à la gare du Nord. Habilement défendue par Maître René Floriot, avec lequel elle entretiendra pendant dix huit ans une longue liaison, elle s’en sort avec un an de prison, assorti de sursis. En novembre de la même année, arrivée à New York par le paquebot Normandie, elle est déclarée persona non grata et refoulée. À la déclaration de guerre, elle est expulsée d’Allemagne où elle séjournait. En essayant de gagner l’Espagne, elle est arrêtée à Bayonne. C’est l’armée allemande qui la sortira de prison, à la condition qu’elle accepte de travailler pour les services de renseignements, l’Abwehr. Commence alors pour elle une période trouble où elle joue les agents doubles entre l’Allemagne nazie et les services de Vichy. Elle bénéficie alors d’une couverture en étant employée par le quotidien Paris-Soir.  Lassés de ses frasques, les services secrets allemands la lâchent et, ayant perdu son poste de journaliste à Paris Soir,  elle devient serveuse en banlieue parisienne, avant de gagner Nice pour tenter vainement d’obtenir une aide de l’Italie fasciste.  Rentrée à Paris en 1943, elle devient la maîtresse du sinistre Henri Lafont, patron de la gestapo française, installée au 93 rue Lauriston, ce qui fait d’elle une figure en vue du tout Paris de la collaboration.

À la Libération, alcoolique et droguée, elle trouve refuge à Pouillé, son village natal, où elle croise Robert de Beauplan. Elle sera  finalement arrêtée le 26 mars 1946 pour collaboration avec l’ennemi, soupçonnée d’avoir fourni des  renseignements particulièrement importants aux nazis. Elle est condamnée à 15 ans de travaux forcés et à 20 ans d’interdiction de séjour, assortis de l’indignité nationale à vie et de la confiscation de tous ses biens, pour « intelligence avec l’ennemi et trahison ». Le journal Libération la dépeint alors comme une « Mata Hari de pacotille ». Après le fort du Hâ, elle sera internée à la prison pour femmes de Mauzac de 1948 à 1951, puis à la prison de Pau. Libérée en 1952, elle est assignée à résidence à Melun, mais elle tient un bar à Paris, grâce à un prête-nom. Le subterfuge découvert, elle est à nouveau incarcérée  à la Petite Roquette jusqu’en 1955. Elle fera à nouveau parler d’elle après avoir tenté de voler un Utrillo appartenant à son avocat et amant, Maître René Floriot. Internée dans un asile psychiatrique pendant 4 ans, elle se suicidera le 1er octobre 1960, en absorbant des somnifères au Centre de protection de la femme à Genève, où elle avait été recueillie (À lire sur le site Histoire pénitentiaire et justice militaire: Magda Fontanges, Mata Hari de pacotille)

(58) Admirateur inconditionnel de Hitler qui l’avait reçu à Berchtesgaden, Alphonse de Châteaubriant (1877-1951), qui avait fui en Allemagne, lors de la libération, avait fondé et dirigé le journal La Gerbe et il avait été un des piliers du groupe Collaboration. Son roman, Monsieur des Lourdines, avait été couronné par le prix Goncourt 1911. Quant à l’actrice Corinne Luchaire (1921-1950), elle était la fille de Jean Luchaire (1901-1946), journaliste, patron du journal collaborationniste Les Nouveaux Temps et président de la Corporation nationale de la presse française.  Arrêté en Italie, condamné à mort le 21 janvier 1946, il devait être fusillé le 22 février suivant.

(59) Robert Brasillach (1909-1945), ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire Je Suis Partout, avait quitté l’hebdomadaire  en août 1943 pour rejoindre La Révolution Nationale de Drieu la Rochelle. Comme Robert de Beauplan, qu’il avait rencontré au début d’août 1944, il avait choisi de rester en France. S’étant constitué prisonnier le 14 septembre 1944, alors que sa mère avait été arrêtée, il avait été jugé et condamné à mort par la Cour de justice le 19 janvier 1945. Le général de Gaulle, président du GPRF ayant refusé sa grâce, Robert Brasillach avait été exécuté le 6 février 1945, au fort de Montrouge.

