ROBERT DE BEAUPLAN (1882-1951), AU REGARD DE SES MÉMOIRES INÉDITS : III- UN PARTISAN CONVAINCU DE LA COLLABORATION (1940-1944) À L’ILLUSTRATION, AU MATIN ET À RADIO PARIS

Jean-Paul PERRIN

perrinjp@sfr.fr

• Après l’exode qui a conduit L’Illustration de Paris à Bordeaux puis de Bordeaux à Clermont-Ferrand, se pose la question d’une éventuelle reparution de l’hebdomadaire à Paris. Une option qui dépend encore du bon vouloir des autorités allemandes, le siège de la rue Saint-Georges et l’imprimerie de Bobigny étant sous séquestre. C’est dans ce contexte qu’apparaît le personnage de Jacques Bouly de Lesdain, avec lequel Robert de Beauplan va faire équipe, d’abord à L’illustration puis dans d’autres publications, dont La France européenne

• AVEC JACQUES DE LESDAIN…

RETOUR À PARIS ET COLLABORATION

• La mission conduite par René Baschet n’aboutissant pas dans l’immédiat, il faudra attendre la mi-août pour que l’Illustration puisse réintégrer ses locaux parisiens du 13 rue Saint-Georges et reprendre le contrôle de son imprimerie de Bobigny. Entre temps, est  apparu un personnage clef, Jacques Bouly de Lesdain (31). Venu à Clermont-ferrand, il se présente comme l’intermédiaire indispensable entre les autorités allemandes et les propriétaires de l’Illustration, si ces derniers veulent voir reparaître l’hebdomadaire  à Paris. Bien plus, il leur garantit une complète indépendance vis-à-vis de l’occupant. Dans ses mémoires, Robert de Beauplan parle d’un personnage « énigmatique », d’un « collaborateur épisodique »,  qu’il ne connaissait que « de nom, par deux ou trois articles qu’il avait, en 1938 ou 1939, donnés à L’Illustration ».

JDL (Coll. Renaud B. de Lesdain) - Copie
Jacques de Lesdain (1880-1976) en 1942

• Qui est ce personnage qui débarque à Clermont-Ferrand, alors que l’Illustration vient tout juste de s’y installer ? « Un aventurier ? C’est possible, mais d’envergure. Un journaliste ? Plutôt franc-tireur du journalisme, n’ayant jamais été attaché de façon stable à aucun journal, mais ayant servi de correspondant ou d’envoyé spécial, à plusieurs, français, suisses ou anglais. Âgé alors d’une soixantaine d’années, né d’une bonne famille du nord de la France, s’étant destiné d’abord à la diplomatie (…) il avait fait un peu tous les métiers : globe – trotteur,  explorateur ayant traversé le désert de Gobi, sur lequel il a écrit un livre, on le retrouve en Amérique du sud à la tête d’un ranch, puis, pendant la guerre de 1914, en Hollande,  où sous le couvert d’une firme commerciale de navigation, il “travaille ” pour le compte de l’Intelligence Service ». L’itinéraire que reconstitue Robert de Beauplan est assez fidèle à la réalité du parcours de Jacques de Lesdain, ou du moins de ce qu’on en peut savoir. Quant aux activités assez mystérieuses du même personnage entre la déclaration de guerre et la débâcle de mai-juin 1940, il soulève un coin du  voile : « S’il faut en croire les gens informés, il aurait passé en Allemagne les dix mois de “la drôle de guerre” (…) et ce serait lui le véritable “traître de Stuttgart”, et non l’infortuné et falot Ferdonnet (…). Bien entendu, cette dernière performance était complètement ignorée en juillet 1940 et elle devait le rester jusqu’à la fin ». En réalité, bien que l’information ait été mentionnée dans plusieurs journaux après guerre, aucun document n’est venu, jusqu’à ce jour, confirmer que Jacques de Lesdain ait parlé au micro de la radio allemande.

Robert de Beauplan qui l’a pourtant  côtoyé pendant quatre ans, et pas seulement à L’Illustration, ajoute même qu’il n’aurait appris l’ensemble de ces faits que le 15 août 1944, de la bouche d’un « ami fonctionnaire à l’information, qui venait, à sa stupeur, de l’apprendre de la Sûreté Nationale ». Le même personnage « mystérieusement surgi sur la scène parisienne en 1940, devait en disparaître assez mystérieusement en 1944. le 13 août, sans prévenir personne, après avoir vendu  clandestinement ses meubles mais non sans laisser quelques petites dettes, il partait en automobile, avec sa femme, pour une destination inconnue. Il fut à Baden-Baden, à Sigmaringen, où il parlait régulièrement au micro de Radio France. On le vit pour la dernière fois au Tyrol. Il n’a jamais été arrêté (…). D’aucuns affirment qu’il se “camoufle” en Italie ou en Allemagne, d’autres qu’avec la connivence des Américains, il s’est réfugié aux Etats-Unis. Quelques-uns, même, ne m’ont-ils pas soutenu qu’il avait repris du service dans l’Intelligence Service ». Là encore, à quelques détails près, Robert de Beauplan, du fond de sa prison, fait preuve d’une bonne connaissance du devenir du personnage, ainsi qu’on pourra le constater en se reportant à sa biographie sur ce même blog (Jacques de Lesdain, Itinéraire(s) d’un collaborateur ». (32)

Louis, René et Denis BASCHET (1939)
Louis Baschet (à gauche) en compagnie de son père, René Baschet, et de son fils Denis Baschet: faut-il regagner ou non la capitale?

• Dès son arrivée à Clermont-Ferrand, Jacques de Lesdain se veut rassurant en se présentant sous les traits d’un “ Monsieur bons offices», ayant l’oreille des autorités d’occupation. Récit de Robert de Beauplan : « Il venait offrir aux Baschet de ramener immédiatement L’Illustration dans la capitale, en se faisant fort d’obtenir des occupants toutes les autorisations nécessaires : “On ne vous demandera rien en échange (…). Vous resterez tout à fait libres (…). D’ailleurs votre journal n’a jamais eu de nuance politique. Il conservera ses habitudes. Les Allemands, croyez-moi, ne sont pas ce que vous pensez. Leur plus cher désir est de nous tendre la main et de sceller avec nous la réconciliation” ». Autre aspect séduisant de la proposition, L’Illustration bénéficierait d’une « situation exceptionnelle», en devenant le seul journal publié en zone occupée à pouvoir être distribué en zone libre. C’était à L’Illustration de s’arranger avec le gouvernement de l’État Français pour obtenir les autorisations nécessaires. Enfin, outre « une augmentation considérable de prestige moral » (sic), il en résulterait « des profits matériels ». (33)

• Jacques de Lesdain, selon ce que rapporte Robert de Beauplan, sait aussi manier la menace au cas où les Baschet ne seraient pas suffisamment séduits par ses propositions : en cas de refus, l’imprimerie de Bobigny et le siège resteraient sous séquestre allemand et l’édition française du magazine illustré allemand Signal se substituerait immédiatement à L’Illustration. Conclusion de l’émissaire à l’adresse des Baschet : « Il dépend de vous seuls que le public français ne soit pas privé, surtout en zone occupée, d’un grand organe où il a l’habitude de trouver le reflet de notre âme nationale, au lieu de devenir tributaire d’un journal de propagande allemande ».

 • De tels arguments semblent porter, d’autant que les Baschet sont soucieux, selon Robert de Beauplan, de récupérer leur imprimerie et «  des stocks de papier très importants, pour une valeur de 7 ou 8 millions de francs ». Dès le lendemain, ils quittent Clermont-Ferrand en compagnie de Jacques de Lesdain et ils regagnent Paris, où ils resteront une dizaine de jours. De retour dans la capitale auvergnate, fin juillet, ils font preuve, selon le journaliste,  d’un « joyeux optimisme » : « “L’affaire est réglée”, nous dirent-ils. “Les Allemands sont des plus conciliants. Ils n’ont exigé de nous aucun engagement, aucune signature. Ils facilitent de toutes les manières notre retour” ». Dans les derniers jours de Juillet,  une caravane d’une vingtaine de voitures et de deux ou trois camions s’ébranle de Clermont à destination de Paris. Au passage de la ligne de démarcation, un camion citerne d’essence, affrété par l’occupant, les attendait, selon les propos de Robert de Beauplan. Il a toutefois été décidé de laisser, une équipe réduite dans la capitale auvergnate, sous l’autorité de Gaston Sorbets, rédacteur en chef, avec le jeune Denis Baschet, fils de Louis Baschet. Albéric Cahuet, Ludovic Naudeau, Paul-Émile Cadilhac et les dessinateurs André Galland et José Simont en font partie.

Sans titrILL
Albéric Cahuet, Ludovic Naudeau, Gaston Sorbets et Denis Baschet, installés à Clermont-Ferrand, puis à Lyon (sauf Gaston Sorbets qui regagne Paris.

• Cette petite équipe sera  chargée de publier, au moins provisoirement, une édition de l’Illustration  en zone libre, avec l’objectif de s’installer par la suite à Lyon : « Ces deux éditions, écrit Robert de Beauplan,  auraient beaucoup de points communs, car Paris alimenterait en articles et gravures Clermont ou Lyon, mais elles garderaient néanmoins une certaine autonomie ». De quoi ne pas froisser les susceptibilités du gouvernement de Vichy, en se pliant à « la différence de climat moral qui pourrait exister entre les deux France (…). Séduisant programme dont à l’usage, bien peu de choses devaient rester », constate Robert de Beauplan. (34)

s-l1600
17 août 1940: le premier n° de l’édition “parisienne” de L’illustration

• Ce dernier fait lui-même partie du groupe rentré à Paris et c’est lui qui va assumer, « en liaison étroite avec Louis Baschet », l’exécution de premier numéro de l’édition parisienne imprimé à Bobigny. Gaston Sorbets, rédacteur en chef en titre depuis 1923, est resté à Clermont-Ferrand, tandis que le secrétaire de rédaction, Félicien Faillet, n’a pas encore été démobilisé. Il est publié le  17 août 1940, et non pas le 10 août comme Robert de Beauplan le mentionne par erreur, dans ses mémoires. Sur ce que devrait être le contenu futur de cette nouvelle  Illustration, Robert de Beauplan affirme avoir conseillé à Louis Baschet de jouer la prudence. Il suffirait d’en effacer tout contenu politique pour se cantonner à la littérature, aux arts, au théâtre, au cinéma ou à la vie mondaine et sportive, « à l’exclusion de l’actualité, terrain brûlant où il était impossible d’éviter l’intrusion de la politique ».

CL-FERRAND n° 5087
Le même numéro, dans sa version clermontoise

 • Il se serait alors heurté à une opposition vive de René et surtout de Louis Baschet, lui reprochant de vouloir ôter au magazine « tout son caractère » : L’Illustration  « n’a jamais été et elle ne veut et ne peut pas être, sous peine de suicide un magazine. C’est un journal illustré d’actualité (…), un “miroir du monde” qui offre à son public une image vivante et complète  de tous les grands évènements », se serait-il entendu répondre.. Au surplus, en adoptant la formule que propose Robert de Beauplan, L’Illustration entrerait en concurrence frontale avec le mensuel Plaisir de France (devenu Images de France) édité depuis 1934 par le Renouveau Français, qui appartient aussi aux Baschet. En enregistrant ce refus, Robert de Beauplan reconnaît que la formule qu’il proposait, n’aurait probablement guère eu de chances d’obtenir l’agrément des autorités allemandes. On gardera donc le concept du « journal illustré d’actualités »

• Dans ce tout premier numéro “parisien”, sur une vingtaine de pages intérieures, 8 sont de la main de Robert de Beauplan qui a repris sa plume d’analyste politique, apparemment sans grands états d’âme, malgré le refus de sa formule “magazine ” essuyé devant les Baschet. Après une photo du maréchal Pétain « le 14 juillet à Vichy » occupant toute la  première page  et un article « À nos lecteurs », faisant le point sur les pérégrinations de l’Illustration depuis son départ de Paris, on trouve en ouverture un très long article de Robert de Beauplan, sur 3 colonnes très denses. Son titre : « La faillite de l’Europe » : « Le XXème siècle, qui n’est pas encore parvenu à la moitié de sa course,  aura déjà connu 3 Europes. La première était le legs du siècle précédent : elle a succombé dans la guerre de 1914-1918. La seconde fut l’Europe de 1919, qui s’est effritée peu à peu avant de s’écrouler définitivement dans ce tragique printemps  de 1940. La troisième est en train de se construire », écrit-il. Il expose en détails les faits qui ont conduit, selon lui, à cette faillite, parmi lesquels il pointe du doigt « l’utopie d’une Société des Nations vouée dès l’origine à l’impuissance, le laborieux échafaudage de pactes inconsistants, l’alliance franco-britannique et le mythe de son invincibilité». Il dénonce donc  en conclusion « le tissu d’erreurs idéologiques  et de méconnaissances politiques » sur lequel s’est construite cette Europe. Il n’est donc que temps de réclamer des comptes : « Des responsabilités, aussi, devront être recherchées et sanctionnées. L’heure commence à poindre pour cette reddition de comptes ».

Après cette prise de position très nette, le numéro qu’a supervisé Robert de Beauplan traite de « Philippe Pétain, Chef de l’État Français », du « Retour des prisonniers de guerre français» (Robert Chenevier). Viennent ensuite sept pages, illustrées de photos et de  dessins de José Simont qui font le point sur « Deux mois d’histoire : juin – juillet 1940 », entre les dernières opérations militaires françaises, début juin, la signature de l’armistice et la séance du 10 juillet 1940 à Vichy, prélude à l’instauration de l’État Français. L’article, qui est signé du pseudonyme  Robert Lambel, évoque dans sa conclusion la création de la Cour suprême de justice, installée à Riom,  qui « aura à juger les ministres, anciens ministres et leurs collaborateurs coupables de fautes graves dans l’exercice de leurs fonctions. C’est devant cette cour que sera évoqué le cas des “responsables” de la déclaration de guerre, de sa mauvaise conduite ». Deux cas particuliers sont mis en avant. Le premier est celui de Georges Mandel, sous le coup d’une instruction ouverte  par la justice militaire, pour « complot contre la sûreté de la France », pour avoir « tenté de former au Maroc  un gouvernement indépendant, rallié à l’Angleterre ». L’autre concerne « le conseil de guerre siégeant à Clermont (qui) a condamné à mort par contumace le général de Gaulle qui, réfugié à Londres, s’est mis en pleine révolte contre le gouvernement français et a fait cause commune avec les Anglais ». Mandel et de Gaulle, condamnés ou condamnables pour avoir rallié l’Angleterre…Dès ce premier numéro, Robert de Beauplan – Lambel affiche donc clairement ses choix qui seront aussi ceux de l’Illustration.

• Dans le numéro suivant (24 août 1940), qui s’ouvre sur une double page signée par Jacques de Lesdain (« Vers des temps nouveaux»), Robert de Beauplan revient sur une question cruciale : « Pouvait-on sauver la paix? ». Une nouvelle occasion de dénoncer « la tergiversation polonaise » du 30 août 1939 et « l’intransigeance britannique » du 2 septembre. À l’inverse, il  loue longuement les efforts déployés, selon lui, par le ministre des affaires étrangères, Georges Bonnet, afin de sauver la paix. Une semaine plus tard, il brossera dans le n° 5085 un portrait, qui est tout sauf à charge, des « “Touristes” en uniforme »à Paris. Une tonalité qui rappelle celle qu’il avait déjà développée dans le n° 5080, publié à Clermont-Ferrand les 13/20 juillet 1940.  Il y décrit  des soldats « pratiquant le canotage » et qui «  prennent plaisir à se mêler le dimanche à l’affluence des promeneurs familiaux ». Véritables visiteurs, beaucoup plus que soldats,  « ils vont faire leurs achats dans les grands magasins », poussant leurs visites des monuments jusqu’à Versailles, Fontainebleau, Rambouillet. Robert de Beauplan se dit ébloui par « la grande jeunesse de la plupart d’entre eux » ajoutant que  « sous l’uniformité de la tenue Feldgrau, nous ne distinguons pas  les classes sociales, les professions ». Finalement, pour ceux qui sont étudiants, cette occupation leur aura permis de « s’initier à la culture française » et « d’élargir  le champ de leurs connaissances et de leur expérience (…) de voir dans la réalité le visage de la France, d’approcher ses habitants, de se familiariser avec ses mœurs et son esprit » De quoi « faciliter par une meilleure compréhension les rapports futurs de deux grands peuples ».

• Dans le numéro du 7 septembre, Robert de Beauplan retourne à ses premières amours, avec un long article sur « La reprise de l’activité théâtrale».Deux semaines plus tard,  après trois pages sur la présentation de « la maison de France », résidence à Paris du « délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés », il  explique dans un autre article comment « économiser une révolution » tout en reconstruisant la France: « Il n’y a qu’un moyen, écrit-il, d’économiser une révolution : c’est de la devancer. Quand une révolution s’opère par le haut, c’est-à-dire quand les dirigeants prennent l’initiative des réformes nécessaires,  elle peut s’effectuer dans l’ordre. Si elle vient par en bas,  elle s’accompagne généralement de violences et d’excès, qui aboutissent presque toujours à une réaction, elle aussi sanglante ».  Face à ces élans vers un renouveau qui existent dans le pays mais qu’il juge trop épars,  « ce doit être la tâche du gouvernement de les réunir en un faisceau cohérent et de dresser un programme qui, par sa réalisation progressive, ralliera les adhésions dans une véritable et sincère unité nationale ». Il met toutefois en garde contre un programme qui ne serait qu’un « compromis habile pour conserver, sous une façade de reconstruction, l’édifice lézardé du passé. Plus il sera hardi, mieux il répondra à ce que souhaite la France (…) celle qui exige aujourd’hui sa régénération ». Ce faisant, Robert de Beauplan adhère pleinement à la politique que souhaite mener une partie de l’entourage du maréchal Pétain.  Enfin, c’est à partir du numéro du 28 septembre que Robert de Beauplan  prendra en charge la rubrique « Les événements et les hommes », destinée à faire le point sur l’actualité politique, diplomatique ou militaire de la semaine écoulée. Une occasion supplémentaire de mesurer le poids de Robert de Beauplan dans la réalisation de l’hebdomadaire.

• DES PRISES DE POSITION EN FAVEUR DE LA COLLABORATION CLAIREMENT AFFICHÉES

• Au fil des numéros qui suivent, ses prises de position deviennent de plus en plus marquées. A l’occasion de l’exposition sur “la franc-maçonnerie dévoilée”, organisée en octobre 1940 au Petit Palais par Jacques de Lesdain et Jean Marquès-Rivière, il se fend  dans le numéro du 12 octobre 1940 d’un long article.exposition maçonnique 1940 Il s’agit de démontrer l’utilité d’une telle exposition qui lui aurait ouvert les yeux sur l’influence de la Franc maçonnerie, qu’il n’avait jamais soupçonnée auparavant : «Comme beaucoup de Français moyens, probablement, je n’avais pas, jusqu’ici accordé d’attention particulière à la franc-maçonnerie. J’aurai tardivement attendu pour la découvrir qu’elle ait été dissoute chez nous (…). Quand j’entendais prêter à la maçonnerie une toute puissance occulte qui régentait effectivement le monde, prétendre qu’elle détenait l’accès à la plupart des emplois, du plus humble au plus élevé, qu’elle dictait sa loi aux états, qu’elle faisait et défaisait les gouvernements, qu’elle ourdissait des complots ténébreux, qu’elle décrétait souverainement la paix ou la guerre, je demeurais sceptique et je ne témoignais pas à ces propos plus de créance qu’aux feuilletonesques élucubrations du “Juif errant” d’Eugène Sue contre les jésuites » .

Exposition anti maçonnique Rouen Archives nationales
◘ Après Paris, l’exposition se poursuit  en province, comme ici à Rouen (1941)

 • S’ensuit une longue description de l’exposition, appuyée sur une quinzaine de photographies. Le journaliste évoque les « annuaires où tous ses membres figurent par ordre alphabétique, avec l’indication des loges ». C’est l’occasion pour lui  de découvrir que « parmi ces noms, beaucoup (lui) sont familiers » : « Ce sont ceux d’anciens camarades d’études, de confrères en journalisme, d’écrivains, d’hommes politiques, de hauts fonctionnaires, de directeurs de théâtres, de comédiens,  que depuis des années je rencontre quotidiennement. Jamais je n’avais songé qu’ils pussent être francs maçons. Aucun d’eux ne m’en avait fait confidence. Aucun  non plus – je dois le reconnaître – n’avait osé, à mon égard, de prosélytisme ». Face à cette « révélation », Robert de Beauplan dit enfin comprendre ce qui, jusqu’à présent, n’avait fait que  l’étonner : « La rapidité de leur ascension…La merveilleuse chance qui les avait toujours accompagnés dans leur carrière ». (35)

• Souscrivant totalement à l’argumentation développée par Jacques de Lesdain et Jean Marquès-Rivière, Robert de Beauplan donne ensuite sa vision de la société : « Ainsi se dessine mieux la physionomie de la franc-maçonnerie actuelle. En bas, la foule anonyme des petits, des figurants, des comparses, dont on ne pourrait se passer parce qu’ils ont la force du nombre et qu’ils déposent leurs bulletins de vote. On les amuse (…), on les endoctrine, on les manœuvre. A un étage un peu plus élevé, une oligarchie d’arrivistes, de profiteurs et débrouillards qui se tiennent les coudes (…). Tout au sommet, le sanhédrin des dirigeants, où Israël prédomine et dont l’internationalisme va si souvent à l’encontre des intérêts nationaux». Dénonciation de la franc-maçonnerie, des juifs et de l’internationalisme, tels sont les thèmes qui vont devenir récurrents dans les écrits du journaliste qui conclut en écrivant : «   La dissolution de la franc-maçonnerie n’a pas été une œuvre de vengeance partisane mais une mesure nécessaire de salubrité publique contre la plus néfaste ingérence de l’étranger dans notre vie nationale ». Finalement, cette analyse – présentation de l’exposition n’est guère éloignée des thèses que Jean Marquès-Rivière développera  dans son film Forces occultes, quelques mois plus tard.

Inaug. France européenne L'Oeuvre 1er juin 1941
L’inauguration de La France européenne (L’Œuvre, 1er juin 1941) (© BnF Gallica)

• Dans le numéro du 16 juin 1941, Robert de Beauplan aura à nouveau l’occasion de chanter les louanges de Jacques de Lesdain, promu « rédacteur politique» de l’Illustration, en rendant compte, cette fois-ci,  de l’inauguration de l’exposition “La France européenne”, montée par ses soins au Grand Palais. Outre le contenu de l’exposition qui vise à faire de la France la grande puissance agricole moderne qui trouvera toute sa place dans une Europe nouvelle régénérée, il loue les talents d’organisateurs de Jacques de Lesdain : « Voici le plus étonnant, écrit-il en conclusion : c’est le 5 avril que le Grand Palais a été mis à la disposition de M. de Lesdain et c’est le 31 mai que l’exposition a été inaugurée. Il a suffi de 54 jours pour faire ce travail gigantesque. On reproche souvent aux Français  de manquer d’initiative et d’esprit de réalisation. En ce sens-là aussi l’exposition de “La France européenne” est un exemple et une leçon ». Robert de Beauplan passe toutefois sous silence le fait qu’il a lui même contribué à la réalisation de cette exposition, ainsi que plusieurs journalistes de L’Illustration, comme le précisera Jacques de Lesdain dans un des chapitres de ses Mémoires inédits.

24- France européenne
Fernand de Brinon et Pierre Laval lors de l’inauguration de La France Européenne

• De même, le 25 octobre, en rendant compte de “Manfred”, une pièce de Lord Byron, « incomparable chef d’œuvre de la littérature romantique », jouée  au théâtre du Grand Palais, dans le cadre de l’exposition, il salue « l’adaptation très libre qu’en ont faite MM. Jacques de Lesdain et Georges Bravard (qui) s’est appliquée à dégager du texte tout ce qu’il peut contenir d’éléments dramatiques : elle a simplifié parfois, élucidé, clarifié ». Pour le critique dramatique, il ne fait aucun doute que « cette représentation a été entourée d’un soin remarquable (…). C’est une belle manifestation d ‘art qu’elle offre au public parisien ». Deux mois plus tard, il reviendra encore sur cette pièce, en insistant davantage sur la mise en scène et sur le jeu des acteurs: « Parmi les spectacles actuellement donnés dans les différents théâtres de Paris, “Manfred” est assurément celui qui contribue le plus à éveiller dans le public le goût d’un art grand et noble, où l’esprit et la sensibilité trouvent également un aliment ». Où le critique dramatique et le journaliste politique se rejoignent…

F.E. Façade Théâtre
Sous la verrière du Grand Palais, la salle de théâtre en cours de construction (extrait de La France européenne – n° 1)

• Pendant près de deux ans, Robert de Beauplan cohabite avec Jacques de Lesdain, promu « rédacteur politique» de L’Illustration, ajoutant progressivement d’autres thèmes à ses articles : la promotion de la politique de collaboration, la lutte contre le bolchevisme, l’antisémitisme, l’anglophobie… Sous le pseudonyme de Robert Lambel,  il traite régulièrement des événements liés à la guerre dans les rubriques La guerre sur tous les fronts ou Les événements et les hommes, sans pour autant abandonner la critique dramatique (“Les spectacles parisiens”) ou cinématographique (“Le cinéma”). Ponctuellement, il se voit confier plusieurs pages pour traiter d’événements « à chaud », ce qui lui permet de préciser sa pensée, voire de s’enflammer pour une cause.

illustration_magazine_petain_hitlerDans le numéro du 2 novembre 1940,  sous le titre « Une entrevue historique », il fait l’éloge de l’entrevue de Montoire. La photo de la poignée de main entre Hitler et le maréchal Pétain, largement reproduite, y compris en couverture de l’Illustration, a pu choquer nombre de Français qu’il importe de rassurer : « D’un côté, le vainqueur de Verdun, chargé d’ans et de gloire (…). De l’autre, l’ancien soldat de la guerre de 1914, devenu le chancelier du Reich, le Führer du peuple allemand et le chef d’état le plus puissant du monde », écrit-il pour camper les acteurs. Selon lui, l’Allemagne souhaite la paix mais « ne désire pas que ce soit une nouvelle paix de Versailles (…),  une paix qui soit  fatalement génératrice d’une nouvelle guerre (…). Voila pourquoi elle a choisi  la collaboration avec la France ». Le mot est lâché et Robert de Beauplan reprend l’argumentaire développé par le maréchal Pétain,  quelques jours plus tôt à la radio, notamment sur « les conditions de paix les plus modérées et le plus favorables à son relèvement » que la France ne manquera pas d’obtenir en optant pour cette collaboration.

2013-1_affiche-Petain_probleme-heure
“Le maréchal n’est pas sous la coupe des Allemands”...

• Quant à ceux qui verraient en Pétain un chef d’état sans pouvoir, Robert de Beauplan  se montre rassurant  : «  Le maréchal Pétain n’est pas sous la coupe des Allemands. Il réside en France libre. Il a la pleine indépendance de ses actes et de ses décisions ». Sa conclusion se veut un ultime avertissement adressé aux Français qui seraient encore sceptiques : « Quiconque, désormais, ne se rallie pas à l’action du gouvernement (…) contrarie cette action et compromet son développement. Il faut espérer que tous les Français le comprendront ». Dans le numéro suivant (9 novembre 1940), en signant Robert Lambel, il reviendra sur « Ce que fut l’entretien du maréchal Pétain et du Führer », en y incluant les entrevues de Hitler d’abord avec Pierre Laval, le 22 octobre, et avec le général Franco, le 23 octobre. Quelques pages plus loin, en signant cette fois-ci Robert de Beauplan, il entrevoit « Un rêve millénaire qui redevient actuel : le Saint-Empire romano-germanique ». La nouveauté, précise-t-il, « c’est que la France est conviée à y participer » , ce qui dans le cadre d’une « coopération continentale » impliquera «le renoncement à tout un passé et une orientation audacieuse dans un sens nouveau (…). L’expérience mérite d’être tentée », conclut-il.

téléchargement
Pierre Laval, vice-président du conseil

• Le 16 novembre 1940 encore, Robert de Beauplan ne consacre pas moins de deux pleines pages pour saluer la nomination de Pierre Laval au poste de vice-président du conseil. Après avoir dit tout le bien qu’il pense de son action diplomatique passée, il conclut ainsi : « Après le nom du maréchal Pétain, l’histoire inscrira celui de Pierre Laval. Elle dira que lui aussi, il a bien servi son pays ». Pierre Laval ayant été chassé du gouvernement, dès le 13 décembre 1940, Robert de Beauplan aura l’occasion de revenir sur « La collaboration et M. Pierre Laval » (22 mars 1941), prenant ouvertement sa défense : « Que M. Pierre Laval ait été victime d’une conjuration ourdie contre lui, au sein même du gouvernement, par certains de ses collègues et dans l’entourage immédiat du maréchal, cela n’est pas douteux », écrit-il avant de tenter de cerner le profil de ces adversaires et de mettre à jour leurs griefs. On sent toutefois poindre  le soulagement du journaliste, face à la tournure des événements : «  Le vent de folie qui avait soufflé un instant s’est heureusement apaisé. Une épuration a eu lieu au sein du gouvernement et dans son entourage (…). La collaboration peut se renouer au point où elle en était en décembre. Le long retard intervenu peut encore être réparé ». Encore faudrait-il que Pierre Laval « qui depuis trois mois  a cessé d’appartenir au gouvernement et ne joue plus aucun rôle officiel », y revienne, parce qu’il « était pour l’Allemagne, selon l’expression d’un diplomate, et que sans doute il demeure toujours “le meilleur garant”  et le symbole de la collaboration ». Ce sera chose faite le 18 avril 1942, avec sa nomination comme « Chef du gouvernement, ministre, secrétaire d’état aux  affaires étrangères, à l’intérieur et à l’information ».

• Dans l’ultime numéro de 1940 (28 décembre), c’est encore Robert de Beauplan qui est chargé de dresser le bilan de « L’année tragique », réaffirmant sa foi dans la collaboration. Alors que « au 1er janvier 1940, la France et l’Allemagne étaient encore l’une en  face à l’autre, dans la même situation qu’au début de leur conflit (…), depuis les entrevues de Montoire, il ne peut plus y avoir de doute : c’est la collaboration qui a été choisie (…).  La collaboration loyale avec l’Allemagne (qui) est pour nous le seul moyen de réparer (…) les désastreux effets de notre défaite et, seule, elle peut nous valoir une place honorable dans le nouvel ordre européen qui s’institue ». C’est donc tout naturellement qu’il salue la toute première des conférences du groupe Collaboration (1er février 1941), avec pour invité  « le professeur Grimm, un des plus éminents juristes de l’Allemagne ».

Friedrich GRIMM (1888-1959)
Friedrich Grimm (1888-1959)

• À propos de « ces causeries qui seront faites tantôt par des Français, tantôt par des Allemands sous l’égide du groupe Collaboration », on ne s’étonnera pas qu’il  y voie « une heureuse initiative ». Trois semaines plus tard, il fait l’éloge de « La reconstruction des peuples », thème de la conférence donnée dans le même cadre par Jacques de Lesdain lui-même, désormais “rédacteur politique” de l’hebdomadaire. Sous le couvert d’un résumé de la conférence, il  ne remet à aucun moment en cause ou n’émet quelque réserve que ce soit  sur  les thèses profondément racistes de Jacques de Lesdain. Pour ce dernier,«  racialement, deux problèmes se posent (à la France) : celui des noirs et celui des juifs ». Pour les premiers, « le racisme de sauvegarde est une nécessité en Afrique. Pour ce qui est des juifs, les lecteurs de l’Illustration savent déjà par les articles de M. de Lesdain, la manière dont il conçoit à leur égard la protection de la communauté française ». Qui ne dit mot consent…Quelques pages plus loin, changement de décor :  il fait un retour aux sources, avec un très long article de 8 pages  intitulé « Chez les étudiants de Paris ». Il s’agit de faire le point sur l’organisation et le fonctionnement de l’université de Paris, suite à la nomination du nouveau recteur, en la personne de Jérôme Carcopino, directeur de l’École normale supérieure.