(60) Jugé par la cour de justice de Lyon, où le journal l’Action française avait établi son siège sous l’Occupation, Charles Maurras (1868-1952) a été déclaré coupable d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison. Il a été condamné en janvier 1945 à la dégradation nationale à vie et à la prison à perpétuité : « C’est la vengeance de Dreyfus ! » s’était-il écrié, à l’énoncé du verdict. Incarcéré à Clairvaux, il devait obtenir une grâce médicale du président Vincent Auriol en mars 1952, neuf mois avant sa disparition .

(61) L’explication que donne Robert de Beauplan, en renvoyant à  l’arrestation de Magda Fontanges, pose toutefois problème. En effet, elle n’a été arrêtée que le 26 mars 1946, soit exactement 9 mois après l’arrestation de Robert de Beauplan et 4 mois après sa condamnation à mort. Il n’est toutefois pas impossible que le domicile de Magda Fontanges ait été visité par la police et perquisitionné bien avant, ce qui aurait permis de mettre la main sur les papiers de Robert de Beauplan.

(62) Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(63) Les images diffusées par les Actualités cinématographiques (visibles sur le site de l’INA :  Arrestation des collaborateurs et résultats d’une fusillade allemande à Romainville ) montrent l’arrestation de femmes, accusées de « collaboration horizontale ». On y voit ensuite l’arrivée de Stéphane Lauzanne, encadré par deux policiers, puis une séquence le montre de face, en gros plan. Son visage ne porte ni  blessures, ni bandages, contrairement à ce qu’affirme Robert de Beauplan. 

(64) Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(65) Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(66)  Avec la voix de Pierre Dac, la  ritournelle « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand », sur l’air de la Cucaracha, était régulièrement diffusée lors des émissions françaises de la BBC.  Il s’agissait de stigmatiser et de ridiculiser Radio-Paris et d’en faire le symbole de la propagande et de la censure sous l’Occupation allemande.

 

POINTS DE REPÈRE…

12 février 1882 : Naissance à Meudon, « de mère non dénommée ».

1903 : Agrégé de Lettres et début d’une carrière professorale.

1910 : Premiers articles dans Le Matin.

6 novembre 1912 : Mariage avec Marsa Roustan

1914 : Premiers articles dans L’Illustration.

1917 : Attaché à l’Etat-major du futur maréchal Pétain.

1919-1921 : Rédacteur en chef au journal L’Eclair puis à La Liberté.

1923 : Succède à Gaston Sorbets comme critique dramatique à L’Illustration.

7 mars 1925 : Chevalier de la légion d’honneur (Son dossier à la chancellerie  n’est pas communicable).

9 novembre 1935 : Divorce et se remarie avec Charlotte Debouzée.

1923-1942 : Collabore au magazine L’Illustration et à son supplément La petite Illustration.

1942-1944 : Editorialiste au journal Le Matin et à Radio Paris.

18 août 1944 : Quitte la capitale  et se cache dans la Sarthe.

29 juin 1945 : Arrestation à Juigné (Sarthe) et internement à la prison de Fresnes.

27-28 novembre 1945 : Procès à Paris devant la Cour de justice de la Seine et condamnation à mort.

23 février 1946 – 3 janvier 1947 : Grâce et commutation de la peine de mort en réclusion à perpétuité. Internement à la centrale de Poissy.

3 janvier 1947 : Transfert des « prisonniers âgés » au pénitencier de l’île de Ré, à Saint-Martin-en-Ré.

1951 : Transfert au centre pénitentiaire de la Châtaigneraie, à la Celle-Saint-Cloud.

Décembre 1951 : Décision de grâce médicale et transfert à l’hôpital de Versailles.

22 décembre 1951 : Décès de Robert de Beauplan à l’hôpital de  Versailles.

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