Bundesarchiv_Bild_183-S33882,_Adolf_Hitler_retouched
Hitler en 1941 (©Bundesarchiv)

• On imagine que la partie « modérée» du  lectorat de L’Illustration ait pu  être choqué en découvrant les deux pages consacrées à l’anniversaire d’Adolf Hitler, publiées dans le numéro du 3 mai 1941, moins d’une an après le début de l’Occupation. Robert de Beauplan n’y cache pas son admiration pour le parcours du Führer : « Prodigieux destin que celui d’Adolf Hitler. Témoignage tel que l’histoire des plus grands hommes en offre peu d’exemples, de ce que peut faire une volonté obstinée, tendue vers un but unique », écrit-il en guise d’introduction. Quand il naquit en 1889 (…),  qui aurait pu soupçonner qu’il deviendrait le maître et le régénérateur de l’Allemagne ? ». Après un récit de la jeunesse de Hitler, mené dans le plus pur  style  édifiant, Robert de Beauplan laisse sa plume glisser vers le dithyrambe : « Dans sa vie personnelle, il a toujours été d’une moralité exemplaire. Ses adversaires les plus acharnés n’ont jamais pu le salir d’une de ces accusations ou de ces insinuations auxquelles le grands hommes sont trop souvent  vulnérables (…). Il y en lui de l’ascète (…). Ce soi-disant impulsif n’a jamais pris une décision sans la peser mûrement, sans se  demander où était le bien et quel était son devoir ». Démagogue, le Führer ? Pour Robert de Beauplan, l’accusation ne tient pas : « Parvenu au pouvoir, il s’agissait maintenant de réaliser son programme (…). Il a refait l’unité raciale allemande, la force allemande, le grand Reich allemand. Aucun obstacle, aucune menace ne l’a arrêté  (…). Il n’est pas une seule promesse qu’il ait faite à son peuple qui n’ait été tenue ». Il en conclut donc que « en fêtant Adolf Hitler, l’Allemagne rend un juste hommage à celui qui a le plus fait pour elle ».

téléchargement
Un “très bon film” pour Robert de Beauplan

• La sortie du film de Veit Harlan, Le juif Suss, permet à Robert de Beauplan en tant que critique cinématographique maison de reprendre l’antienne antisémite : « C’est un très beau film, écrit-il le 1er mars 1941. On ne peut évidemment pas dire, concède-t-il, qu’une idée de propagande n’a pas présidé à sa réalisation. En nous montrant, par un exemple typique emprunté à l’histoire, les calamités que l’emprise d’Israël attire sur un peuple, on a traité un sujet d’une actualité brûlante dans le dessein de mettre en garde les générations présentes contre un péril que leur ancêtres n’avaient pas su éviter et de justifier, si besoin était, les mesures que le national socialisme a édictées contre les juifs »…On ne saurait être plus clair. Conclusion de Robert de Beauplan : « La propagande ne nuit pas à l’oeuvre d’art. Le juif Suss est une production de premier ordre »…

images
La froide cruauté anglaise”, pendant la guerre des Boers

◄ Le compte-rendu du film “Le président Krüger ”, réalisé la même année par Hans Steinhoff et interprété par Emil Jannings (11 octobre 1941) lui permettra aussi de laisser libre cours à son anglophobie. Il glorifie  « les chevauchées tumultueuses, les combats héroïques » des Boers, « la prodigieuse résistance d’un petit peuple ardent et fier, luttant pendant trois ans, à un contre cinq, pour son indépendance ». En face, « le colosse britannique » avec « la froide cruauté anglaise contre les non combattants, l’implacable méthode de Kitchener, les incendies, les violences, les meurtres, le lent supplice des camps de concentration ». Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, reprenant le scénario du film, il cite « les procédés barbares employés par les Anglais », au point de susciter « la réprobation indignée de l’univers civilisé » : « L’incendie des fermes et des cultures, les déportations en masse, les femmes, les enfants parqués dans des camps de concentration où plus de 25 000 d’entre eux moururent »…Des exactions commises par les Anglais et que dénonce Robert de Beauplan mais qui sont identiques à celles que commettent au même moment l’armée allemande et les SS déferlant à l’est de l’Europe…

Paris, Propaganda gegen Juden
Le Juif et la France (1941)(© Bundesarchiv)

• Une autre occasion de mesurer le virage total opéré par celui qui avait écrit en 1939 “Le drame juif” » est de se plonger dans le compte-rendu qu’il donne de l’exposition “Le juif et la France, dans le numéro du 20 septembre 1941. Il commence par  décrire « une foule (qui) se presse sur le trottoir devant l’entrée du palais Berlitz qu’ornemente une grande composition allégorique, représentant une sorte de vampire à longue barbe, aux lippes épaisses et au nez crochu dont les doigts décharnés, semblables à des serres d’oiseau de proie, s’agrippent sur le globe terrestre ». Vient ensuite l’analyse du contenu de l’exposition : : « Il est évident, note-t-il, que la question juive a pris pour le peuple français une actualité qu’elle n’avait jamais eue. Le “Français moyen”, dans sa généralité, n’était pas jusqu‘ici antisémite. Seuls les théoriciens, comme le comte de Gobineau, fondateur de la doctrine raciste, ou des polémistes, dont Édouard Drumont, il y a plus d’un demi-siècle fut le prototype, se proclamaient tels ».

Panneau-d-exposition-Le-juif-et-la-France-organise-par-Vichy-au-Palais-Berlitz-en-1941-Bernard-Lecache-au-centre
L’emprise sur les esprits”…Un des panneaux de l’exposition consacré aux écrivains et aux éditeurs juifs

• Il regrette que « les mesures de défense raciale » prise par l’Allemagne nazie n’aient pas toujours été comprises par les Français, au point « qu’une certaine pitié se manifesta pour tous les réfugiés  qui venaient nous demander asile et trouvaient chez nous l’hospitalité la plus large, comme aussi la plus inconsidérée ». Il aura donc « fallu les événements de 1939 pour nous ouvrir les yeux » et comprendre que « nous avions fait la guerre des juifs, alliés du capitalisme international, du marxisme et de l’impérialisme anglo-saxon ».  Quant à la défaite, fruit de « notre désagrégation intérieure », la responsabilité en incombe « en majeure partie à l’œuvre des juifs ». Le redressement passe donc par une voie unique : « L’élimination (des juifs)  de notre vie nationale ».

310px-Le_statut_des_Juifs_est_promulgué_-_Le_Matin
Le statut des juifs, promulgué dès octobre 1940, approuvé par Robert de Beauplan

• Robert de Beauplan applaudit évidemment au statut des juifs, instauré à partir d’octobre 1940, en notant  que « l’opinion approuva cette politique, si contradictoire qu’elle apparût  avec les principes sur lesquels nous vivions depuis la révolution de 1789 ». Faire évoluer un peu plus encore les mentalités et convaincre ceux qui ne le seraient pas, tels sont les enjeux de cette exposition que décrit dans le détail Robert de Beauplan, presque tableau après tableau, truffant son article de statistiques destinées  à faire  prendre conscience de « la participation juive » dans les professions libérales, les activités économiques et les industries. Et d’ajouter que « pour apprécier ces chiffres, il convient de rappeler que le pourcentage des juifs proprement français, avant la grande invasion des réfugiés de ces  7 ou 8 dernières années était de 0,55% ». A ses yeux, deux dioramas  doivent interpeller le visiteur avant qu’il ne quitte l’exposition : « Celui de gauche intitulé : “D’où ils viennent” représente un ghetto oriental, avec ses maisons lépreuses et ses habitants sordides. Celui de droite, intitulé “Où ils arrivent” montre un magnifique château, propriété des Rothschild, devant lequel un juif cossu descend de sa somptueuse limousine. Toute la leçon de l’exposition “Le juif et la France” se résume en somme dans ce contraste »… À aucun moment, Robert de Beauplan ne s’interroge sur le caractère caricatural d’une telle présentation des faits. On est à des années lumière des idées qu’il avait pu développer, deux ans plus tôt,  dans “Le drame juif”.

• La collaboration du journaliste à L’Illustration, ne se limite pas à la promotion de l’anti-maçonnisme et de l’antisémitisme. Un an après la défaite de juin 1940, le magazine lui ouvre à nouveau largement ses colonnes, les 14 et 21 juin 1941, pour une évocation détaillée, jour après jour, des Tragiques journées de juin 1940”: « Nous vivons  en ces semaines un tragique et douloureux anniversaire : celui de juin 1940 qui vit l’effondrement de notre résistance, la défaite irrémédiable de nos armées et nous obligea à demander l’armistice ». Le récit de l’enchaînement des événements politiques et militaires s’étale sur pas moins de 7 pages très denses, en petits caractères et sans la moindre photo ou carte. Robert de Beauplan, en indiquant ses principales sources, ne cache toutefois pas qu’une partie provient d’un journal allemand publié à Francfort, “Das Illustriete Blatt”…

4 T• L’invasion de l’URSS par l’armée allemande, le 21 juin 1941, permet à Robert Lambel, alias de Beauplan, d’enfourcher le thème de « la croisade antibolchevique», titre d’un article daté du 15 novembre 1941. Citant largement les propos du maréchal Pétain, qui répondait à une adresse « des volontaires dans la Croisade antibolchevique», il considère que l’attaque allemande a le mérite de clarifier les choses : « D’un côté, les Bolcheviks, soutenus par l’Angleterre et les Etats-Unis. De l’autre, l’Europe solidaire, y compris le France, dont le Chef a pris nettement parti : ce contraste est assez significatif pour n’avoir pas besoin de commentaire ».

• Son ultime article dans les pages intérieures de L’Illustration, signé Robert Lambel, est daté du 4 avril 1942. Il traite de “L’Amérique latine devant la guerre mondiale”. Pendant quelques semaines encore, on retrouvera son nom ou ses initiales au bas de chroniques consacrées au théâtre (11 avril et 2 mai 1942) ou aux spectacles parisiens (25 avril 1942). Mais, désormais, c’est Jacques Sorbets (1910-1995) qui reprend la rubrique  Les événements et les hommes, la critique théâtrale étant dévolue à son père Gaston Sorbets, rédacteur en chef de L’Illustration (1874-1955), qui revient ainsi à ses premières armes. Quant à la rubrique cinéma, elle  est confiée  à Jean Laudat (1903-1968).

• Au terme d’une vingtaine d’années de collaboration avec l’Illustration, la question se pose de savoir quelle était la latitude dont disposait Robert de Beauplan au sein du magazine illustré, notamment dans la période d’août 1940 à avril 1942. Ses articles étaient-ils des articles « de commande», aux thèmes imposés par l’équipe de direction ou par Jacques de Lesdain ? Ou bien Robert de Beauplan disposait-il d’une totale liberté d’action ? Sur ce point, on ne s’étonnera pas que les avis divergent. En ce qui concerne l’influence et le pouvoir de Jacques de Lesdain, qui a facilité le retour et la reparution de L’illustration à Paris, il concède que le personnage a rapidement accru son pouvoir. Dans un premier temps, « en ménageant le retour de “L’Illustration”, il lui avait rendu un service non négligeable. Ce n’était pas le seul, car l’on continuait  à mettre largement à contribution, pour toutes sortes de démarches, le crédit dont il disposait. En compensation, il n’avait (rien) réclamé pour lui-même, sinon l’honneur de figurer désormais parmi les rédacteurs réguliers de la maison : faveur que les Baschet lui accordèrent d’autant plus aisément qu’elle n’était stipulée par aucun contrat écrit »,  rapporte Robert de Beauplan. Selon lui , les Baschet envisageaient sans doute, dans un premier temps, de lui prendre quelques articles, avant d’espacer progressivement ses contributions, « jusqu’au jour où (ils) ne lui prendr(aient) plus rien ». Or, « Lesdain ne le comprenait pas ainsi » : c’est parce que l’on refuse de publier  un de ses articles, en alléguant de l’abondance des  matières, que le conflit éclate très rapidement, révélant la véritable place que Jacques de Lesdain compte occuper, rue Saint-Georges : « Jamais il n’avait été question d’une collaboration fixe, et encore moins hebdomadaire, qui n’était pas dans l’esprit du journal. “L’Illustration” n’avait que faire des articles  de doctrine, elle devait réserver la principale place aux images et autres faux fuyants de même acabit ». Tels sont les arguments que lui oppose la direction de L’Illustration.

• Face à cette tentative de le neutraliser, Jacques de Lesdain « démasque ses batteries». C’est désormais à la Propaganda Staffel que chaque conflit sera tranché : « Les discussions furent âpres. Sous menace de se voir retirer tous les avantages qu’on leur avait accordés, les Baschet durent céder sur toute la ligne : Jacques de Lesdain porterait désormais le titre de “rédacteur politique”. On avait évité de justesse “directeur politique” ». Son nom figurerait en manchette du journal, ses articles paraîtraient dans chaque numéro, sans coupures ni corrections d’aucune sorte. Tout s’éclairait soudain : les Baschet avaient été supérieurement joués par les Allemands qui assuraient ainsi à l’un de leurs“protégés” une tribune de premier ordre dans un des plus influents et des plus authentiquement français des journaux», conclut Robert de Beauplan.

img171
L’Illustration sous l’occupation allemande: un document à charge publié lors du procès de la société de l‘Illustration...

• Cette mainmise sur le journal, pouvait-elle être contournée ? Pour Robert de Beauplan, cette hypothèse était envisageable : « Si les directeurs de “L’Illustration” avaient néanmoins voulu résister à la pression matérielle et morale qui fut alors exercée sur eux, , ils eussent pu le faire assez facilement». En sabordant le journal et en se repliant sur la zone libre, ils auraient échappé à l’emprise allemande, au prix « d’un grave préjudice et d’une perte sèche d’argent, sans compter la réquisition certaine de leur immeuble de la rue Saint-Georges et d’usine de Bobigny». Or, rappelle le journaliste, « ils préférèrent capituler ». Dès le mois de septembre 1940, l’édition de Clermont-Ferrand est supprimée et celle prévue à Lyon ne verra pas le jour. Il n’y aura donc plus qu’une seule édition, préparée et imprimée en zone occupée, mais distribuée également en zone libre, « ce que le gouvernement de Vichy, Laval régnant,  avait accepté ».

RDB Procès Lettres fraçaise 1 12 1945 Suite 2
Les Lettres françaises (1er décembre 1945): Qui décidait quoi à L’Illustration?

• C’est cette possibilité qui va à nouveau faire naître des conflits : en cas d’articles jugés trop critiques vis-à-vis du maréchal Pétain, ou de son gouvernement, les autorité de Vichy  pourraient suspendre la diffusion en zone libre ou, à tout le moins, procéder à la saisie du numéro incriminé. Les Baschet pourront donc « arguer de la susceptibilité de Vichy », chaque fois qu’un article de Jacques de Lesdain posera problème. Là encore, c’est à la Propaganda Staffel que le conflit sera tranché, avec recours à l’arbitrage de Fernand de Brinon ou de Georges Scapini, agréés dans ce rôle d’arbitre par les autorités d’occupation. Jusqu’à son départ en 1942, Robert de Beauplan dit avoir été témoin de ces conflits : « Les contestations qui s’élevèrent entre les Baschet et Lesdain avaient surtout trait à certaines critiques dirigées contre les gens de Vichy, auxquels Lesdain reprochaient leur attentisme ou leur double jeu. Mais, ajoute Robert de Beauplan, je fus étonné  plus d’une fois de les voir accepter comme une chose toute naturelle certains articles de doctrine sur l’idéologie nationale-socialiste que, quant à moi, je n’aurais pas signés ». Il va même plus loin en ajoutant que « il est vrai que Louis Baschet n’avait jamais caché ses sympathies pour “le fascisme” et son aversion pour la démocratie. En dépit de quelques “accrochages”, les directeurs de L’Illustration firent en somme assez bon ménage avec leur “rédacteur politique ”, jusqu’au jour où ils s’aperçurent que leurs lecteurs regimbaient, que commencèrent  affluer les lettres de protestation, les désabonnements et que le tirage baissa catastrophiquement. Alors ils s’émurent sérieusement. Ce n’était plus leurs principes  qui étaient en jeu, mais leur porte-monnaie » (36).

René BASCHET et Jean LUCHAIRE
René Baschet (à gauche) et Jean Luchaire (debout) président de la Corporation de la presse

• En écrivant ces lignes, Robert de Beauplan va donc à l’encontre de ce qui sera la défense des Baschet après la libération, lorsque L’illustration aura des comptes à rendre devant la justice. Pour lui, si Jacques de Lesdain a bien été imposé par les Allemands et qu’il a fallu subir le poids croissant de ses exigences, « cela n’est exact que dans une relative mesure». Pour étayer ses propos, il revient sur l’exposition La France européenne, ouverte en septembre 1941. Il affirme que c’est dans les bureaux de L’Illustration que se seraient tenues les deux premières  réunions préparatoires, « sous la présidence de René et Louis Baschet en personne ». Il affirme  même avoir cru, avec d’autres,  que « cette exposition se faisait sous le patronage de L’illustration », d’autant que « c’est à un rédacteur de l’Illustration que Lesdain avait confié la direction de la section artistique, à un autre celle de la section économique, à un troisième le service de propagande et de presse (…). Tous les travaux photographiques nécessités par l’exposition (…) furent  assurés par les services photographiques de “ L’Illustration”, exécutés dans ses ateliers, facturés à son nom, et les paiements faits chaque fois par chèque signés Jacques de Lesdain ». (37)

Revue La france européenne 1942
Une revue née en même temps que l’exposition éponyme, fondée par Jacques de Lesdain et dont Robert de Beauplan est le rédacteur en chef (1941-1943)

• Autre élément à charge avancé par Robert de Beauplan, Jacques de Lesdain n’aurait pas été aussi omniprésent que les Baschet l’ont soutenu après guerre : «  En dehors de ses propres articles, Lesdain ne s’occupait, ni de près, ni de loin de la confection du journal, où il ne venait d’ailleurs presque jamais. Il n’assistait à aucun conseil de rédaction, n’était jamais consulté et ne demandait pas à l’être, ignorait le contenu des numéros jusqu’à leur parution ». Il se fait encore plus accusateur en précisant que les articles « étaient faits sur l’initiative et sous la responsabilité théorique du rédacteur en chef Gaston Sorbets (…) mais en réalité par Louis Baschet qui donnait les ordres et les directives, commandait les articles ou contrôlait personnellement ceux qu’on apportait de l’extérieur, approuvait ou rejetait sans appel nos suggestions, introduisait les modifications ou les corrections qu’il jugeait opportune ». À l’appui de sa thèse, il cite son propre exemple : « Sur la cinquantaine de grands articles que “L’Illustration” a publiés sous ma signature ou sous mon pseudonyme Robert Lambel, du mois d’août 1940 à février 1942,  une bonne moitié m’a été demandée par Louis Baschet, ou de sa part, par le rédacteur en chef, mais il n’en est pas un seul qu’il n’ait “épluché” fort attentivement, coupant par ci, arrangeant par là, sur les épreuves, et souvent sans m’en aviser, de sorte que je ne connaissais moi-même cette “mise au point” qu’en relisant l’article, quand les premiers numéros tirés nous arrivaient de l’imprimerie ».  Telle est la ligne de défense de Robert de Beauplan, qui reconnaît cependant qu’il n’a « jamais eu l’idée de protester contre cette pratique, à laquelle vingt années de séjour dans la maison (l’) avaient habitué ».

revue aspects
Aspects...Une autre publication de Jacques de Lesdain, à laquelle collabore aussi Robert de Beauplan entre  novembre 1943 et août 1944
Louis BASCHET 1942 BNF - Copie
Louis Baschet: “L’air cafard d’un pasteur protestant (sic)

• Cette ligne de défense, il la reprendra lors de son procès, face à Louis Baschet, cité comme témoin de l’accusation, qui se posera en victime, contribuant ainsi à rendre plus accablante la responsabilité de Robert de Beauplan et de Jacques de Lesdain. On comprend dès lors que, du fond de sa prison, le journaliste s’en prenne avec acrimonie à Louis Baschet affirmant à la barre « avec l’air cafard (sic) d’un pasteur protestant compromis dans une affaire de mœurs :“Nous avions malheureusement deux rédacteurs “collaborationnistes”. Contre l’un, Jacques de Lesdain, nous ne pouvions rien, car il nous était imposé par les Allemands. Quant à l’autre – c’était moi – , écrit Robert de Beauplan,  nous avons fait tout ce qui était en cotre pouvoir pour  l’empêcher (!) d’écrire et dès qu’il nous fut loisible de le faire nous nous sommes séparés de lui” ». Face aux Baschet qui étaient alors « inculpés libres » et en écoutant le témoignage à charge que délivre l’ex-directeur de L’illustration, Robert de Beauplan ne s’étonne guère : « Le connaissant depuis une trentaine d’années, j’avais déjà eu l’occasion de m’apercevoir qu’il était hypocrite, mais jamais encore qu’il fût lâche ». Finalement, on retiendra de tout cela que si Robert de Beauplan ne nie pas l’orientation de ses écrits, il refuse d’endosser la seule responsabilité, rejetant une part importante sur la direction du journal. Responsable certes, mais pas totalement coupable…

• DE L’ILLUSTRATION AU MATIN :

LES RAISONS D’ UN DÉPART

 

• Le départ de Robert de Beauplan de L’Illustration ne manque pas de soulever des interrogations : qu’est-ce qui a bien pu pousser un journaliste proche de la retraite (il a alors 60 ans) à quitter un magazine qui l’emploie depuis près d’un quart de siècle, pour tenter l’aventure du journalisme quotidien, au journal Le Matin ? Autre question qui se pose: qui a décidé de ce départ? Pour quelles raison et dans quelles conditions ? Départ contraint ou volontaire ? Là encore les versions divergent. Louis Baschet, on l’a vu, affirme que la séparation avec le journaliste s’est faite à l’initiative de la direction de L’Illustration. Or l’intéressé conteste totalement cette affirmation et, dans ses mémoires inédits, il y revient longuement, en mettant en avant un différend d’ordre financier. Explication…Depuis toujours, s’ajoutant à un salaire fixe « dérisoire », L’Illustration payait ses collaborateurs « à la ligne ». Toutefois, compte tenu de sa prolixité, « moyennant une production intense de 40 à 50 000 lignes par an, avec un fixe qui n’excéda jamais 3 000 francs par mois », Robert de Beauplan reconnaît  qu’il pouvait s’assurer des mensualités d’au moins 10 000 francs, voire plus. De quoi bien vivre…Or du fait de la guerre et de la pénurie de papier, même si Robert de Beauplan et son alias, Robert Lambel, continuent à signer de nombreuses pages, les mensualités auraient fondu de moitié pour tomber à  « péniblement 5 000 francs », alors que la vie « avait déjà considérablement renchéri ».

• Pour trouver de nouvelles ressources en compensation, Robert de Beauplan dit avoir sollicité la direction de L’Illustration, afin d’envisager des collaborations extérieures, tout continuant à consacrer l’essentiel de son activité à L’Illustration. Il se serait alors vu opposer un refus par les Baschet « exigeant soudain de moi une exclusivité que, pendant vingt ans, ils ne m’avaient jamais demandée». On peut aussi voir dans cette condition sine qua non imposée par les Baschet un prétexte pour obliger le journaliste, dont les Baschet connaissent les prétentions financières,  à partir. Face à ce refus et à cette exigence d’exclusivité, Robert de Beauplan, demande alors à être payé en conséquence. Nouveau refus : « Ils se récrièrent et, dans ces conditions, je leur déclarai que je conserverais ma liberté. Si notre contestation avait été portée devant le Groupement corporatif de la presse, nul doute que l’arbitrage eût été en ma faveur», ajoute-t-il.

• En fait, les Baschet disposent d’un autre moyen de pression sur leur rédacteur : les statuts de la caisse de retraite mise en place par L’Illustration, prévoyaient de tout collaborateur du journal pouvait être mis à le retraite d’office, à la date de son 60ème anniversaire. Or, ce cap, Robert de Beauplan doit l’atteindre le 10 février 1942. C’est pourquoi, si l’on se fie à ses mémoires, il aurait pris les devants dès  juillet 1941, en annonçant aux Baschet, son intention de quitter L’Illustration dès ses 60 ans, tout en leur laissant plusieurs mois afin de pourvoir à son remplacement. À La date anniversaire, il rompt effectivement  les amarres avec la rue Saint-Georges, empochant au passage un capital de 120 000 francs, équivalant à l’ensemble de ses cotisations versées à la caisse de retraite du journal. Une somme rondelette , à laquelle les Baschet  ajoutent « spontanément » une indemnité de 50 000 francs. (38). Là encore, on peut s’interroger sur ce qui a pu les motiver pour verser ce supplément…Si le départ officiel a lieu en avril, on lui demande toutefois de continuer à alimenter encore pendant quelques semaines la critique théâtrale et cinématographique, ainsi que la rubrique “Les événement et les hommes”,  « le rédacteur qui devait me remplacer étant momentanément indisponible ». Seule contrainte, les articles qui paraîtront jusqu’en juin ne seront pas signés, ce que Robert de Beauplan accepte: « Ces rubriques (qui) étaient tout justement celles qui traitaient de l’actualité militaire, politique et diplomatique (…) pouvaient être les plus facilement tendancieuses. Pour des gens qui, à les en croire, quand ils essayèrent de se “dédouaner” à mes dépens, étaient si pressés de se “débarrasser” de moi, les Baschet, vraiment, s’y prenaient de curieuse façon ! », conclut-il.

• Lors de son procès, en novembre 1945, l’accusation mettra en avant une autre explication à ce départ : des besoins en argent devenus de plus en plus importants, pour un sexagénaire à la vie privée agitée, et qui n’aurait trouvé comme seul moyen de les assouvir que de multiplier les collaborations à la presse et à la radio. L’appât du gain, au risque d’une plus grande compromission, un raisonnement que Robert de Beauplan rejette totalement dans ses mémoires, mais que la presse de l’époque a souvent repris dans les comptes-rendus d’audiences.

 

• DIRECTEUR DES SERVICES POLITIQUESLe Matin

 ET ÉDITORIALISTE AU MATIN…

• Dès le mois de février 1942, Robert de Beauplan tire donc un trait définitif sur la rue Saint-Georges : « Qu’allais-je faire ? Tout en me réservant le droit d’écrire où il me plairait, chercher un autre emploi de base. Je me souvins d’avoir été, jadis dix ans au “Matin”, de 1909 à 1919. Bunau-Varilla, en dépit de ses 85 ans, en était toujours le patron. Il m’avait toujours gardé sa sympathie». À l’issue de l’entrevue avec le tout puissant patron du quotidien, il se retrouve nommé directeur des services politiques, à compter officiellement du 15 février 1942. Ses appointements, fixés initialement à 7 000 francs par mois, seront ensuite portés à 9 400 francs. Son contrat stipule qu’il reste toutefois libre  de collaborer à d’autres publications. On pourra donc retrouver sa signature dans les publications créées par Jacques de Lesdain comme La France européenne, puis Aspects. Il sera même rédacteur en chef de la première. Plus occasionnellement, il écrira dans d’autres journaux de la collaboration, comme La Gerbe, l’hebdomadaire dd’Alphonse de Châteaubriant. En outre, il aura ultérieurement la possibilité de s’exprimer à la radio, comme on le verra.

LA GERBE RObert de Beauplan

• Le Matin, fondé en 1884, était depuis 1901 la propriété de Maurice Bunau-Varilla (1856-1944). Octogénaire, ce dernier est épaulé par son fils, Guy Bunau-Varilla, qui sera condamné aux travaux forcés à perpétuité en janvier 1946.

téléchargement (1)
Maurice Buneau-Varilla

• Avec ses deux éditions du matin et soir, le quotidien tire en 1943  à 260 000 exemplaires, ce qui en fait l’un des journaux de la collaboration parmi les plus  lus. L’atmosphère qui règne au quotidien est totalement différente de celle de L’Illustration : « J’étais heureux, je l’avoue, de retrouver après un si long temps, l’atmosphère d’un quotidien  où l’on se mêle de plus près à la vie réelle », écrit Robert de Beauplan dans ses mémoires. C’est ce qui fera écrire à Robert Aron que  « Le gentilhomme polygraphe a cru son heure venue » (39).

Le matin 2 aout 1944 Mort de Bunau-varilla

Stéphane_Lauzanne
Stéphane Lauzanne

• Au Matin, il retrouve une vieille connaissance, Stéphane Lauzanne (1874-1958), « qui était seulement rédacteur en chef honoraire et (qui) n’a jamais eu la moindre part à la confection du journal » (40), si l’on en croit Robert de Beauplan.  Jacques Ménard en est le directeur politique et c’est lui qui est en contact direct avec les autorités d’occupation : « Toutes les directives données aux rédacteurs émanaient de Jacques Ménard qui était également, de notoriété publique, en contact avec la Gestapo de l’avenue Foch, ainsi qu’il l’a reconnu lui même à son procès », note Robert de Beauplan. Il ajoute qu’il aurait même  établi une liste des collaborateurs du journal, en les classant en trois catégories : les “gaullistes” (sic), “les purs” et “les mous”, un dernier  groupe dans lequel  il aurait classé Robert de Beauplan, si l’on en croit l’intéressé. À la libération, Jacques Ménard trouvera refuge à Sigmaringen où il dirigera le journal La France, jusqu’à la fin d’avril 1945 : « Sa collaboration autrement caractérisée et persistante que la mienne, lui a valu seulement cinq années de travaux forcés », note avec amertume Robert de Beauplan dans les pages d’introduction de ses Mémoires.

Le Matin 15 juin 1941
15 juin 1941: “ Vers une Europe prospère”, le tout premier éditorial de Robert de Beauplan

• Au sein du quotidien, la tâche de Robert de Beauplan est double. D’une part, il signe quatre ou cinq fois par mois un éditorial, publié à la une du Matin et, de temps à autre, il rédige des articles de fond, dont les sujets lui sont fournis et imposés par la rédaction en chef. D’autre part il assume la direction du service politique, Le Matin mettant à sa disposition une équipe de 5 ou 6 journalistes. Ils sont chargés de recueillir les informations auprès des ministères, des offices économiques et autres organismes officiels, voire auprès des hauts commissariats, y compris celui des question juives. De son côté, Robert de Beauplan doit centraliser toutes ces informations et contrôler la copie politique qui sera insérée dans le journal. À cela vient s’ajouter la rédaction de notes confidentielles transmises à la rédaction en chef et à la direction du Matin: « Avec une liberté complète d’expression, je m’efforçais de les tenir au courant de toutes les affaires, les négociations ou les intrigues en cours, telles que de mon poste d’observation, je pouvais les connaître. J’assurais aussi, mais d’une façon assez limitée, certains rapports avec les autorités d’occupation», reconnaît-il. (41)

Otto Abetz (1903-1958)
Otto Abetz (1903-1958), ambassadeur du Reich à Paris

• Lorsqu’il était à L’Illustration, entre août 1940 et février 1942, Robert de Beauplan affirmait  n’avoir jamais eu ni recherché de contacts directs avec l’Occupant. Ces tâches relevaient, selon lui, du directeur, Louis Baschet, ou du rédacteur en chef, Gaston Sorbets, voire du rédacteur politique, l’influent Jacques de Lesdain : « Je n’avais jamais eu avec les Allemands de contacts, ni privés (…), ni professionnels (…). Je n’avais mis les pieds ni à l’Hôtel Majestic, où je n’ai jamais pénétré, pas plus que dans une officine quelconque de la Gestapo, ni à la Propaganda Staffel, ni même à l’ambassade ». Il n’en est pas de même au Matin ou il va désormais naviguer entre les représentants  la Propaganda Staffel, directement sous l’autorité du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, et ceux de  l’ambassade d’Allemagne, tenue par Otto Abetz, qui dépend lui même  du ministre des affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop. Selon Robert de Beauplan, la Propaganda « ne cachait pas sa froideur pour Vichy et ses sympathies pour le mouvement PPF de Doriot », tandis que l’ambassade  «  a été du premier au dernier jour, le soutien de Laval et de sa politique ». Conséquence logique, « il en résultait fréquemment entre les deux départements, non seulement des malentendus et des contestations, mais des différends aigus qui nécessitèrent, plus d’une fois, en haut lieu, l’arbitrage du Führer ». Entre les deux règnent « des suspicions, des jalousies et de solides rancunes ». Au « raffinement d’une extrême politesse » des gens de  l’ambassade, s’opposent les comportements plus « cassants » des sonderführers en uniforme de la Propaganda.

PROP
Les bureaux de la Propagandastaffel, installés dans les locaux de l’hôtel Majestic

• Au sein de la même Propaganda, veillent les équipes de censeurs, « assez nombreux, choisis avec soins parmi les intellectuels, professeurs, journalistes, avocats, magistrats, parlant impeccablement le français et dont beaucoup avaient été élèves de nos universités », note Robert de Beauplan. C’est avec cette censure, tatillonne parfois jusqu’à l’absurde, que le nouveau chef du service politique du Matin va devoir composer pendant deux ans, même s’il précise que « c’est le rédacteur en chef qui recevait les consignes et qui avait la responsabilité de leur exécution. C’est lui qui , avec le personnel du secrétariat de la rédaction, faisait la mise en page du journal (…), ordonnait sa présentation, décidait de l’importance à accorder aux nouvelles et aux dépêches, rédigeait les manchettes, les titres et des sous-titres».

• Au fil de ses mémoires, Robert de Beauplan cherche naturellement à minimiser ses pouvoirs de chef du service politique au Matin, tout comme il l’avait fait pour L’Illustration: « C’est le rédacteur en chef qui commande les articles et reportages, qui en prescrit le sens, qui en contrôle la forme, qui y apporte au besoin le coup de pouce nécessaire». Et il précise que « si le mot “collaboration” signifie quelque chose, il est certain que ce sont les rédacteurs en chef qui, pendant toute l’occupation, on collaboré le plus étroitement avec les Allemands. Quand ils donnaient un ordre, nul ne pouvait savoir si cet ordre était personnel, ou s’il leur avait été inspiré par la Propaganda ». Selon lui, au moment de l’Épuration, la justice « a rangé les rédacteurs en chef et leurs auxiliaires, les secrétaires de rédaction, parmi les “techniciens” que leur anonymat rendait irresponsables (…). Ils n’écrivaient pas ou ce qu’ils pouvaient écrire n’était pas signé de leur nom. Cela a suffi pour les blanchir ». Au contraire, la justice d’après guerre aurait frappé beaucoup plus lourdement les rédacteurs, signant leurs articles qui leur avaient été commandés par « le rédacteur en chef, tranquillement assis dans son fauteuil ».

• En tant que chef du service politique, Robert de Beauplan est donc amené à représenter Le Matin, lors des différentes réunions qu’organise la Propaganda. Chaque semaine, un officier allemand est chargé de faire un exposé de la situation militaire et des opérations en cours. Il servira ensuite de base aux articles que les journaux devront développer, tout en s’insérant dans la grille des consignes de la censure. Choix des titres et des photos, hiérarchisation et place de l’information dans le journal, thèmes à privilégier dans les articles, tout est consigné.

• Ces conférences glisseront ensuite de la Propaganda à l’ambassade d’Allemagne. C’est là, que deux fois par semaine, « le mardi et le vendredi, à 11 heures du matin» se tient une « conférence de presse à laquelle assistaient régulièrement une trentaine de journalistes français ». Le conseiller d’ambassade  Schwendemann y donne la lecture des dépêches et des informations officielles, suivie d’un commentaire, avant que les journalistes ne puissent poser leurs questions. De l’impartialité de ces informations, Robert de Beauplan dit ne pas avoir été dupe : « Ces informations nous apportaient évidemment sur les faits de guerre une vérité toute relative, revue et corrigée pour les besoins de la cause ». De plus, il affirme s’être élevé, comme d‘autres journalistes, contre le fait que l’ambassade ne communiquait jamais « les textes dans leur teneur intégrale et authentique », leur préférant systématiquement « un résumé succinct », suivi d’une longue réfutation, lorsqu’il s’agissait par exemple d’un discours de Roosevelt : « Là encore, les Allemands faisaient preuve de leur regrettable absence de psychologie. Dans leur intérêt même, ils auraient mieux fait de s’en remettre entièrement à nous, sans chercher à nous inspirer : nous aurions su beaucoup mieux qu’eux ce qu’il convenait de dire au public ». (42)

• En revanche, Robert de Beauplan affirme que «les Allemands n’ont jamais essayé, du moins en ce qui (le) concerne (…)  une pression, ni même une sollicitation quelconque pour obtenir de (lui) tel ou tel article. Je n’ai jamais écrit que ce qu’il m’agréait d’écrire. Je n’ai jamais agi par ordre. J’ignore si j’aggrave ainsi mes responsabilités, mais je penserais me déshonorer si, pour tenter de les atténuer, j’alléguais quelque contrainte subie ou quelque obligation matérielle ou morale à laquelle il m’était impossible de me soustraire ». On en conclura donc logiquement que les idées exprimées dans ses éditoriaux jusqu’en août 1944 étaient donc bien  l’exact reflet de ses convictions.

• Autres réunions auxquelles participe le journaliste, « le thé» de l’ambassade organisé chaque mercredi, tantôt pour la presse française, tantôt pour la presse étrangère. Cinquante à quatre-vingt personnes s’y pressent  pour assister d’abord à la projection des actualités cinématographiques officielles de la quinzaine écoulée, la Deutsche Wochenschau. AdBTpXwaekTD_640x360Elles sont destinées aux soldats allemands qui pourront les voir dans les Soldatenkinos qui leur sont strictement réservés. C’est aussi, note Robert de Beauplan, un moyen de rencontrer des confrères « que nos occupations différentes et souvent absorbantes ne nous permettaient pas de voir ». Enfin, il ne cache pas que « les sandwichs, les petits fours, les cocktails, les coupes de champagne et les cigarettes qui circulaient sans arrêt » n’étaient pas étrangères à l’affluence constatée : « Nous causions, nous mangions, nous buvions et nous fumions comme à (des) lunchs de mariage ». La Propaganda, pour sa part, est à l’origine de soirées mensuelles auxquelles ont seulement accès les rédacteurs en chef et quelques « journalistes de marque », tous  triés sur le volet. Ces réunions, en présence de sept ou huit Allemands  appartenant aux services de la censure,  sont organisées sous l’égide d’un Cercle de la presse cofinancé par trois quotidiens : Le Matin, Le Petit Parisien et L’Œuvre : « Commencée vers six heures du soir, la réunion se prolongeait parfois fort tard et l’on en sortait  certes ni affamés, ni altérés », reconnaît Robert de Beauplan : on profitait de  « la “chaleur communicativequi se répandait vite autour (des) tables pour dire tout ce qu’on avait sur le cœur ».

22-copie-118
Jean Luchaire (à droite)

• Parfois, les soirées peuvent être précédées d’une conférence. Robert de Beauplan se rappelle avoir assisté à celles données par des ténors de la collaboration comme Marcel Déat, chef du Rassemblement National Populaire et directeur de l’Oeuvre,  Jean Luchaire, président de la Corporation nationale de la presse française et directeur des Nouveaux Temps, ou encore  Jacques Doriot, chef du parti Populaire Français.  Il a également pu y entendre le chantre de la propagande, Philippe Henriot, mais aussi un général russe représentant l’armée Vlassov, qui essayait de recruter dans les milieux de l’émigration russe en France.

epring
Karl Epting

• En bouclant le chapitre qu’il consacre à ces  réunions et rencontres, Robert de Beauplan affirme qu’il n’a, à l’inverse,  jamais fréquenté ni celles du groupe Collaboration, ni celles de l’Institut allemand, placé sous la responsabilité du Dr Karl Epting... Seulement par manque de temps, précise-t-il  : « Je le regrette d’autant plus, que j’aurais eu le très vif plaisir d’y approcher un certain nombre d’intellectuels et de littérateurs français que je risquerais fort de contrister si je les nommais ici (…) Je ne sais ce qu’a pu devenir la bibliothèque personnelle du Dr Epting. Elle doit être riche en livres dédicacés chaleureusement par leurs auteurs, académiciens ou autres »…

 

• LES GRANDS THÈMES DÉVELOPPÉS

 DANS LES COLONNES DU MATIN

• Quels sont les thèmes qu’aborde Robert de Beauplan dans les colonnes du Matin, pendant les trente mois durant lesquels il dirige le service politique  du journal?  Au premier abord, la thématique qui inspire ses papiers ne s’éloigne guère de celle de ses articles de L’Illustration. Elle montre cependant un  net durcissement dans sa  tonalité générale. Son tout premier éditorial, « Vers une Europe prospère »  figure en première page du Matin, daté du 15 juin 1941. (43)

RDB 1 22 aout 1+941
L’Europe, sans les Anglais (22 août 1941) (© BnF Gallica)

• L’anglophobie est un de ses thèmes récurrents, qu’elle réponde à des raisons politiques, économiques, financières ou stratégiques. En témoignent  « L’Europe sans les Anglais » (22 août 1941), « Pour débarrasser l’Europe de l’hégémonie économique  anglaise » (13 novembre 1941), « Capitalisme anglais contre socialisme allemand » (17 décembre 1941) et « L’Angleterre doit quitter la Méditerranée » «(23 décembre 1941) ou encore « L’autarcie européenne n’est possible que sans l’Angleterre » (19 janvier 1942). Robert de Beauplan entend combattre cette même « perfide Albion » qui profite de la guerre pour dépecer notre empire. Sous le titre « L’empire français doit vivre quand même » (18 février 1942), il écrit : « Ce que l’Allemagne victorieuse nous avait laissé, ce sont nos anciens alliés qui ont entrepris de nous en dépouiller. Abusant de notre faiblesse momentanée, ils nous ont arraché, lambeaux par lambeaux, nos possessions lointaines ».

RDB 2 28 juin 1941
Le Nouveau Monde doit absorber les juifs d’Europe (28 juin 1941)(© BnF Gallica)

• Les États-Unis ne trouvent pas grâce, non plus, à ses yeux, et encore moins lorsqu’ils entrent en guerre contre l’Axe : pour Robert de Beauplan, « Le nouveau monde doit absorber les juifs d’Europe» (28 juin 1941). D’ailleurs, cette Amérique n’est que « le soldat d’Israël et de la maçonnerie » (5 janvier 1942). Pourtant, le 12 mars 1943, prévoyant « Une troisième guerre mondiale », il écrit : « Il faudra une Troisième guerre mondiale, M. Wallace (vice-président des Etats-Unis) y est presque résigné (…). Cette fois, l’Amérique devra y participer contre le bolchevisme avec tous les peuples civilisés parmi lesquels il y aura aussi l’Allemagne ». La tentation est donc grande d’enfoncer un coin entre les puissances alliées : « Ne serait-il pas plus simple, puisque l’Allemagne a assumé la tâche de mettre le bolchevisme hors d’état de nuire de lui laisser les moyens de l’accomplir ?». Dans la même veine, le 24 janvier 1944, il a beau jeu de reprendre des déclarations faites jadis par  Churchill, quand il « vitupérait le bolchevisme ».

RDB 3 22 février 1943
Le geste généreux du vainqueur (22 février 1943) (© BnF Gallica)

• La collaboration indispensable avec l’Allemagne est un autre thème récurrent de ses éditoriaux. C’est la condition sine qua non pour que la France puisse s’inscrire dans la future construction européenne : « Si l’Europe succombait, la France périrait avec elle. Et si l’Europe est sauvée, nous n’en bénéficierons que dans la mesure où nous aurons efficacement collaboré à cette œuvre de salut. Tel est le dilemme (…).Ne disons donc pas que l’Allemagne nous impose une servitude, alors que c’est une chance inespérée qu’elle nous offre. Celle de réparer les conséquences désastreuses de nos fautes et de pouvoir, dans la reconstruction de la nouvelle Europe faire valoir nos droits » (France Pays d’Europe, 26 février 1944). Pour lui, « Vingt siècles de civilisation européenne (sont) en péril » (8 mars 1944). Il en conclut donc que  cette collaboration ne pourra que se traduire par   « Le geste généreux du vainqueur » (22 février 1943) : « Les prisonniers vont revenir en plus grand nombre, tandis que d’autres en nombre beaucoup plus considérable encore échangeront leur condition pénible pour un statut de travailleurs libres avec tous les avantages de salaires et de congés que cela comporte ». Alors que l’échec de la « Relève » conduit à l’instauration de Service du travail obligatoire, par la loi du 16 février 1943, il importe donc de démonter les effets « positifs » du travail en Allemagne, fût-il obligatoire, autant pour le travailleur et sa famille, que pour la France. Ce sera un geste majeur pour démontrer la volonté de collaboration de la France.

RDB 4 1 février 1943
Le Fûhrer parle à l’Europe (1er février 1943): Farouche détermination, confiance irréductible (© BnF Gallica)

•  L’Europe  nouvelle» est naturellement  un autre  thème majeur  des éditoriaux de Robert de Beauplan. En témoignent des articles comme  « Vers une Europe prospère» (15 juin 1941), « Il faut penser européen » (20 octobre 1941), « Afrique et Europe dans l’avenir » (13 juillet 1941), « Le devoir européen » (21 février 1943), ainsi que « La menace contre l’Europe » (12 février 1943). Cette Europe ne pourra émerger que par la défaite de l’URSS et l’anéantissement du communisme.  Lorsque « Le Führer parle à l’Europe » (1er février 1943), alors que l‘armée allemande est en train de capituler à Stalingrad, Robert de Beauplan reprend donc la plume pour souligner « Une farouche détermination et une confiance irréductible ». L’heure n’est donc pas au moindre doute : « C’est avec le printemps et avec l’été que le soleil monte au zénith. La grande offensive est ainsi annoncée. Ce jour-là, peut-être, on comprendra comment l’Allemagne n’est pas tombée dans le piège que les Soviets lui ont tendu et pourquoi elle a préféré  céder du terrain en réservant ses forces intactes pour la décision finale ». Robert de Beauplan veut croire au concept de « défense élastique » que ne manqueront pas de railler les Français libres sur les ondes de la BBC, l’humoriste Pierre Dac en faisant même une chanson. Le 1er septembre 1943, malgré Stalingrad et la contre offensive de l’Armée rouge, l’éditorialiste   se veut toujours aussi confiant dans l’avenir : « L’Allemagne garde tous ses atouts pour détruire le bolchevisme qui tente de submerger l’Europe, pour abattre l’impérialisme anglo-américain et sa volonté d’hégémonie ».

• ENCORE PLUS D’IMPLICATION  

DANS LA COLLABORATION…

• Jusqu’au 15 août 1944, Robert de Beauplan aligne donc des éditoriaux à la une du Matin qui marquent un engagement de plus en plus fort dans la Collaboration, quand ils ne font pas que le confirmer.

RDB 7 20 avril 1944
L’anniversaire du Führer (20 avril 1944) salué par Robert de Beauplan (© BnF Gallica)

• Les dates anniversaires sont le prétexte à des hommages sans nuances, comme il avait déjà eu l’occasion de la faire à L’Illustration. Le 20 avril 1944, sous une photo montrant le Führer tenant dans ses bras une fillette, il publie un article intitulé « Adolf Hitler a aujourd’hui 55 ans ». On se souvient que, déjà en mai 1941, il avait traité dans L’Illustration le même sujet sous l’angle du destin du Führer : « Parmi les destins « hors série » qui font l’admiration de l’histoire, écrit-il cette fois-ci, il en est peu d’aussi extraordinaires que le sien ». Il salue « le fondateur du national-socialisme dont les répercussions dans le monde en tant que  doctrine politique, sociale et humaine resteront aussi considérables (…) que celles  de la Réforme ou de la Révolution française ». Certes, concède-t-il, « contre le national socialisme hitlérien, un monde se dresse. Mais Hitler lui oppose un autre monde. Il a derrière lui la puissance de son peuple. Il a les ressources de tout un continent qu’il contrôle. Il a par-dessus tout cette foi invincible qu’il puise en lui-même ». On est alors  à seulement cinquante jours du débarquement en Normandie.

RDB5 30 avril 1943
Von Ribbentrop, “un grand diplomate” (30 avril 1943)(© BnF Gallica)

• Un an auparavant, le 30 avril 1943, il avait déjà salué « les 50 ans d’un grand diplomate», en la personne de Joachim von Ribbentrop, ministre des affaires étrangères du IIIème Reich : aux yeux de Robert de Beauplan, « il a toujours témoigné à la France des sentiments de bienveillance et son action personnelle a beaucoup contribué à la politique de rapprochement entre les deux pays, telle qu’elle a été inaugurée à Montoire». Il ne paraîtra pas étonnant que Pierre Laval soit lui aussi salué dans Le Matin du 29 juin 1943 : « M. Pierre Laval a eu soixante ans hier et c’était aussi sa fête. Ce double évènement a été célébré dans l’intimité mais toute la France qui connaît la rude tâche de l’homme d’état s’associe aux vœux qui lui furent offerts. Si un jour nous retrouvons notre place dans la communauté européenne, n’est-ce pas à ses efforts persévérants que nous le devrons ? ». Une question dont la réponse ne fait guère de doute pour lui.

Pétain paris

RDB 8 10 ma 1944
Robert de Beauplan revient sur la visite du Maréchal Pétain à Paris (10 mai 1944) (© BnF Gallica)

• Le maréchal Pétain, qu’il connaît bien pour avoir été affecté à son état major en 1917, ne peut que trouver grâce à ses yeux : « M. le Maréchal, Paris vous remercie» écrit-il le 10 mai 1944, après le bref voyage du chef de l’Etat Français dans la capitale. Trois semaines plus tard, il en tirera « Les leçons d’un voyage» (31 mai 1944).

Le MATIN 29 juin 1944 MORT HENRIOT
Philippe Henriot, “lâchement assassiné” ( 29 juin 1944 ) (© BnF Gallica)

• Autre hommage appuyé, celui qu’il rend à Philippe Henriot (1889-1944), secrétaire d’état à l’information et à la propagande, personnage au verbe redoutable,  assassiné dans les locaux du ministère,  le 27 juin 1944. A la une du Matin, daté du 29 juin 1944, après le rédacteur en chef Stéphane Lauzanne (1874-1958) qui évoque « une mort glorieuse après une lutte héroïque »,  Robert de Beauplan salue « Un grand patriote, un grand européen ». Il n’hésite  pas à voir en lui un éternel sauveur et défenseur de la France, qui aurait choisi  de faire don de sa personne à son pays: «  Philippe Henriot avait 55 ans (…). Depuis 20 ans, il mettait au service de la France sa magnifique éloquence, étincelante de flamme, vibrante de sincérité qui exaltait ses amis, qui contraignait ses adversaires eux-mêmes au respect et à l’attention. C’est la France qu’il cherchait à sauver, il y a dix ans, contre la corruption où la démocratie allait sombrer. C’est la France qu’il défendait avec la même passion, quand elle fut en guerre avec l’Allemagne (…). C’est à la France encore et toujours qu’il consacrait son dévouement, son talent et qu’il avait fait d’avance le sacrifice de sa vie depuis un armistice qui avait définitivement mis fin aux vaines et stériles querelles du passé et c’est par amour pour elle qu’il s’efforçait de collaborer à la grande reconstruction de l’Europe nouvelle, écrit Robert de Beauplan. Il a vécu et il est mort en Français mais aussi en Européen (…).Seul un lâche assassinat pouvait faire taire sa voix. Il a été accompli dans des conditions abjectes où l’on reconnaît la main de l’Intelligence service et de ceux qui sont à sa solde. Mais il est des  hommes que la mort elle-même ne tue pas, prophétise-t-il. Philippe Henriot est de ceux-là. Il survivra par son admirable exemple de courage et d’abnégation, par ses inoubliables leçons  et par la honte qui s’attachera à jamais à ses assassins ». Quelques semaines plus tôt, le journaliste avait eu l’occasion d’interviewer Philippe Henriot pour le journal Le Matin qui avait publié une photo de leur entretien.

De beauplan et Henriot 15 janvier 1944 LE MATIN
Philippe Henriot interviewé par  Robert de Beauplan (Le Matin – 15 janvier 1944)

• Entre ces articles consacrés aux « grands hommes », Robert de Beauplan se penche régulièrement sur le problème le plus urgent et le plus concret pour nombre de Français : les difficultés croissantes du ravitaillement. Il se garde toutefois de rappeler qu’elles sont provoquées en grande partie par les prélèvements de plus en plus lourds opérés par l’occupant sur l’économie française. Dans son éditorial du 6 juin 1943, à quelques semaine des moissons, il écrit : « Il faut que la soudure se fasse Il nous manque cette année pour la soudure un million et demi de quintaux de blé sur les trente-six millions que la culture devait nous livrer pour l’équilibre de la campagne en cours ». D’autres articles lui permettront de rejeter la faute sur le marché noir ou sur les maquis opérant des destructions de récoltes.

RDB 6 20 aout 1943
La peine de mort pour les saboteurs des récoltes (20 août 1943) (© BnF Gallica)

•  Il ne paraît donc pas étonnant que Robert de Beauplan fasse des résistants qualifiés de « terroristes» l’objet de ses diatribes. Le 20 août 1943, il applaudit à l’application de « la peine de mort aux saboteurs de nos récoltes». Le 4 février 1944, il s’enthousiasme  à l’idée que  « la lutte contre le terrorisme s’accentue (et que) la France commence à respirer ». Avec l’entrée au gouvernement de Joseph Darnand (1897-1945), fondateur de la Milice, promu en janvier 1944 secrétaire général au maintien de l’ordre, il se félicite de « la création des cours martiales », en même temps que des « coupes opérées parmi les hauts fonctionnaires de l’administration ou de la police convaincus d’incapacité, de veulerie, ou suspectés de déloyauté (qui) ont porté leurs fruits. La presse, conclut-il, n’a plus seulement à relater les attentats mais les arrestations. Mieux des condamnations dont aucune échappatoire juridique n’a altéré la sévérité exemplaire et des exécutions qu’aucune lenteur de procédure n’est venue retarder ». Et d’ajouter, à propos des opérations en cours  contre les maquis : « Ils seront impitoyablement pourchassés ». Deux mois plus tard, le 2 avril 1944, dans « L’école de la guerre civile », il peut écrire que « le nettoyage du plateau des Glières a fait apparaître, une fois de plus, le maquis sous son véritable jour. Ainsi éclate en tout cas l’œuvre néfaste que la gaullisme a accomplie. Non content d’avoir livré notre empire aux Anglo-américains, il s’est fait le fourrier de la bolchevisation intérieure. Telle est la « France libre » qu’il nous prépare ».

• Dans les colonnes du Matin, Robert de Beauplan n’a pas renoncé au combat contre les « ennemis de l’intérieur » qui lui avaient inspiré des articles dans l’Illustration, Francs-maçons et Juifs en tête. Ainsi, le 11 mai 1943, il stigmatise « La franc-maçonnerie contre la France » (11 mai 1943) : « Pour se régénérer, la France devra d’abord se débarrasser de la franc-maçonnerie », affirme-t-il, en s’alignant sur les positions d’un Jacques de Lesdain, d’un Bernard Faÿ ou d’un Henry Coston. Le message n’étonnera toutefois pas ceux qui avaient pu lire l’article qu’il avait publié dans L’IIlustration du 12 octobre 1940, à propos de l’exposition du duo Jacques de Lesdain – Jean Marquès-Rivière, La franc-maçonnerie dévoilée, tenue au Petit Palais (octobre-novembre 1940) .

• Sur la question juive, du temps de sa collaboration à L’Illustration, il avait déjà  opéré un revirement complet par rapport à ses positions antérieures. Ses articles dans Le Matin ne font que le renforcer.  Selon lui, démocratie et communisme «  sont saturés de juiverie (et) la clique gouvernementale qui gravite autour de Staline est pour 90% composée d’hébreux…Churchill est sous l’influence de la haute finance judéo anglo-saxonne et l’entourage de Roosevelt est presque entièrement israélite »…Avec ces propos publiés dans La France européenne en mars 1942, on est bien loin des considérations développées dans Le drame juif, avant guerre. Dans la même publication, en juin 1942, Il en appelle ainsi, « après s’être débarrassé de ces hommes funestes », à « maintenir définitivement les juifs hors de notre communauté nationale. Plus ils voudront y rentrer, plus nous devons nous montrer inflexible par un antisémitisme qui est notre unique arme de défense ».  Quant au sort final des juifs, il ne peut résider que dans une solution d’ensemble que résume Robert de Beauplan par « la concentration des juifs du monde entier sur un territoire particulier », note l’historien Simon Epstein (44). Un tel retournement par rapport a ses positions d’avant guerre lui vaudra quelques sarcasmes de Jean-Hérold-Paquis, chroniqueur à Radio Paris, qui le décrit ainsi dans ses mémoires posthumes: «  Il a été, avant la guerre un anti-nazi convaincu. C’est assez dire que Robert de Beauplan n’ignorait rien des subtilités et des souplesses de la politique. Il a entendu le vieil appel de l’évêque : « Brûle ce que tu as adoré. Adore ce que tu as brûlé. On avait donc fait confiance à Robert de Beauplan. On n’a pas eu tort ». (45)

RDB 9 7 juin 1944
Le débarquement allié en Normandie ou l’épreuve de force (7 juin 1944) (© BnF Gallica)

• Après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, la ferveur de Robert de Beauplan ne tiédit pas, du moins en apparence. Il s’emploie à minimiser l’événement et rejette l’éventualité d’une victoire des Alliés. Certes « L’épreuve de force est commencée «  (7 juin 1944), mais « L’ennemi n’a pas atteint le but qu’il se proposait» (9 juin 1944) et « Les opérations n’ont pas atteint leur plein développement » (12 juin 1944). Il importe pour l’éditorialiste de dénoncer la propagande des Alliés à propos de l’accueil chaleureux qui serait réservé à leurs troupes sur le sol français. Heureusement,  « Les Français n’ont pas perdu leur bon sens » (14 juin 1944) : « La propagande a besoin d’arguments. Elle les prend là où elle les trouve. Au besoin, elle les invente. Seuls les naïfs en seront dupes ». La tentation est donc grande, comme vont le faire la plupart des journaux collaborationnistes, de dénoncer « l’atroce calvaire des villes normandes » avec «  d’innombrables morts et des survivants qui réclament la protection allemande » (19 juin 1944).

29 juillet 1944 Dernier article RDB Le matin
Le Matin – 29 juillet 1944: un des derniers éditoriaux de Robert de Beauplan

• Dans sa dénonciation de la radio anglaise, Robert de Beauplan n’en était cependant pas à son coup d’essai. Deux ans plus tôt, à la une du Matin (9 août 1942), il en avait déjà entretenu ses lecteurs : « Si l’Angleterre n’a subi jusqu’ici que des défaites, elle peut, du moins, s’enorgueillir d’une victoire d’un autre genre qu’elle a remportée sur la France, non par les armes mais par la propagande, déplorait-il gravement. Depuis plus de deux ans, avec une persévérance et une malignité inlassables, l’équipe de trublions, de métèques juifs, de laissés pour compte du Front Populaire qui compose le brain trust du gaullisme,  distille à la radio de Londres le venin perfide de ses fausses nouvelles, de ses injures, de ses excitations à la révolte et au meurtre. Il serait vain de vouloir dissimuler que cette sinistre besogne a porté ses fruits. Elle a semé le trouble dans les esprits, elle  a désuni les Français, attisé les haines, provoqué une série d’attentats, de sabotages et d’assassinats, et compromis l’oeuvre du rapprochement franco-allemand ».

Le Matin 15 août 1944 Dernier article DE BEAUPLAN
15 août 1944: “ Paris vit des heures graves”, l’ultime éditorial de Robert de Beauplan

• Jusqu’aux dernières semaines de l’Occupation, Robert de Beauplan veut donc croire – ou feint de vouloir croire – à la victoire finale de l’Allemagne, s’enferrant un peu plus sur la voie de la collaboration. Son ultime contribution au Matin date du 15 août 1944, une semaine seulement avant le soulèvement de la capitale.  En introduction, Robert de Beauplan écrit que « Paris vit des heures graves. Il dépend de la sagesse et du bon sens de la population qu’elles ne deviennent pas dramatiques. (…). Le temps des divisions et des querelles intestines est révolu. Les Français ne peuvent plus de sauver que par leur union ». Il assure que « le gouverneur militaire de Paris, le général Von Choltitz, mettra tout en œuvre pour ravitailler la capitale et pour assurer l’ordre ». Il ajoute que ce dernier « adresse un pressant appel à la population pour qu’elle l’aide dans sa tâche difficile. Mais, prévient-il, si des troubles éclataient, il n’hésiterait pas à prendre les mesures les plus énergiques et les plus brutales ».

• Libéré de la quasi exclusivité que l’Illustration exigeait de lui, Robert de Beauplan a aussi multiplié les collaborations à divers autres journaux et revues comme La Petite Gironde, L’Union française, Notre Combat, ou encore Aspects qui fait suite à  La France européenne, dont il est rédacteur en chef.Save0408 Dans les colonnes de ces deux dernières publications, il voisine avec leur fondateur, son ex-confrère de L’Illustration, Jacques Bouly de Lesdain, ainsi qu’avec Stéphane Lauzanne, son rédacteur en chef au Matin, le « neutre » helvétique Georges Oltramare, Georges Suarez ou encore Jean Loustau. Le premier numéro de La France européenne est paru le 15 juin 1941, quelques semaines après l’inauguration au Grand Palais de l’exposition éponyme, qui avait eu lieu  le 5 avril 1941. D’abord mensuelle,  puis bimensuelle à partir du n° 9, le revue entend développer et pérenniser les grands thèmes de la première exposition, elle-même prolongée par une seconde exposition,  inaugurée le 5 avril 1942. La province ne sera pas oubliée avec « la caravane de la France européenne » et l’exposition du groupe agricole qui parcourra le pays, émaillée par des conférences de Jacques de Lesdain. Le dernier numéro de la France européenne sortira le 15 juin 1943. Faute de papier, mais aussi peut être faute d’un lectorat suffisant, la revue avait dû restreindre sa diffusion aux seuls abonnés et à un nombre limité de kiosques, à Paris et dans quelques grandes villes de province.

 

• AU MICRO DE RADIO PARIS,

TROIS FOIS PAR SEMAINE…

Poste_Parisien_116_bis_Champs_Elysées
L’immeuble du Poste Parisien, d’avant guerre, au 116 bis avenue des Champs-Elysées, devenu le le siège de Radio Paris entre 1940 et 1944

TROIS FOIS PAR SEMAINE…

• Robert de Beauplan, journaliste de presse écrite, est aussi éditorialiste à Radio Paris, à partir de mars 1942, une fonction dont il considère qu’elle a pesé le plus lourdement dans son dossier : « C’est elle, beaucoup plus encore que mes articles de journaux, qui m‘a valu ma condamnation à mort. Pas un jour, pourtant, que je n’entendisse la radio de Londres pour ressasser son slogan : “Radio Paris est allemand !” J’étais averti, je n’en ai pas moins donné à Radio Paris, c’est-à-dire au Radio Journal de Paris qui était une de ses branches, environs 250 éditoriaux. N’y avait-il pas de quoi me confondre sans rémission possible ?», écrit-il en préambule de ses mémoires. (46)

Radio paris
Un extrait des programmes de Radio Paris en 1944 (© BnF Gallica)

• Comme dans la presse écrite, le radio journal proposait plusieurs éditions quotidiennes, entre des émissions de variétés qui servaient à attirer et à fidéliser les auditeurs : « Il avait ses rédacteurs en chef, ses chefs de service, ses rédacteurs, sans parler des speakers et des dactylos, fort nombreuses qui recevaient les consignes de la direction allemande et rédigeaient la copie anonyme (…). Ils étaient une bonne quarantaine ». Au sein de la radio, Robert de Beauplan n’a pas le statut  de « rédacteur fixe » : « Ma collaboration, quoique régulière, reconnaît-il, consistait à apporter sous forme d’éditoriaux, des articles de mon cru, dont j’avais moi-même librement choisi le sujet, et que j’avais rédigés à ma guise, sans obligation, contrainte, ni même directives reçues ou sollicitées. J’étais exactement dans la situation de tous les collaborateurs extérieurs  d’un journal auquel ils fournissent, plus ou moins fréquemment des articles personnels que le journal insère (…) sans qu’ils aient la moindre responsabilité dans le reste du journal ». Chaque éditorial rédigé par Robert de Beauplan est lu à l’antenne,  soit par un speaker, soit par le journaliste lui-même. Fait surprenant, aucun enregistrement ne semble en avoir été fait, à la différence d’autres interventions, comme celles de Jean Hérold-Paquis. Lors de son procès, comme on le verra, on ne disposera pas non plus des textes de ses éditoriaux.

260px-Jean_Hérold-Paquis_1945
Jean Herold-Paquis

• Cette nouvelle fonction au Radio journal, Robert de Beauplan dit l’avoir assumée, non par appât du gain, mais pour répondre à « la demande instante du Ministère français de l’information». Il se serait agi de contrer l’influence prépondérante qu’exerçaient « de jeunes excités du Parti Populaire français» de Jacques Doriot au sein de la radio. Parmi ces journalistes militants qui y travaillaient, le plus connu est certainement Jean Hérold-Paquis (1912-1945). Robert de Beauplan rapporte que ce dernier lui aurait tenu ces propos : « On me prétend germanophile, c’est idiot ! Je me fiche des Allemands : je suis national-socialiste. Si demain le Reich hitlérien redevenait la république de Weimar, je serais instantanément anti-allemand »… Depuis le 4 janvier 1942, Jean Hérold-Paquis tenait à la radio une  chronique militaire diffusée après le journal de vingt heures, dans laquelle il acclamait aux succès de l’Axe et cherchait à minimiser, voire à ridiculiser, l’action des Alliés, La plupart de ses interventions se terminaient par une formule récurrente qui deviendra célèbre : « L’Angleterre, comme Carthage, sera détruite ! ». À l’image du  Paris collaborationniste, Jean Hérold-Paquis porte un regard particulièrement critique à l’égard du régime de Vichy, jugé tantôt « trop mou » et « trop réactionnaire » dans sa politique de collaboration, tantôt « trop pusillanime » dans ses choix, voire « trop attentiste ». Conséquence de ces prises de position,  « il ne se passait pas de semaine sans qu’un incident se produisît entre le ministère de l’information et le “Radio journal”. Le ministère se plaignait auprès de l’ambassade qui intervenait à son tour auprès de la “Propaganda” de laquelle relevait “Radio Paris”. L’ambassade soutenait Vichy mais la Propaganda tenait pour Doriot. Le conflit devenait ainsi chronique entre les deux départements », résume Robert de Beauplan.

• C’est la direction de Radio Paris qui se serait alors adressé à lui, « pour donner un apaisement à Vichy ». Le Ministère de l’information, consulté par ses soins, lui aurait donné son feu vert, voyant en lui « un contrepoids utile aux thèses extrémistes doriotistes » et un défenseur du point de vue de Vichy. C’est ainsi que Robert de Beauplan tente de justifier sa collaboration à Radio Paris. Lors de son procès qui aboutira à sa condamnation à mort, Jean Hérold-Paquis décrira Robert de Beauplan comme « le porte-parole » de l’ambassade d’Allemagne. Ce que l’intéressé ne conteste pas mais en donnant à l’expression une toute autre signification : selon lui, il faut comprendre « Le porte parole de Vichy que l’ambassade défendait contre les doriotistes et autres extrémistes, encouragés et protégés par la Propaganda ».  Le soutien de Robert de Beauplan à Vichy comportait toutefois, selon l’intéressé,  quelques nuances : « Je n’ai jamais fait l’éloge de la politique extérieure de Vichy, dont je n’aimais guère le caractère réactionnaire, le “paternalisme”  et le retour à “l’ordre moral” de Mac Mahon ».

Procès RDB Humanité 27 nov 1945 - 1
L’Humanité (27 novembre 1945) stigmatise le “traître de Beauplan (© BnF Gallica)

• Tous ses éditoriaux, au ton souvent virulent, lui sont rétribués entre 400 et 1 000 francs chacun mais Robert de Beauplan affirme que cela ne lui aurait jamais rapporté plus de 8 000 à 10 000 francs (47) par mois. Lorsqu’on lui fera remarquer que ces sommes étaient le prix de sa trahison, il objectera qu’il n’a pas été le seul à être rétribué par la radio: « Cet argent de la trahison, rétorque-t-il dans ses mémoires, je n’ai pas été le seul à le toucher. Si c’est un déshonneur, je le partage avec les centaines et les centaines d’autres Français qui, pendant les quatre années d’occupation (…) ont eux aussi, d’une façon quelconque, fait bénéficier Radio Paris de leurs talents divers ». Et de citer, pêle-mêle,  « les hommes de lettres qui y prodiguaient leurs causeries,  les artistes de nos théâtres qui, deux ou trois fois par semaine, venaient interpréter au micro des pièces entières, les chansonniers, les chanteurs, les musiciens, sans omettre les techniciens et les employés de tous ordres. Tous sont coupables, au même titre que moi, pour le même “crime”, la seule différence étant celle des “cachets” ». Il fait ainsi allusion à  « telle grande vedette de music-hall (qui), pour un tour de chant d’une demi-heure, exigeait 35 000 francs,  plus que je ne gagnais en trois mois ». Selon lui, même si ces intervenants ne participaient pas directement à la propagande de l’occupant, leur responsabilité n’était pas moindre que la sienne : « Croit-on vraiment que si Radio Paris n’avait fait que de la propagande politique, ce poste aurait eu beaucoup d’auditeurs ? Combien de gens n’ont entendu une émission de nouvelles du jour ou un éditorial que parce qu’ils avaient déjà tourné le bouton de leur appareil pour écouter un orchestre de jazz, une comédie parisienne ou un virtuose de la chanson ? ».

RDB Franc Tireur 27 novembre 1945 (2)
Robert de Beauplan (Franc-Tireur, 27 novembre 1945) © BnF Gallica

• Soutien quasi indéfectible de la politique du gouvernement de Vichy, « qui était à (ses) yeux le seul gouvernement légitime de la France », il va même jusqu’à se décerner dans ses mémoires une sorte de brevet de résistance « contre les surenchères, contre  les violences ou le “nazisme” des extrémistes ». Pour justifier ses prises de position, il établit un distinguo entre ses propres motivations de collaborateur et celle de l’équipe PPF du Radio Journal, citant en exemple un de ses éditoriaux prononcé en réaction à une intervention de Jean Hérold-Paquis : « J’expliquais que la “collaboration” n’implique aucunement une adhésion aux thèses du national-socialisme ; qu’elle consistait à pratiquer une politique française d’entente et de rapprochement avec l’Allemagne, parce que nous jugions que l’intérêt supérieur de la France le commandait, même si nous avions pour cela des répugnances à vaincre. Nous préconisions une collaboration avec l’Allemagne, une collaboration dans le cadre européen, non pas du tout parce que l’Allemagne était nationale-socialiste, mais bien qu’elle le fût, ce que nous n’étions pas nous-mêmes et ne serions jamais. La national socialisme n’était pas un “article d’exportation”». Des propos qui ne peuvent manquer d’étonner dans la bouche du journaliste qui n’a eu de cesse d’admirer l’action du Führer et les réalisations de l’Allemagne national-socialiste.

• Alors qu’il pourrait justifier ses éditoriaux par une quelconque pression de la direction de la radio ou des services allemands, Robert de Beauplan affirme qu’il était totalement libre du choix des thèmes , ce qui lui aurait permis de rejeter « les sujets épineux » qu’on essayait de lui « refiler ». Ils n’en doivent pas moins recevoir un visa de la censure dont il affirme qu’elle « était plus libérale et tolérante que celle des journaux ».  Il reconnaît  que seulement deux ou trois de ses éditoriaux ont été refusés et que, pour les autres, « quelques suppressions ou modifications de formes ont pu (lui) être demandées », mais il les qualifie « d’insignifiantes ».  Conclusion du journaliste : « J’ai eu, dans l’ensemble,  l’impression d’écrire avec une indépendance quasi-totale ». Ce qui ne manquera pas d’étonner l’accusation, lors de son procès : « Vous aviez si bien la propagande pro-allemande dans les moelles, qu’on n’avait même pas besoin de vous la dicter ».

Alphonse de Châteaubriant
Alphonse de Châteaubriant, directeur de la Gerbe

• Au fil de ses éditoriaux, outre les thèmes qu’il développe déjà dans les colonnes du Matin, il salue de départ des volontaires français pour le Front de l’est, car « ils savent que le bolchévisme est le pire ennemi de notre civilisation millénaire», les comparant même aux « preux du Moyen-âge qui défendaient la chrétienté »…Il dénonce régulièrement « l’égoïsme anglo-saxon », « les convoitises éveillées par l’empire colonial » ou encore le mise à la remorque politique et économique de la France, au cas où les Alliés l’emporteraient. Dans ses mémoires, il dit aussi avoir privilégié « l’européanisme, la nécessité de refaire l’Europe avec l’Allemagne (…) mais en défendant au maximum les intérêts français ». Une thématique « européaniste » que l‘on retrouve alors dans différents courants de la collaboration. On n’est pas loin des idées que développe Jacques de Lesdain, dans L’Illustration, dans ses propres publications et  dans ses expositions, ou l’écrivain Alphonse de Châteaubriant, dans La Gerbe,  et les membres du Groupe Collaboration.

• Dans Des illusions, désillusions, ses mémoires posthumes, Jean Hérold-Paquis revient sur le rôle qu’a joué Robert de Beauplan au sein de la radio. Au moment où il rédige ces lignes, les deux hommes sont incarcérés à Fresnes, en attente de jugement: «Le premier à me serrer la main, lors de mon arrivée, fut Robert de Beauplan(…). J’ai bien connu l’ancien directeur de la “Petite Illustration” (sic). Il a été au Radio Journal un éditorialiste affirmatif qui se produisait au micro trois fois par semaine (…). Nous étions au Radio Journal quelques jeunes gens dont la tête était chaude, le tempérament ardent et qui, n’ayant rien à nous faire pardonner d’un passé d’idées gênantes, n’ayant aucun intérêt à ménager, aucune compromission à défendre, bousculaient volontiers les données officielles du problème franco-allemand.(…) Nous étions violents et sincères (…) Robert de Beauplan a été la soupape de sûreté de la machine du Radio Journal. On ne peut que lui savoir gré d’avoir joué ce rôle délicat et difficile ».

• Les 250 éditoriaux radiophoniques de Robert de Beauplan prononcés en moins de trente mois contribuent à lui donner une « visibilité» bien plus grande sur la scène de la collaboration, que ses textes publiés dans la seule presse écrite : « La radio a un retentissement bien plus considérable que la presse, écrit-il. Mes articles de journaux n’ont jamais atteint qu’un public restreint, mais mes éditoriaux du Radio Journal m’ont valu une très large notoriété. Mon nom était connu dans le moindre village. C’est cette réputation qui m’a valu une condamnation aussi rigoureuse. Le rédacteur de “L’Illustration” s’en serait probablement tiré avec un peu d’indignité nationale. Celui du “Matin”, avec une peine mitigée de réclusion à temps, aisément réductible à quatre ans de prison et la libération conditionnelle. Mais on a condamné à mort, sans hésiter, l’éditorialiste du Radio Paris. Cela était dans la logique », conclut-il (48).

• Pourtant, lors de son procès, comme on le verra plus loin, faute d’avoir pu produire les textes originaux introuvables et faute d’enregistrements, on devra se contenter d’une évocation globale de ses interventions à la radio, ce qui lui fait écrire : « J’ai été condamné à mort quand même, sur la réputation de ces textes que l’on n’était pas en mesure de m’opposer (…). S’ils avaient été versés à mon dossier, il m’aurait été loisible de me défendre à leur sujet, de faire valoir (…) quelques-uns de (mes) arguments. Ma défense en a été ainsi paralysée ». Il concède toutefois que « si (l’accusation) les avait eus à sa disposition, elle y aurait peut-être trouvé des griefs de plus contre (lui) ». En réalité, les textes des éditoriaux avaient bien été conservés par Robert de Beauplan et, après leur découverte, cachés dans un grenier, ils  avaient été remis au juge d’instruction. Pourtant,  ils devaient être escamotés dans des conditions sur lesquelles on reviendra.

• De telles prises de position radiophoniques, relayées dans toute la France plusieurs fois par semaine, ne pouvaient que désigner Robert de Beauplan comme une des cibles futures de l’épuration. Régulièrement, la presse clandestine cite son nom parmi d’autres promis à une prompte justice. Dès septembre 1943, sous le titre « La saison des traîtres», Le Père Duchesne, journal satirique publié sous l’égide du mouvement Franc-Tireur, réclamait comme son prédécesseur du temps de la Révolution la mise à l’ordre du jour de la terreur : « Bon Dieu ! Du temps de sa jeunesse, il y a 150 ans, Le Père Duchesne en vit pour moins que ça basculer dans le panier. Un maréchal de France, un amiral, un vice-président du conseil, des ministres, des généraux, des préfets, un prélat comme Baudrillard, un savant comme Georges Claude, des académiciens comme Bonnard, des renégats comme Doriot, des frénétiques comme Déat, des alimentaires comme Luchaire, et toute la tourbe de plume et de presse, des anciens et des modernes (…) jusqu’à Céline, seigneur des égouts, en passant par les Benjamin, les Paul Chack, les de Beauplan, de Lesdain et Montherlant…Quelles charrettes, citoyens ! ».

Le_Père_Duchesne___haine_[...]_bpt6k8777886
Le Père Duchesne (septembre 1943) stigmatise “les traîtres« . Robert de Beauplan y figure en bonne place

• Dans ses mémoires, face à ces accusations de trahison, Robert de Beauplan se mue évidemment en avocat de sa propre cause: « Le jour où j’eus décidé de mettre ma plume au service d’une certaine politique qui, dans l’ensemble, me paraissait juste, je le fis avec d’autant moins de réserves que je ne me sentais pas gêné (…) par aucun dogmatisme personnel. Je me suis considéré comme un avocat qui plaide une cause. J’ai plaidé avec tout mon zèle “professionnel” le dossier de la collaboration. Ce que l’on demande à un avocat, ce n’est pas de doser avec scrupule, le pour et le contre, mais de convaincre ceux auxquels il s’adresse. Pour cela, il fait flèche de tout bois, il ramasse tous les arguments, où qu’il les trouve, et il les utilise comme il peut, sans épargner, si cela est nécessaire, les artifices (…).Il s’ingénie à dissimuler leur faiblesse, il arrange et il embellit. J’ai fait exactement de même, avoue-t-il, la fin justifiait les moyens ».

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Octobre 1941: Un projet de tract de Germaine Tillon, contre Robert de Beauplan, suite à un article paru dans L’Illustration

• Un tel mode de défense lui permet ainsi  de justifier sa persévérance dans le soutien à la politique de collaboration, y compris lorsque le sort de l’Allemagne nazie est scellé : « Que penserait-on, écrit-il, d’un avocat qui lâcherait un client parce qu’il a la quasi-certitude que, malgré sa plaidoirie, il sera condamné ? (…). J’aurais pour ma part, tenu comme un déshonneur et une lâcheté une palinodie de dernière heure, qu’on n’aurait d’ailleurs imputée qu’à la peur et au désir de me sauver moi-même ». Dernier argument, en forme de justification : « Tant qu’il y a eu un gouvernement à Vichy, je lui ai conservé ma fidélité. Mais, le jour où ce gouvernement a succombé, j’ai mis fin à mon activité J’ai refusé de partir en Allemagne  pour y poursuivre la lutte (…). Je savais à quoi je m’exposais en restant en France, alors que je pouvais encore espérer qu’un repli stratégique au-delà du Rhin m’épargnerait ces risques (…). Il y avait eu pour moi, jusqu’au bout, un gouvernement français de Vichy. Il n’y a jamais eu de gouvernement français de Sigmaringen », conclut-il.

• Le fait est que Robert de Beauplan fera le choix de rester en France en août 1944,  à la différence de Jacques de  Lesdain de L’Illustration, de Jacques Ménard du Matin ou de l’équipe de Je suis partout (Pierre-Antoine Cousteau, Lucien Rebatet, Alain Laubreaux…) et bien d’autres, dont Jean Hérold-Paquis ou Jean Luchaire. À Sigmaringen, ils continueront d’affirmer leur credo dans la victoire inévitable et indispensable du Reich, notamment par la publication du journal La France (49).

• PARTIR OU RESTER EN FRANCE,

À L’HEURE DE LA LIBÉRATION ?

• Dans les premiers jours d’août 1944, après deux mois de combats acharnés, l’armée allemande ayant de plus en de mal à contenir l’avancée des Alliés, la question du devenir de ceux qui ont soutenu la collaboration, notamment dans la presse, se pose avec de plus en plus d’acuité. Le mardi 8 août, alors qu’il regagne son domicile, Robert de Beauplan trouve une convocation provenant du Groupement corporatif de la presse, signée par Jean Luchaire, son président. Elle annonce que, le lendemain après midi doit se tenir au siège du groupement, rue Mont-Thabor,  une réunion « d’une extrême urgence » et que les destinataires du message doivent y assister, toutes affaires cessantes.

aja09q901_dr_Libération

• En y arrivant, Robert de Beauplan se retrouve aux côtés d’une vingtaine de journalistes « les plus en vue de la presse parisienne». Jean Luchaire leur annonce alors que « les Allemands envisagent de raccourcir leur front de l’ouest pour de nouvelles positions offensives, ce qui implique l’abandon au moins temporaire de Paris ».  En clair, l’armée allemande pourrait évacuer la capitale, ce qui mettrait en danger les plumes de la collaboration. C’est pour pallier cette éventualité qu’Otto Abetz, ainsi que l’explique Luchaire, a fait dresser une liste de journalistes qui pourront être accueillis avec leurs familles et mis hors de danger sur le territoire du Reich. Les aspects techniques ont même été étudiés : les femmes, les enfants et les gros bagages partiraient par le train, dès le 10 ou 11 août, tandis que les journalistes quitteraient Paris ultérieurement, par convois automobiles protégés. Direction Nancy et la frontière de l’est, voire au-delà, avec l’installation dans « une station thermale, dans les Vosges ou  la Forêt noire ».   Pour l’heure, Jean Luchaire souhaite transmettre aux autorités d’occupation la liste des partants.  Si certains ne se font pas prier pour s’inscrire immédiatement, d’autres hésitent, demandent un délai de réflexion, tandis que quelques-uns, comme Georges Suarez ou Robert de Beauplan laissent entendre qu’ils ne quitteront en aucun cas la France. Lorsque ce dernier demande à Suarez, s’il ne faudrait pas prendre quelques précautions, comme celle de se mettre au vert quelque temps, la réponse fuse : « Faites ce qui vous plaira…Moi, je ne changerai rien à ma vie. Il faut savoir prendre ses responsabilités. S’ils veulent m’arrêter, qu’ils m’arrêtent. S’ils veulent me fusiller, qu’ils me fusillent… » (50)

Sans titre• Le soir même, Robert de Beauplan se rend au traditionnel « thé de l’ambassade » où il note une affluence plus nombreuse qu’habituellement. Pour la première fois, si on l’en croit, l’ambassadeur d’Allemagne, Otto Abetz, en personne y fait une brève apparition. Même si pour beaucoup des présents, la question du départ pour l’Allemagne occupe les esprits, on y parlera d’abord de la mort subite, survenue le 1er août, à l’âge de 87 ans, du tout puissant et inamovible patron du Matin, Maurice Bunau-Varilla : « Ce prodigieux vieillard, écrit Robert de Beauplan plein d’admiration, aura été jusqu’au bout servi par sa chance. Il a disparu juste à temps, à l’instant exact où la vie qui lui avait toujours souri, allait commencer à lui devenir bien difficile ». Il ne fait en effet guère de doute que Maurice Bunau-Varilla, comme ce devait être le cas pour son fils Guy Bunau-Varilla (51) aurait eu des comptes à rendre à la justice, malgré son âge avancé. De cet homme, qu’il a côtoyé pendant un quart de siècle, Robert de Beauplan brosse un portrait très critique : « Il avait des éclairs de génie et de déconcertantes folies. Je sais peu d’hommes qui aient poussé à un tel point la mégalomanie, le despotisme (…), l’orgueil et l’égoïsme (…). Pourtant, il n’était pas antipathique. Il suscitait même des dévouements qu’il payait, à l’occasion, d’une cynique ingratitude». Ce patron de presse capable de se séparer brutalement d’un journaliste, Robert de Beauplan le met sur le  même plan que « ces satrapes qui faisaient couper le cou aux messagers d’infortunes ». Enfin, selon lui, « son pro-hitlérisme avait fini par tourner à la dérision ». Une sorte d’aveuglement qui lui faisait répéter, y compris dans les derniers jours, que « les prétendues défaites allemandes n’étaient qu’une feinte stratégique ». Hormis ce sujet de conversation, lors de cet ultime « thé de l’ambassade » on évitera soigneusement de parler du départ prochain de la capitale : « Jamais la littérature, le théâtre ou les anecdotes parisiennes n’avaient à ce point défrayé les conversations ».

• Jusqu’au 11 août 1944, Robert de Beauplan ne change donc rien à ses habitudes et il remet, son ultime article au Matin qui paraîtra dans l’édition du 15 août. L’étau se resserre toutefois, avec l’approche inexorable des Alliés et l’annonce d’une probable grève générale, dont les journalistes sont avisés confidentiellement par la préfecture de police. On leur suggère même de quitter leur domicile pour écarter tout risque d’attentat. Robert de Beauplan qui, jusqu’à présent a continué à se déplacer dans la capitale à bicyclette, sait qu’il est  une cible potentielle, lors de ses allées et venues régulières entre son domicile et ses bureaux du  Matin ou de Radio-Paris. Le risque est encore plus grands lors de ses retours nocturnes : lettres anonymes, coups de téléphone nocturnes, sans interlocuteur au bout du fil se  succèdent. Finalement, le 11 août, il accepte de quitter son domicile pour se faire héberger par des amis. Le lendemain, il passe une partie de sa journée du dimanche au Matin, à rédiger un article de commande sur la politique étrangère de Roosevelt.

téléchargement
Robert Brasillach, fusillé le 6 février 1945

• C’est dans les locaux du journal, qu’il reçoit, en fin de journée,  la visite de l’écrivain et journaliste Robert Brasillach. Celui-ci lui annonce qu’il compte profiter de « ses loisirs forcés » futurs pour rédiger une biographie de Jean Giraudoux, dont Robert de Beauplan  fut le condisciple à l’École normale supérieure. Jean Giraudoux et Robert de Beauplan ont aussi gravité autour des mêmes revues littéraires avant la Grande guerre. La conversation durera deux heures, le temps d’évoquer « le Café Vachette, les amis de Jean Giraudoux, Moréas, de Charles-Louis Philippe et de Guillaume Apollinaire, en oubliant totalement les évènements du présent ».

• Trois jours plus tard, Robert de Beauplan se rend à la Propaganda où le docteur Eich fait un exposé devant un parterre de journalistes sur la situation militaire. Il se borne « à un commentaire aussi neutre que possible des communiqués officiels ». En quittant cette réunion, accompagné d’un fonctionnaire du ministère de l’intérieur, le journaliste semble encore croire à un «arrangement favorable pour tous les partis, par la constitution d’un gouvernement nouveau, de large réconciliation nationale où figureraient à la fois Pétain, de Gaulle, Edouard Herriot, Camille Chautemps et quelques autres. Les Allemands évacueraient Paris sans combat, ils accepteraient peut-être de négocier, au besoin en se débarrassant de Hitler, comme ils avaient déjà tenté  de le faire, quelques semaines plus tôt ».

• À l’appui de cette thèse qui semble, a posteriori totalement  invraisemblable, il cite des informations que lui a distillées son interlocuteur : un  départ de Pierre Laval pour Nancy suivi d’un retour à Paris en compagnie d’Édouard Herriot, ainsi que « des conversations engagées à l’hôtel de ville, sous l’égide des Allemands, avec des émissaires de Vichy et des représentants officieux des Américains ». Confiant dans ce scénario, Robert de Beauplan en conclut donc que le moment le plus délicat, pour lui comme pour les journalistes de la collaboration, se situera entre le départ des Allemands et le moment où les Américains auront la maîtrise de la situation. Dans ce laps de temps, avec de possibles « désordres (…) surtout à Paris », il serait donc  plus prudent pour lui de se cacher « pendant trois ou quatre semaines », muni de faux  papiers que son interlocuteur se propose de lui procurer : « Telles étaient encore nos illusions », écrira-t-il trois ans plus tard en revenant sur cet épisode.

• Dès le lendemain, 16 août, Le Matin se voit contraint de suspendre sa publication, les ouvriers de l’imprimerie ayant répondu au mot d’ordre de grève. Les journalistes sont alors informés qu’en raison de cette « suspension provisoire», ils pourront percevoir une indemnité équivalant à trois mois de salaire. Après être passé par la caisse du journal, Robert de Beauplan append par un appel téléphonique du groupement corporatif de la presse, que l’évacuation des journalistes aura finalement lieu dans la nuit du 16 au 17 août : « Si je voulais y participer, je devais me retrouver, avec mes bagages à main, à minuit précis, rue du Mont-Thabor ». Comme il l’avait annoncé une dizaine de jours plus tôt avec Georges Suarez, il confirme qu’il ne partira pas et que « l’on pouvait disposer de sa place ». Pour lui, il est temps de se faire oublier, d’abord  en refusant de suivre l’exode de ses confrères vers le Reich, et ensuite en entrant en clandestinité. Une clandestinité qui va durer dix mois.

© Textes: Jean-Paul PERRIN

► Lire la suite de l’article

IV- UN JOURNALISTE EN CAVALE, ENTRE PARIS

ET LA SARTHE (18 AOÛT 1944 – 27  JUIN 1945)

 

NOTES 31 à 51

 

(31) Voir la biographie complète de Jacques Bouly de Lesdain (1880-1975) et son étonnant parcours: Jacques de Lesdain, Itinéraires d’un collaborateur ( notamment la 5ème partie, De Paris à Sigmaringen).

(32) Au moment où Robert de Beauplan écrit ces lignes (1947),  Jacques de Lesdain, après avoir quitté Sigmaringen avec son épouse, à la fin d’avril 1945, a pu trouver refuge en Italie où il mène alors une vie clandestine. Quelques mois plus tard, il s’installera à Rome et, à partir de 1950, année de sa condamnation à mort par contumace,  il sera recruté par… l’ambassade de France, pour réaliser des notes de synthèse et des traductions. Une situation qui durera jusqu’en 1958 (à lire sur ce site). Comme on le voit, Robert de Beauplan, du fond de ses prisons, a une assez bonne connaissance du devenir de Jacques de Lesdain.

(33)  Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(34) Voir : Jean-Paul Perrin : L’Illustration : la période 1940-1944 (sur le site lillustration.com).Après les 3 numéros imprimés par l’imprimerie Delmas à Bordeaux où l’hebdomadaire s’était replié (n° 5077, 5078 et 5079) entre le 22 juin et le 6 juillet 1940, il sera ensuite tiré 4 numéros sur les presses de l’imprimerie Montlouis à Clermont-Ferrand (du n° 5080 au n° 5083), constituant l’unique édition de l’hebdomadaire. À partir du n° 5084, daté du 17 août 1940,  deux éditions coexisteront, l’une en format réduit à Clermont-Ferrand, toujours imprimée par l’imprimerie Montlouis, et l’autre au format d’avant la débâcle, sous couverture à bandeau de couleur, à Paris. Le tirage est réalisé sur les presses de l’imprimerie de Bobigny.  À compter du n° 5089, les autorités allemandes exigeront qu’il ne subsiste plus qu’une seule et unique édition pour les deux zones. La tentative de faire paraître une édition lyonnaise sera un échec, l’unique numéro imprimé ayant été aussitôt interdit et détruit.

(35) Sur la lutte contre la franc-maçonnerie, on pourra se reporter à l’étude de Dominique Rossignol : Vichy et les francs-maçons. La liquidation des sociétés secrètes 1940-1944 (éditions Jean-Claude Lattès, 1981).

(36) Dans L’Illustration (1843-1944), vie et mort d’un journal (éditions Privat, 1987), Jean-Noël Marchandiau fait allusion à ces lettres de protestation de plus en plus nombreuses que reçoivent les Baschet, quand il ne s’agit pas purement et simplement de lettres de désabonnement. La prose de Jacques de Lesdain, mais aussi celle de Robert de Beauplan, ont de plus en plus de mal à être acceptées : « Je n’ai pas l’intention de renouveler mon abonnement à L’Illustration. Votre journal a trop changé. La prose de vos nouveaux collaborateurs me répugne. Je ne puis lire sans un profond écœurement les articles de ceux qui signent De Beauplan et surtout De Lesdain. Lorsque ces messieurs auront disparu de votre rédaction,  sans doute aurai-je plaisir à compter de nouveau parmi vos lecteurs », écrit un correspondant strasbourgeois, le 19 janvier 1941. Tout est dit. Jean Noël Marchandiau évoque aussi une chute considérable des ventes du magazine qui s’ensuit, particulièrement en zone libre, où les critiques récurrentes contre le gouvernement de Vichy, voire contre le maréchal Pétain,  sont très mal perçues : « La baisse s’amorce brutalement en zone libre de 1940 à 1941, se précipite entre 1941 et 1942, quand L’Illustration perd 37 000 clients alors qu’elle en gagne 4 000 au nord ». Ni les courriers tentant d’expliquer la situation de l’Illustration adressés à ces lecteurs mécontents, ni les brefs avertissement insérés en tête de certains  articles de Jacques de Lesdain ne suffiront à retenir ces lecteurs qui disent ne plus reconnaître « leur » Illustration. Pas plus que la justification par le poids de la censure allemande.

(37) Dans ses mémoires inédits, Jacques de Lesdain, revient sur l’organisation de cette exposition : «  Je confiai l’agriculture à Marcel Braibant qui connaissait à fond la matière et fit peindre une série de dioramas se rapportant aux possibilités de la France agricole et démontrant que nous pouvions augmenter d’un tiers au moins nos productions de 1937 et 1938, sans compter la remise  en état des cultures et des élevages négligés. Robert Chenevier et Robert de Beauplan, tous deux de « L’Illustration », m’apportèrent un appui précieux. Chenevier, un des esprits les plus lucides qui se puissent rencontrer, se chargea de diriger une  partie de l’exposition industrielle et de Beauplan prit en main le journal « La France Européenne » , qui devait voir le jour à l’occasion de l’exposition et continuer à paraître pendant deux ans encore ». Charles Autran, autre collaborateur de l’Illustration, a été également mis à contribution, ainsi que, semble-t-il, Jacques Sorbets, fils de Gaston Sorbets, le rédacteur en chef.

(38) En utilisant le convertisseur francs – euros de l’INSEE, et avec toutes les précautions d’usage, quant au pouvoir d’achat réel, les 170 000 francs empochés en 1942 par Robert de Beauplan en quittant L’Illustration correspondraient à près de 48 000 € d’aujourd’hui. Une somme qui finalement n’a rien d’exceptionnelle, eu égard aux nombreuses années qu’avait passées  Robert de Beauplan à l’Illustration.

(39) Robert Aron : Histoire de l’épuration :3ème partie- Volume II :  le monde de la presse, des arts, des lettres :  1944-1953 (éditions Fayard – 1975).

(40) Voir la biographie de Stéphane Lauzanne, signée par Christian Delporte, dans le Dictionnaire  historique de la France sous l’Occupation (éditions Tallandier, 2000), ainsi que l’article figurant sur le site Wikipedia.

(41)  Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(42)  Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(43) Pour retrouver l’ensemble des éditoriaux de Robert de Beauplan, la collection du journal Le Matin est accessible gratuitement sur le site de la BnF (BnF Gallica presse).

(44) Simon Epstein : Un paradoxe français, Antiracistes dans la collaboration, antisémites dans la résistance, éditions Albin Michel, 2008).

(45) Jean Hérold-Paquis : Des illusions…Désillusions, (éditions Bourgoin, 1948).

(46) Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(47) Soit approximativement  1 800 à 2 300 € actuels en se basant sur les tableaux de conversion de l’INSEE.

(48) Robert de Beauplan : L’aventure commence à 60 ans (ouvrage cité).

(49) Sur le site de la BnF (BnF Gallica) on peut consulter les exemplaires de La France, publiée à Sigmaringen,entre octobre 1944 et avril 1945,  d’abord sous la direction  de Jacques Ménard, du Matin, puis de Henry Mercadier. Destiné aux Français émigrés outre Rhin lors de la libération, on y entretient les lecteurs de la victoire inévitable du Reich, grâce à ses nouvelles armes redoutables, mais aussi de la France en proie à la « terreur » des libérateurs. On croit ou on feint de croire à la possibilité d’un retournement et à un retour en France Régulièrement, le journal annonce les condamnations qui frappent les collaborateurs, les anonymes comme les plus célèbres, tels que Paul Chack, Georges Suarez, Robert Brasillach, tous élevés au rang de « martyrs ».

(50) Resté à Paris, Georges Suarez (1890-1944), biographe de Clemenceau et d’Aristide Briand,  qui a été le directeur du quotidien collaborationniste  Aujourd’hui sera arrêté dans les jours qui suivent la Libération de la capitale. Traduit devant la cour de justice de la Seine, il sera condamné à mort dès le 23 octobre 1944 et fusillé au fort de Montrouge, le 5 novembre suivant. Dans le Dictionnaire de la France sous l’occupation,  Christian Delaporte écrit que « à mesure que le temps passe, ses options pronazies et sa critique de Vichy jugé trop mou à l’égard des juifs et des résistants » se sont précisés. Lors de son procès, l’accusation mettra notamment en avant la question du financement de son journal par l’ambassade d’Allemagne, livres de comptes à l’appui.

(51) Guy Bunau-Varilla (1896-1984) a été condamné aux travaux forcés à perpétuité, par la Cour de justice de la Seine, en janvier 1946. Il avait épousé Suzanne Sarraut, fille de Maurice Sarraut, assassiné par la Milice en 1943.

POINTS DE REPÈRE…

12 février 1882 : Naissance à Meudon, « de mère non dénommée ».

1903 : Agrégé de Lettres et début d’une carrière professorale.

1910 : Premiers articles dans Le Matin.

6 novembre 1912 : Mariage avec Marsa Roustan

1914 : Premiers articles dans L’Illustration.

1917 : Attaché à l’Etat-major du futur maréchal Pétain.

1919-1921 : Rédacteur en chef au journal L’Eclair puis à La Liberté.

1923 : Succède à Gaston Sorbets comme critique dramatique à L’Illustration.

7 mars 1925 : Chevalier de la légion d’honneur (Son dossier à la chancellerie  n’est pas communicable).

9 novembre 1935 : Divorce et se remarie avec Charlotte Debouzée.

1923-1942 : Collabore au magazine L’Illustration et à son supplément La petite Illustration.

1942-1944 : Editorialiste au journal Le Matin et à Radio Paris.

18 août 1944 : Quitte la capitale  et se cache dans la Sarthe.

29 juin 1945 : Arrestation à Juigné (Sarthe) et internement à la prison de Fresnes.

27-28 novembre 1945 : Procès à Paris devant la Cour de justice de la Seine et condamnation à mort.

23 février 1946 – 3 janvier 1947 : Grâce et commutation de la peine de mort en réclusion à perpétuité. Internement à la centrale de Poissy.

3 janvier 1947 : Transfert des « prisonniers âgés » au pénitencier de l’île de Ré, à Saint-Martin-en-Ré.

1951 : Transfert au centre pénitentiaire de la Châtaigneraie, à la Celle-Saint-Cloud.

Décembre 1951 : Décision de grâce médicale et transfert à l’hôpital de Versailles.

22 décembre 1951 : Décès de Robert de Beauplan à l’hôpital de  Versailles.

Informations pratiques sur l’utilisation de ce blog
◘ Le but de ce site étant de partager gratuitement des connaissances, toute reproduction partielle ou totale de ce site à des fins commerciales ou éditoriales est strictement interdite. Toute reproduction partielle, à des fins d’information dans un cadre  non commercial, est autorisée à la condition expresse de mentionner la référence de ce site  Les droits liés aux textes cités, à la numérotation indiquée dans les références et aux documents reproduits restent la propriété de leurs auteurs et propriétaires.
◘ The purpose of this website being to share freely information, reproducing part or the whole of the content of this website for business purposes is prohibited. Any partial reproduction for non-commercial information purpose is allowed provided that the URL of this site is quoted. The rights related to the quotations, to the numbering systems referred to and to the scanned documents remain the property of their authors and owners.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s